* Meloni va battre le record de longévité de Berlusconi
* La stabilité politique a rassuré les marchés financiers
* Meloni fragilisée à l'approche des élections
par Crispian Balmer et Angelo Amante
Dans un pays réputé pour son instabilité politique, Giorgia Meloni s'apprête à battre le record de longévité à la tête d'un même gouvernement en Italie depuis la Seconde Guerre mondiale, dépassant les 1.412 jours consécutifs passés par Silvio Berlusconi au poste de président du Conseil jusqu'en 2005.
Giorgia Meloni, qui a tempéré ses orientations populistes par une pratique plus pragmatique du pouvoir depuis son arrivée au palais Chigi en octobre 2022, prévoit de marquer l'événement par un grand meeting vendredi, destiné à présenter la solidité de sa coalition comme l'une de ses principales réussites.
Après avoir connu 68 gouvernements en 80 ans, l'Italie s'est montrée bien plus stable que la France ou la Grande-Bretagne, dirigées respectivement par cinq et quatre Premiers ministres différents depuis l'automne 2022, dans une période marquée par une succession de crises internationales.
Les sondages d'opinion indiquent pourtant que les élections législatives prévues en 2027 pourraient accoucher d'un paysage politique plus fragmenté et donc potentiellement plus instable.
"Il y a un véritable risque que nous revenions à un Parlement éclaté de la pire espèce la prochaine fois", dit Roberto d'Alimonte, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.
Si Giorgia Meloni va lui ravir son record de longévité, Silvio Berlusconi restera le chef de gouvernement italien ayant passé le plus de temps au poste de président du Conseil, avec au total environ neuf ans au palais Chigi en quatre mandats distincts entre 1994 et 2011.
Soucieux d'éviter un retour des turbulences politiques, les partenaires de la coalition de Giorgia Meloni ne cessent de vanter les mérites de leurs quatre années sans interruption passées au pouvoir.
Edmondo Cirielli, vice-ministre des Affaires étrangères et membre de Fratelli d'Italia, le parti de Giorgia Meloni, souligne ainsi que le gouvernement est parvenu à maîtriser dette et déficit publics tout en créant 1,2 million d'emplois pour ramener le taux de chômage sous 6%.
"Les chiffres record sur l'emploi et le chômage sont incontestables", a-t-il dit à Reuters.
PEU DE RÉFORMES
La plupart des observateurs conviennent que la plus grande réussite de Giorgia Meloni a été de restaurer la confiance dans les finances publiques italiennes malgré une dette toujours colossale.
Pour Lorenzo Codogno, ancien chef économiste au Trésor italien et désormais dirigeant de LC Macro Advisors, le gouvernement est parvenu à convaincre les investisseurs de son attachement à la discipline budgétaire, notamment en jetant au rebut de coûteux dispositifs mis en place par ses prédécesseurs tels que le "superbonus" pour la rénovation des maisons.
"En termes de responsabilité budgétaire, je pense que le gouvernement a accompli un travail correct. En termes de soutien à la croissance et de réformes économiques, peu a été fait", dit-il.
Le fonctionnement de l'administration publique, souvent critiquée pour son inefficacité, du système de santé et de l'enseignement n'a guère évolué tandis que toutes les réformes institutionnelles lancées par le gouvernement, notamment pour renforcer les prérogatives de la présidence du Conseil, se sont enlisées.
"Une partie des raisons pour lesquelles Meloni est parvenue à rester au pouvoir pendant quatre ans est qu'elle n'a pas essayé de changer grand chose ni de contrarier les électeurs", commente Lorenzo Pregliasco, patron de l'institut de sondages YouTrend.
"C'est peut-être la leçon la plus évidente que nous pouvons tirer de cette période."
Renonçant à toute réforme ambitieuse, Giorgia Meloni a mis l'accent sur les questions de sécurité en renforçant les pouvoirs de la police et en luttant contre l'immigration clandestine, un thème central de son programme politique, ramenant le nombre d'entrées illégales sur le territoire italien à 66.316 l'an dernier contre 157.651 en 2023.
"Giorgia Meloni a imposé un changement de paradigme dans la gestion de l'immigration clandestine", dit Francesco Filini, responsable du programme politique de Fratelli d'Italia, à Reuters. Selon lui, la plupart des pays d'Europe cherchent désormais à s'inspirer de ses méthodes.
CONCURRENCE À DROITE AVEC L'ÉMERGENCE DE VANNACCI
Bien qu'elle ait noué de bonnes relations avec nombre de dirigeants européens, la politique étrangère de Giorgia Meloni a été marquée par la rupture spectaculaire de ses liens autrefois étroits avec Donald Trump après les vives critiques émises en avril par le président des Etats-Unis, accusant la présidente du Conseil de manque de courage et de trahison pour son absence de soutien à la guerre contre l'Iran.
Ce revers diplomatique, qui a ruiné toute prétention de Giorgia Meloni à servir de pont entre l'Europe et les Etats-Unis de Donald Trump, est en outre intervenu quelques semaines seulement après une cuisante défaite sur le plan intérieur avec le rejet par référendum de son important projet de réforme judiciaire.
Cet échec a écorné l'image d'invincibilité dont jouissait la coalition au pouvoir et, quand bien même le propre parti de la présidente du Conseil demeure le plus populaire d'Italie, ses principaux partenaires ont vu leur cote reculer, notamment la Ligue.
Alors que les élections approchent, le gouvernement a entrepris de modifier le code électoral afin d'accorder une prime majoritaire à toute coalition remportant plus de 42% des voix.
Pour ses détracteurs, cette réforme vise pour le bloc conservateur à accroître ses chances de rester au pouvoir. Giorgia Meloni réplique qu'il s'agit de garantir la stabilité du gouvernement, quel que soit le vainqueur des élections.
Le paysage politique italien a toutefois évolué depuis que ce projet de loi a vu le jour avec un nouveau parti d'extrême droite emmené par l'ancien général Roberto Vannacci concurrençant Giorgia Meloni sur son propre terrain de la radicalité contre l'immigration et les changements culturels et pour la sécurité.
Un sondage de l'institut BiDiMedia publié le 26 août accorde à la coalition au pouvoir seulement 38,5% des intentions de vote alors que le centre gauche au sens large, quoique profondément divisé sur les questions de politique étrangère et régulièrement en proie à des querelles internes, est proche du seuil des 42%.
Roberto Vannacci perce à 8%, ce qui pourrait en faire un soutien indispensable à Giorgia Meloni.
Une telle alliance ne serait pas sans risque pour la présidente du Conseil, vis-à-vis de l'électorat modéré et des partenaires européens de l'Italie.
Quel que soit le scénario, la perspective d'un gouvernement aussi stable que le précédent après les élections s'amenuise.
"Les marchés apprécient la stabilité et s'y sont habitués mais c'est l'Italie, ça ne durera pas toujours", prédit Lorenzo Codogno.
(version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)

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