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Italie-Meloni face à des choix risqués après le revers du référendum sur la justice
information fournie par Reuters 24/03/2026 à 18:22

par Crispian Balmer et Angelo Amante

La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni est en difficulté après le revers du référendum sur la réforme de la justice et ne dispose guère de levier pour reprendre l'initiative alors que son autorité est affaiblie et son programme de réformes compromis.

La coalition de droite au pouvoir a essuyé une défaite retentissante lors de la consultation des 22 et 23 mars, un résultat qui brise l'aura d'invincibilité politique dont bénéficiait Giorgia Meloni depuis sa nomination en 2022.

Si la présidente du Conseil a clairement indiqué qu'elle n'avait pas l'intention de démissionner d'ici les élections législatives prévues en 2027, les options qui s'offrent à elle sont limitées, soulignent des analystes politiques.

Gouverner comme si le scrutin n'avait pas eu lieu risque de paralyser sa marge de manoeuvre dans une atmosphère de fin de règne, alors que l'économie est soumise à des pressions croissantes et que sa proximité avec Donald Trump est considérée comme un handicap de plus en plus lourd.

Giorgia Meloni pourrait également chercher à modifier la loi électorale pour tenter d’augmenter ses chances de remporter le prochain scrutin, mais elle s’exposerait alors à des accusations de manipulation des règles à des fins politiques.

Une troisième option pourrait être d'imposer des élections anticipées ce printemps, avant que l’impact de la guerre en Iran ne frappe l’économie italienne déjà fragile, dans l’espoir de prendre de vitesse l’opposition de centre-gauche, très fragmentée.

"Il est clair que l'enjeu est la fin de la législature. Même la date des prochaines élections est incertaine", estime Nicola Lupo, directeur du Centre d'études parlementaires de l'université Luiss de Rome.

LE BLOC DE L'OPPOSITION RESTE FRAGMENTÉ

Malgré ses répercussions politiques, le référendum n'est pas un désaveu total de Giorgia Meloni, 37% des personnes qui ont voté contre la réforme de la justice ayant déclaré aux sondeurs de Youtrend que la présidente du Conseil devrait rester en fonction.

"Il ne s’agit pas tant d’une victoire de l’opposition que d’une victoire du pouvoir judiciaire", observe Massimiliano Panarari, analyste politique à l’université de Modène et Reggio Emilia.

Le centre-gauche a salué le résultat de lundi comme la preuve que le cycle politique tournait en faveur de l'opposition, mais ses deux principales composantes, le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles, restent profondément divisées sur des questions clés, notamment la politique étrangère.

Ces divisions pourraient ainsi inciter Giorgia Meloni à démissionner prochainement et à provoquer des élections anticipées, explique Nicola Lupo, qui ajoute que le gouvernement avait fait pression pour organiser un référendum rapide en mars afin de se donner la possibilité d’organiser un scrutin avant l’été.

"Meloni sait que le prochain budget ne permettra pas de dépenses généreuses, elle pourrait donc estimer qu’il vaudrait mieux aller aux urnes dès maintenant et ne pas laisser le temps à l’opposition de s’organiser", dit-il.

Si aucun de ses alliés ne le suggère ouvertement, certains de ses partenaires – dont Maurizio Lupi, chef du petit parti "Nous, les modérés" – réclament une modification de la loi électorale afin d’introduire un système fondé uniquement sur la représentation proportionnelle.

Les derniers sondages montrent que le bloc conservateur, comprenant le parti "Frères d’Italie" de Giorgia Meloni, la Ligue et Forza Italia, est en tête. Ce bloc risque toutefois d’être battu lors d’un futur scrutin en raison de la répartition des sièges prévue par le système actuel, montrent les sondages.

Des études suggèrent qu’un système de représentation proportionnelle pure pourrait donner à la coalition au pouvoir une confortable majorité.

Bien que les partis au pouvoir aient présenté un projet de loi à ce sujet le mois dernier, des alliés de Giorgia Meloni ont appelé à la prudence après le référendum, estimant que les électeurs ne l'approuveraient pas.

"Ce serait stupide", a déclaré à Reuters Stefano Candiani, député de la Ligue à la Chambre basse.

"Les Italiens sont confrontés à tant de problèmes, notamment la guerre en Iran et le coût de la vie (élevé), que quiconque souhaite paralyser le Parlement avec cette loi électorale est fou."

LES LIENS AVEC TRUMP ET LA FAIBLESSE DE L'ÉCONOMIE PÈSENT

Les sondeurs confirment que la participation étonnamment élevée au référendum sur la justice met en lumière des préoccupations politiques et économiques plus larges que les détails techniques d'une réforme judiciaire complexe.

"Au cours des dix derniers jours, le nombre de personnes déclarant vouloir voter a augmenté de 10 points de pourcentage. Nous n’avions jamais observé une telle hausse", relève le sondeur Antonio Noto.

Le calendrier du référendum s'est avéré difficile pour Giorgia Meloni, la guerre américano-israélienne contre l'Iran ayant braqué les projecteurs sur son amitié avec Donald Trump et lui ayant coûté des voix, ont estimé les analystes.

"Même si elle a tenté de prendre un peu de distance par rapport à lui ces derniers jours, ce changement n’a pas été très perceptible", juge Massimiliano Panarari.

Giorgia Meloni risque de faire du surplace pendant les 12 prochains mois, son programme de réformes étant en lambeaux et le temps lui manquant pour mettre en œuvre des changements significatifs.

"À partir d’aujourd’hui, elle est un canard boiteux", a lâché le centriste Matteo Renzi, qui a démissionné de son poste de président du Conseil en 2016 après avoir perdu un référendum sur son propre programme de réforme constitutionnelle.

Il a déclaré à la chaîne d'information La7 que les partis d'opposition tireraient leur force du résultat de lundi, soulignant que le camp du "oui", soutenu par Giorgia Meloni, bénéficiait jusqu'à récemment d'une large avance.

"S’il n’était pas facile de battre Meloni au référendum, il sera bien plus facile de la battre sur des questions telles que l’inflation, les taxes sur les carburants, le coût de la vie et la sécurité publique dans les grandes villes", a-t-il considéré.

(Avec la contribution d'Alvise Armellini; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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