Manifestation de gilets jaunes à Paris le 20 novembre 2021 ( AFP / Alain JOCARD )
Le ras-le-bol de la "vie chère" et la colère des lycéens, voire celle des agriculteurs, peuvent-ils converger ? Les gilets jaunes veulent "reprendre la rue" samedi en fédérant des revendications multiples dont celles des jeunes, fer de lance de la contestation sociale cet automne.
Depuis des semaines, des appels à ressortir le 17 octobre les gilets jaunes emblématiques des années 2018-2019 circulaient sur les réseaux sociaux mais ils ont enflé ces derniers jours, nourris par la colère des lycéens.
Jeudi, les principales organisations de jeunesse mobilisées depuis mi-septembre pour de meilleures conditions d'apprentissage et contre Parcoursup ont appelé à rejoindre la mobilisation.
Les organisateurs des marches pour le climat du 26 septembre dernier, la Confédération paysanne, l'intersyndicale des VTC ou encore le syndicat Solidaires en seront également. La CGT, un peu plus prudente, participera "partout où les conditions seront réunies" et entend "empêcher les tentatives de détournement par l'extrême droite de cette journée de lutte sociale".
Un appel intitulé "jaunes et jeunes" sur 17octobregiletjaune.net exhorte "Gilets jaunes, Gen Z, Indignés, paysans, pompiers, ouvriers, profs, soignants, défenseurs du climat, habitants des quartiers, retraités" à faire converger leurs revendications.
Hausse du coût de la vie, et particulièrement des carburants, gel des allocations et des salaires des fonctionnaires dans le projet de budget, répression policière, critique d'une démocratie où "on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer", fermeture de services publics, manque de professeurs, rejet de Parcoursup, dénonciation du capitalisme qui "exploite le vivant" : la liste des revendications de cet appel tente d'englober toutes les colères.
François Boulo, figure des gilets jaunes, à Rouen le 17 janvier 2019 ( AFP / CHARLY TRIBALLEAU )
"On ne s'est pas concerté en amont avec les autres figures pour appeler à manifester mais on a tous eu le même réflexe en voyant les violences de la police contre des lycéens", assure à l'AFP François Boulo, figure des gilets jaunes qui appelle à manifester samedi, comme d'autres visages médiatiques du mouvement (Jérôme Rodrigues, Priscillia Ludosky, Maxime Nicolle...)
Hétéroclite
Samedi, un cocktail de manifestations et blocages dans les villes, barrages filtrants ou rassemblements sur des ronds-points, ponts, stations-service, péages, gares, raffineries, dépôts pétroliers, est prévu. Une carte collaborative en recense jeudi matin plus de 1.000 dans toute la France.
Les autorités, qui s'attendent à des mouvements sociaux jusqu'à la présidentielle, notent le caractère très hétéroclite de la mobilisation mais comptent sur une moindre présence des jeunes en raison du début des vacances scolaires. Tous les abords des sites sensibles (Élysée, Matignon, Assemblée nationale...) devraient faire l'objet d'interdictions de manifester.
"Quelque chose qu'on a appris de l'année dernière, c'est que dès le début, nous acceptons des actions multiples, il n'y a pas d'injonction de dire que si ce n'est pas une action de blocage, elle ne sert à rien", analyse Benjamin Ball, qui avait contribué à l'organisation du mouvement Bloquons Tout le 10 septembre 2025 et organisé les marches pour le climat du 26 septembre 2026.
À Paris, "on a fait le choix d'une manifestation déclarée, parce que les lycéens, les étudiants voulaient vraiment un lieu", souligne David Libeskind, avocat de plusieurs figures des gilets jaunes. Le parcours était toutefois encore en cours de négociation avec la préfecture jeudi matin.
Né sur les réseaux sociaux, Bloquons Tout avait mobilisé près de 200.000 participants selon le ministère de l'Intérieur mais échoué à paralyser le pays.
Alors qu'une intersyndicale prévoit une journée de mobilisation des salariés du public et du privé le 5 novembre, la CFDT et FO n'appellent pas à manifester samedi.
Pour le chercheur Paolo Stuppia, coauteur de "Géopolitique de la jeunesse" (Le Cavalier bleu), "la dynamique de poly-crise dans laquelle une partie des jeunes scolarisés se sentent pris", changement climatique, précarité, difficultés d'entrée sur le marché du travail, crainte de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, "peut justifier une jonction sur des revendications plus générales". "La réponse policière peut aussi jeter des ponts" entre lycéens et gilets jaunes, qui ont été confrontés à une "très forte répression", estime-t-il.

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