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Jackson Hole: Le premier discours de Warsh sous surveillance avec l'agitation sur l'obligataire
information fournie par Reuters 24/08/2026 à 12:41
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Le bâtiment de la Réserve fédérale à Washington

Le bâtiment de la Réserve fédérale à Washington

Le discours de Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), lors de la conférence de Jackson Hole ‌qui débute cette semaine, suscitera sans aucun doute un intérêt allant bien au-delà de l'évidence, à un moment où le marché cherche des éclaircissements sur la récente flambée des rendements obligataires et des garanties quant à l'indépendance de ​la banque centrale.

Le patron de la Fed s'est jusqu'à présent montré réticent à s'exprimer sur ses projets en matière de politique économique, affirmant qu'il souhaitait attendre les recommandations des cinq groupes de travail créés au début de son mandat ce printemps avant de donner plus de détails.

Les marchés ont toutefois conclu que le taux d'intérêt de référence de la banque centrale devrait être plus élevé, l'inflation se situant depuis plus de cinq ans au-dessus de l'objectif ​de 2%, tandis que les collègues de Kevin Warsh au sein de l'institution monétaire craignent que la crédibilité de cette dernière ne soit compromise si aucune mesure n'est prise.

"L'excédent d'épargne mondial" évoqué par l'ancien président de la Fed et lauréat du prix Nobel d'Economie, Ben Bernanke, a cédé la place ​à une contraction mondiale de l'épargne, sur fond d'augmentation de la dette publique, de fragmentation du commerce international et ⁠des chaînes d'approvisionnement, de coûts liés au vieillissement de la population et de l'essor de l'intelligence artificielle (IA), autant d'éléments qui se disputent aujourd'hui les investissements et le crédit.

"Le marché obligataire et le FOMC ont ‌clairement décidé de se réveiller" pour tenir compte de l'inflation plus élevée et de ce qui promet de devenir "une tendance haussière séculaire et pluriannuelle des taux d'intérêt", souligne Adam Posen, président du Peterson Institute for International Economics.

Il estime que le président de la Fed, qui prononcera vendredi son premier discours lors du colloque économique, devrait moins se concentrer sur ​les projets à long terme et davantage sur la manière dont la banque centrale évalue ‌la situation économique actuelle, ainsi que sur les implications des récents événements sur les marchés mondiaux.

L'OMBRE DU TRÉSOR

La conférence incontournable qui se tient chaque année ⁠à cette période dans le Wyoming offre aux responsables des banques centrales un forum privilégié pour donner le ton ou faire passer un message fort.

L'ancien président de la Fed Jerome Powell a, par exemple, profité de cet événement pour présenter un nouveau cadre de politique monétaire, puis réaffirmer son engagement à lutter contre l'inflation, ce qui avait à l'époque contribué à ancrer les anticipations du marché quant à une série de hausses rapides des taux d'intérêt.

Toutefois, ⁠interrogé par les journalistes après la réunion de ‌juillet sur ses projets de discours, l'actuel dirigeant de l'institution a souligné son souhait d'"aborder les questions fondamentales".

"On a tendance, notamment avec la multiplication des réunions et des conférences de ⁠presse, à se perdre dans une vision à court terme", avait-il dit.

Depuis lors, tout s'est compliqué.

La récente augmentation des rendements des obligations américaines et de leurs homologues mondiales à des niveaux jamais vus depuis près de deux décennies, ‌conjuguée à la décision du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de doubler ses achats de dette à long terme, soulève la possibilité que Kevin Warsh doive composer avec un Trésor plus interventionniste et ⁠avec la hausse des coûts de la dette publique.

En théorie, cela ne concerne pas la Fed, à moins que le financement ne commence à faiblir ⁠ou que les décisions du Trésor n'influencent les taux ‌d'intérêt à court terme.

L'impact sur le dollar, qui s'est déprécié au cours du dernier mois par rapport à d'autres devises majeures, pourrait également contribuer à l'inflation.

"Nous vivons dans un contexte où la politique interventionniste du Trésor est ​aussi déterminante – pour le meilleur et pour le pire – que la politique des banques centrales. L'interaction entre les deux sera essentielle ‌pour les perspectives économiques", écrivait la semaine dernière Krishna Guha, ancien haut responsable de la Fed de New York et actuel vice-président d'Evercore ISI.

TROUVER SES MARQUES

Le président Donald Trump s'est jusqu'à présent abstenu de critiquer Kevin Warsh, qu'il a lui-même choisi pour occuper ​le poste le plus élevé de la Fed, pour ne pas avoir baissé les taux d'intérêt comme il l'avait exigé de son prédécesseur dans le poste.

La réticence du patron de la banque centrale à s'exprimer sur la politique monétaire laisse toutefois des questions sans réponse quant à son évaluation de l'économie et à la question de savoir s'il s'abstient de donner son avis pour éviter de s'attirer les foudres de la Maison blanche.

Selon le compte-rendu ⁠de la réunion de juillet, certains membres du FOMC ont exprimé leurs craintes qu'un report de la hausse des taux n'entraîne par la suite des relèvements plus importants et plus coûteux.

D'autres se sont dits préoccupés par le fait que plus l'inflation resterait longtemps supérieure à 2%, plus les citoyens risqueraient de perdre confiance dans l'engagement de la Fed envers son objectif.

Le comportement du marché obligataire pourrait refléter ces préoccupations, souligne Maurice Obstfeld, professeur d'Economie à l'Université de Californie et ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI).

"Il est tout à fait possible que les pressions inflationnistes entraînent la nécessité de hausses de taux plus importantes à l'avenir, ce qui explique en partie ces mouvements sur les rendements à long terme... Ce discours est l'occasion idéale de clarifier sa pensée", a-t-il déclaré, tout en ajoutant que le président de la Fed est manifestement en train de trouver ses marques dans un contexte très ​tendu.

(Reportage Howard Schneider ; avec la contribution d'Ann Saphir ; version française Diana Mandia)

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