par Maayan Lubell
Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, qui a œuvré tout l'été pour rassembler une droite israélienne divisée, espère en une fusion des listes de son camp pour éviter la défaite prédite par les sondages aux élections législatives du 27 octobre.
Sous pression et critiqué de toute part en raison des bombardements israéliens à Gaza, au Liban, et contre l'Iran, le chef du gouvernement conservateur, qui brigue un septième mandat, pourrait voir ses ambitions tourner court, tant la coalition nationaliste-religieuse sortante est en recul dans les intentions de vote.
L'union des listes de droite, qui n'a jusqu'à présent rencontré qu'un maigre succès, a ainsi été l'une des priorités du président du Likoud ces derniers mois afin de briguer une nouvelle majorité à la Knesset, qui compte 120 sièges.
"Quand nous sommes unis, nous gagnons. Quand nous sommes divisés, nous perdons", déclarait le Premier ministre israélien lors d’une interview accordée le 30 août à Channel 14, une chaîne de télévision israélienne supportant son parti.
"Je fais tout ce que je peux, comme je l’ai fait lors des précédentes élections, pour unir ces partis", a-t-il ajouté.
Les sondages estiment que le Likoud pourrait perdre un tiers de son poids parlementaire. Même s'il restera probablement le premier parti du Parlement, avec 20 à 23 sièges, des alliés de la coalition sortante seront de nouveau nécessaires pour gouverner.
Les partis israéliens avaient jusqu'à mardi soir pour déposer leurs listes définitives.
Le Parti sioniste religieux, dirigé par l'actuel ministre des Finances Bezalel Smotrich et membre du gouvernement, a déjà fusionné sa liste avec le petit parti libertarien d’extrême droite Zehout ("Identité"), avec la bénédiction et l'aide de Benjamin Netanyahu, selon deux sources au fait des discussions.
Mais le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a rejeté les appels à l'union du Premier ministre, estimant que son parti Force juive, qui détient actuellement six sièges, devait se présenter indépendamment pour être plus fort.
L'ASCENSION D'OFER WINTER
Un nouveau venu sur la scène politique, Ofer Winter, un ancien général de brigade, inquiète également Benjamin Netanyahu dans sa quête de pouvoir, celui-ci cherchant à attirer les électeurs de droite désireux d’un nouveau départ après les défaillances sécuritaires, imputées au gouvernement, ayant permis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023.
Amcha Israël, le parti d'Ofer Winter, qui a lui aussi rejeté l'union, est crédité par les sondages de zéro à quatre sièges à la Knesset.
"Il a choisi de se présenter seul et nous sommes désormais en danger", a reconnu Benjamin Netanyahu sur Channel 14 en août, arguant qu’il risquait de "gaspiller" des voix cruciales de la droite.
Aucun parti n’a jamais remporté à lui seul la majorité absolue à la Knesset, où les gouvernements de coalition sont devenus la norme.
"LE BIDEN ISRAÉLIEN"
Le système parlementaire national avait offert une victoire décisive à Benjamin Netanyahou lors des précédentes élections de 2022, lorsque la gauche modérée, divisée, avait été balayée par une alliance de la droite (Likoud, Shas, Judaïsme unifié de la Torah, Parti sioniste religieux), victorieuse avec 64 sièges, dont 32 pour le Likoud.
Aujourd’hui, l’homme politique le plus influent de sa génération en Israël se trouve dans une position de départ bien plus fragile.
L’image de "faucon" du Premier ministre israélien a été brisée par l’échec sécuritaire lors de l’attaque du Hamas en 2023, ainsi que par les guerres à Gaza, en Iran et au Liban, critiquées au-delà des frontières de l'Etat hébreu et qui n'ont apporté aucune victoire durable.
"Il n’a jamais été confronté à une situation comparable à celle qu’il vit aujourd’hui. Tout le monde en Israël partage le sentiment d’une crise historique, et son nom y est étroitement associé. Et il en est conscient", observe Amotz Asa-El, analyste politique à l’Institut Shalom Hartman de Jérusalem.
Alors que le nombre de victimes militaires israéliennes atteint son plus haut niveau depuis des décennies, les concessions de Benjamin Netanyahou envers ses alliés juifs ultra-orthodoxes, qui souhaitent le maintien de l'exemption de service militaire pour les "haredim", ont encore davantage éloigné ses partisans traditionnels.
Son rival le plus sérieux pourrait être Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major israélien, qui a perdu un fils à Gaza. Son parti, Yashar, connaît une ascension constante depuis des mois, égalant et parfois dépassant le Likoud dans les sondages, même si son chemin vers le pouvoir reste incertain.
L’âge de Netanyahu, qui aura 77 ans le 21 octobre, est également un facteur, a déclaré Amotz Asa-El. "Lorsqu’il s’est présenté pour la première fois en 1996, il était le Kennedy israélien. Aujourd’hui, il se présente comme le Biden israélien."
(Avec Emily Rose et Steven Scheer ; Rédigé par Maayan Lubell ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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