Jordan Bardella (d), président du Rassemblement national (RN), et Marine Le Pen (g), quittent le nouveau siège du parti à l'issue d'une réunion, après que la cour d'appel de Paris a rendu son verdict dans le procès pour détournement de fonds publics européens, le 7 juillet 2026 à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Conditionné depuis des mois pour "reprendre le flambeau" de Marine Le Pen, jusqu'à endosser le costume de présidentiable, Jordan Bardella est redevenu simple aspirant Premier ministre. Au sein du RN, on mise sur sa "capacité d'adaptation" pour encaisser le "contrecoup".
Pas facile de jouer le rôle du numéro deux, quand la numéro un elle-même était prête à céder "sa" place. La désillusion pouvait se lire sur le visage fermé de Jordan Bardella mercredi, pour son premier déplacement de campagne avec Marine Le Pen. Elle dans la peau de la candidate à l'Elysée, lui assigné à Matignon en cas de victoire.
Le "plan B" tant vanté n'a donc pas été activé. Il assure n'en éprouver "ni soulagement, ni déception", dit "se réjouir" que sa mentor "porte les couleurs" du camp nationaliste. Elle va quand même utiliser à fond les "atouts" de son poulain: "le souffle de sa jeunesse" et son indéniable popularité.
Certains s'en réjouissent, comme ce député qui a rejoint le parti à la flamme pour sa patronne - à l'image de tant d'autres. "On retrouve notre tandem idéal. C'est le plan A, le plan sans accroc", souffle ce cadre, ravi de ce "scénario idéal, dans l'intérêt de tout le monde".
Et pour cause, "on a Marine et Jordan, pas Jordan et quelqu'un d'autre", explique une autre élue, forcément satisfaite d'aligner "les deux meilleurs". Au point que "si on avait dû voter, c'est ce qu'on aurait choisi".
Heureusement pour lui, le jeune président du Rassemblement national devrait être le seul prétendant à sa succession au congrès d'Orléans fin octobre - le dépôt des candidatures et des parrainages sera clos ce vendredi.
"Dépressurisation"
Maigre lot de consolation pour celui qui se projetait depuis un an dans la bataille pour le scrutin suprême, auréolé du titre de favori des sondages. "On lui a dit à seulement 30 ans de se préparer à y aller, alors il s'est mis dans le costume", explique un membre du premier cercle mariniste, décrivant un remplaçant surinvesti qui "s'isole chez lui" pour "absorber des notes" par paquets, avec "un côté bachotage".
Marine Le Pen (c), cheffe du groupe parlementaire Rassemblement national (RN) et candidate à la présidentielle de 2027, et Jordan Bardella, président du RN, entourés de journalistes à leur arrivée à La Flèche pour un rassemblement de campagne, le 8 juillet 2026 dans la Sarthe ( AFP / FRED TANNEAU )
Assez cohérent avec le portrait d'un homme qui s'efforce de "tout contrôler", à commencer par sa propre image, d'après plusieurs personnes l'ayant côtoyé. Au risque parfois de brouiller le message, comme lorsqu'il s'affiche au Grand Prix de Monaco avec sa compagne, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.
Le récit était pourtant presque parfait: le triomphe d'un enfant de Seine-Saint-Denis, élevé dans un logement social par une mère divorcée, immigrée italienne de surcroît ; l'ascension fulgurante d'un ex-colleur d'affiches, entré au parti à 16 ans et qui en a gravi tous les échelons jusqu'au sommet.
"Il fallait une sacrée capacité d'adaptation pour passer de porte-parole, à tête de liste aux européennes, à président du parti, à potentiel candidat", souligne un cacique en retraçant le CV du prodige. "Il va une nouvelle fois s'adapter, c'est pour ça qu'il est fort."
L'effort sera à la mesure de la relégation. Dire qu'il y a quelques semaines à peine, il était en tournée européenne auprès de ses alliés, de l'Italie à la Pologne où on l'a reçu comme "le futur président de la République".
Désormais il doit se remettre intégralement au service d'une Marine Le Pen qui a repris en main les commandes. "C'est normal qu'il y ait un contrecoup", relève un conseiller de la patronne. "Avoir été potentiellement candidat, à plus de 30% (dans les sondages), c'est pas rien. Il faut quelques jours de dépressurisation pour que ça redescende un peu".

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