* La viabilité du budget est nécessaire - Première ministre
* L'exécutif réagira "avec souplesse" aux fluctuations du marché
* Priorité au projet sur les réductions de taxes et le budget
* Le rendement des JGB à 30 ans à un niveau record
par Leika Kihara
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi, s'est engagée lundi à "maîtriser" les émissions obligataires et à agir rapidement face aux turbulences du marché, cherchant ainsi à rassurer les investisseurs inquiets de la détérioration des finances publiques du pays.
Le gouvernement s'attachera à assurer la viabilité budgétaire tout en augmentant les dépenses pour renforcer le potentiel de croissance, notamment en réexaminant les allègements fiscaux et les subventions actuelles, a-t-elle expliqué, lors d'un discours prononcé devant le Parlement, à l'occasion d'une session extraordinaire.
"La viabilité budgétaire est évidemment une condition préalable à la mise en œuvre de notre politique budgétaire "responsable et proactive", a-t-elle déclaré.
Cette déclaration intervient dans un contexte d'inquiétudes croissantes face à la flambée des rendements des obligations d'Etat japonaises (JGB), qui devrait entraîner une hausse du coût du financement du plan massif de dépenses prôné par la Première ministre japonaise.
LES RENDEMENTS JAPONAISES À UN NIVEAU RECORD
Le rendement des JGB à 30 ans JP30YTN=JBTC a atteint lundi le niveau record de 4,235%, sur fond de craintes liées au risque d'une augmentation des émissions de dette et d'inquiétudes quant à l'inflation au regard de la poursuite de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.
La dette publique japonaise, qui représente environ le double de la taille de son économie, est la plus importante des pays développés. Les coûts de financement grimpent à mesure que la Banque du Japon (BoJ) relève ses taux directeurs et réduit progressivement ses achats d'obligations, dans le but de freiner l'économie et l'inflation après des décennies de mesures de relance massives.
Selon Sanae Takaichi, le gouvernement va prendre des initiatives pour attirer les investissements privés vers les secteurs de croissance avec notamment "des dépenses budgétaires massives et à long terme, déployées de manière bien planifiée et prévisible".
Parallèlement, il va limiter les émissions annuelles d'obligations, en ajustant les emprunts en fonction des recettes fiscales, des taux d'intérêt, des coûts de financement de la dette et de l'évolution de l'économie et des marchés, a détaillé Sanae Takaichi.
"Si l'économie et les marchés évoluent de manière inattendue, nous analyserons minutieusement leur impact et réagirons avec souplesse si nécessaire", a-t-elle ajouté sans plus de précisions.
La politique budgétaire devrait occuper le devant de la scène dans les débats parlementaires au Japon, alors que les inquiétudes croissantes concernant le niveau de dettes des économies avancées alimentent une hausse générale des rendements obligataires dans le monde.
La priorité immédiate du gouvernement est d'adopter une loi afin de soutenir le projet de la Première ministre visant à réduire les taxes sur les produits alimentaires pendant deux ans, à compter d'avril prochain. Ce projet a déclenché une vague de ventes d'obligations en raison d'une absence de précisions sur la manière dont le manque à gagner serait comblé.
Le gouvernement prépare également le budget de l'année prochaine dans un contexte où les différents ministères réclament une hausse des dépenses.
La Première ministre japonaise a en outre déclaré que Tokyo allait allouer des fonds pluriannuels à des initiatives stratégiques en matière de sécurité économique.
"Nous mettrons en œuvre ces politiques de manière constante, nous les réaliserons une à une et nous les communiquerons avec soin au public et aux marchés", a-t-elle assuré.
Alors que certains experts redoutent que la politique menée par Sanae Takaichi ne produise un effet reflationniste, au risque de stimuler la demande et faire remonter l'inflation, en contradiction avec les objectifs poursuivis par la BoJ, la ministre des Finances, Satsuki Katayama, a déclaré samedi que le gouvernement avait commencé à affiner son message afin de rassurer les investisseurs.
Pour l'ancien vice-gouverneur de la BoJ, Masazumi Wakatabe, la récente hausse des rendements souverains japonais est liée aux anticipations de nouvelles hausses de taux de la banque centrale nippone et non aux inquiétudes sur les finances publiques du pays. Ce dernier, perçu comme un partisan d'une politique réflationniste, siège actuellement à titre privé au sein du principal comité économique du gouvernement.
Masazumi Wakatabe a également noté que le gouvernement avait la responsabilité ultime d'orienter la politique économique et a souligné la nécessité d'une coordination étroite entre la BoJ et l'Etat en matière de politique monétaire, montre le compte-rendu de la dernière réunion politique monétaire de l'institution. Au cours de cette réunion, le principal taux directeur a été porté de 1% à 1,25%, soit un sommet de 31 ans.
(Reportage Leika Kihara; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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