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Japon-La dépréciation du yen, principal frein à la relance économique de Sanae Takaichi
information fournie par Reuters 11/02/2026 à 23:00

par Leika Kihara

La victoire écrasante de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi à l'élection législative du 8 février a donné un nouvel élan à son programme de relance économique, mais le risque de dépréciation du yen reste un frein important à sa volonté de baisser les taux d'intérêt.

Le résultat sans précédent du Parti libéral démocrate (PLD) de la dirigeante nationaliste, qui dit s'inspirer de l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher, renforce son mandat visant à stimuler les investissements et à réduire les impôts afin de dynamiser l'économie.

Des analystes estiment ainsi que la Première ministre, connue pour ses positions accommodantes en politique monétaire, pourrait chercher à influencer le débat au sein de la banque centrale en pourvoyant les postes vacants au sein du conseil des gouverneurs avec des candidats partageant son approche.

Trois jours après l'élection, le yen poursuit sa hausse face au dollar (+0,59%), les analystes soulignant que la victoire historique du PLD permet au gouvernement d'adopter une politique budgétaire plus responsable.

Néanmoins, selon des sources et des analystes, le risque qu'une nouvelle dépréciation du yen puisse attiser l'inflation importée constitue l'un des rares obstacles à même d'empêcher son gouvernement de faire pièce aux hausses de taux envisagées par la BoJ.

"Un yen faible et les risques inflationnistes qui en découlent pourraient déclencher une hausse des taux plus rapide que prévu", souligne Akira Otani, ancien chef économiste de la banque centrale.

La Première ministre japonaise est par ailleurs sensible à la manière dont les marchés réagissent à ses décisions, en particulier aux fluctuations du yen et des rendements obligataires, ont déclaré deux sources.

"Le plus important pour la BoJ est d'éviter de s'attirer les foudres politiques en provoquant une dépréciation indésirable du yen, qui aurait pour effet d'accélérer l'inflation", a déclaré une troisième source.

"L'évolution du yen sera déterminante pour savoir quand la Banque du Japon prendra sa décision", a déclaré cette même source.

Toutes les sources ont requis l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

AVERSION AUX CHOCS DU MARCHÉ

La BoJ est indépendante en vertu du droit japonais, mais cela ne l'a pas protégée des pressions politiques passées visant à accroître son soutien monétaire à une économie morose.

L'intervention gouvernementale la plus extrême a eu lieu en 2013, lorsque l'ancien Premier ministre Shinzo Abe a personnellement choisi Haruhiko Kuroda comme gouverneur dans le but de mettre fin à la prudence de la banque centrale en matière de mesures de relance.

Si l'institution a donné peu d'indications sur le calendrier de sa prochaine hausse des taux, les marchés anticipent une probabilité d'environ 80% qu'une hausse ait lieu avant avril.

La BoJ tiendra sa prochaine réunion de politique monétaire les 18 et 19 mars et révisera ses prévisions de croissance et d'inflation lors d'une réunion ultérieure, les 27 et 28 avril.

Fort de sa large majorité à la chambre basse, Sanae Takaichi a déclaré lundi qu'elle s'attacherait à soutenir la croissance en stimulant l'investissement grâce à une politique budgétaire "proactive".

La dirigeante japonaise a toutefois précisé que l'administration devait tenir compte des fluctuations du marché pour orienter sa politique, soulignant sa sensibilité au risque de nouvelles baisses du yen qui renchériraient le coût des importations.

La banque centrale a revu à la hausse en janvier ses prévisions d'inflation et déclaré qu'une monnaie faible pourrait alimenter les prix en incitant les entreprises à répercuter la hausse des coûts.

POSTES VACANTS

On ignore dans quelle mesure Sanae Takaichi conserve son enthousiasme initial pour les taux d'intérêt bas et dans quelle mesure elle pourrait vouloir interférer dans la politique monétaire.

Le premier test sera le choix des titulaires des deux postes vacants au conseil des gouverneurs de la BoJ.

L'un d'eux succédera à Asahi Noguchi, dont le mandat expire en mars. Anciennement connu pour sa position accommodante, il a toutefois voté en faveur des deux dernières hausses de taux de la BoJ. Un autre membre sera nommé à l'expiration du mandat de cinq ans de Junko Nakagawa en juin.

Le choix de partisans d'une politique monétaire accommodante modifierait l'équilibre au sein du conseil, divisé entre ceux qui estiment que les conditions sont propices à des hausses de taux régulières et ceux qui souhaitent procéder avec prudence.

Cela enverrait également un message aux marchés, indiquant que Sanae Takaichi pourrait faire appel à des partisans des mesures de relance économique pour pourvoir deux autres sièges au conseil d'administration qui se libéreront en 2027, puis le poste du gouverneur Kazuo Ueda lorsque son mandat prendra fin en 2028.

"Si le yen se stabilise, la BoJ aura peu de raisons de se précipiter", note Naomi Muguruma. "Avec les nominations imminentes, la Banque du Japon pourrait ne pas s'efforcer de procéder rapidement à une hausse des taux", dit-elle.

(Reportage Leika Kihara ; avec la contribution du bureau de Tokyo ; version française Diana Mandia)

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