par Maayan Lubell
Benjamin Netanyahu a affirmé sans preuves à l'appui jeudi que la progression enregistrée par les partis arabes lors des élections législatives deux jours plus tôt en Israël était en partie le résultat de fraudes, une allégation rejetée par les dirigeants des formations visées qui ont accusé le Premier ministre sortant de chercher à délégitimer les résultats.
L'accusation marque une escalade du discours anti-arabe de Benjamin Netanyahu et de ses alliés suprémacistes d'extrême droite alors que la très forte participation des électeurs arabes d'Israël au scrutin bloque toute possibilité de former à la Knesset, le parlement monocaméral israélien, une coalition majoritaire pour le bloc Netanyahu comme pour ses opposants.
La commission électorale centrale a déclaré qu'il n'existait "aucun fondement aux allégations selon lesquelles l’intégrité du scrutin aurait été systématiquement compromise".
Aux yeux des commentateurs, Benjamin Netanyahu pourrait chercher, par ces accusations, à s'assurer que son principal rival Gadi Eisenkot ne pourra pas se permettre d'envisager la constitution d'un gouvernement minoritaire à la Knesset avec le soutien sans participation des partis arabes.
L'objectif du Premier ministre sortant, qui joue sa survie politique, est de "délégitimer toute coopération arabo-juive", estime Eytan Gilboa, professeur de sciences politiques à l'Université Reichman près de Tel Aviv.
Aucun vainqueur n'a émergé des élections législatives de mardi : après dépouillement de 99% des bulletins de vote, la coalition sortante de droite et d'extrême droite dirigée par Benjamin Netanyahu avec l'appui de partis ultranationalistes et ultra-orthodoxes a obtenu une légère avance en sièges face au bloc emmené par Gadi Eisenkot, qui rassemble la gauche, le centre et jusqu'à la droite laïque ultranationaliste, mais aucun des deux hommes ne peut se prévaloir de la majorité de 61 sièges sur 120 requise pour gouverner.
Les partis représentant les Palestiniens citoyens d'Israël, qui constituent environ un cinquième de la population du pays, ont gagné 19 sièges, un score sans précédent. Le camp Netanyahu obtient 53 sièges et celui de l'opposition en recueille 48.
"CAMPAGNE TOXIQUE"
Aucune coalition ne serait donc en capacité de diriger le pays sans l'appui d'une ou plusieurs formations arabes. Si Gadi Eisenkot a exclu d'intégrer des partis arabes au sein de sa coalition, son camp pourrait être tenté d'obtenir leur soutien parlementaire sans participation au gouvernement.
Pour Ahmad Tibi, l'un des dirigeants de la Liste arabe unifiée, Benjamin Netanyahu a lancé une "campagne toxique" visant à décrédibiliser les résultats des élections.
"Toute cette campagne est dirigée contre Eisenkot, pour l'intimider, lui faire peur et l'empêcher de former un gouvernement qui s'appuierait sur le soutien extérieur de la Liste unifiée ou de Ra'am", a-t-il dit à Reuters.
Pendant les opérations de vote, et après les premiers résultats, Benjamin Netanyahu et ses alliés ont mis en garde contre un fort taux de participation des électeurs arabes israéliens.
Le Likoud, le parti conservateur du Premier ministre, a diffusé des communiqués accusant les partis arabes de "voler l'élection" et demandé à la police et au Shin Bet, le service de renseignement intérieur, d'enquêter sur des irrégularités supposées ou des actes d'intimidation dans les bureaux de vote des villes à majorité arabe.
La police a annoncé l'arrestation depuis mardi d'au moins sept personnes dans le sud du pays, où vit une grande partie de la minorité arabe, pour fraude électorale présumée.
"IL N'Y A RIEN"
Jeudi, le chef de la commission centrale électorale, Noam Sohlberg, a demandé au Shin Bet d'enquêter sur des soupçons d'ingérence étrangère visant des acteurs non identifiés qui auraient tenté d'interférer dans le scrutin.
Le Likoud s'est appuyé sur cette requête pour dénoncer une attaque contre la démocratie israélienne, une "islamisation d'Israël et le renversement de la droite, afin d'aboutir au retrait de Tsahal et à une défaite sur tous les fronts, au premier rang desquels celui de l'Iran".
Le parti de Benjamin Netanyahu a accusé le Qatar d'être à la manoeuvre de ces ingérences, ce que l'émirat a démenti.
Le Shin Bet a déclaré que son enquête se concentrait uniquement sur les personnes impliquées et qu’elle ne devait pas jeter le discrédit sur "tout un secteur qui a exercé son droit de vote de manière démocratique et légale".
Le chef de file de Ra'am, Mansour Abbas, a rejeté les accusations de fraude du pouvoir en place et réclamé des investigations exhaustives.
"Nous avons un seul message en réponse à la campagne d'incitation et de délégitimation qu'il mène contre les citoyens arabes : cela n'aboutira à rien, car il n'y a rien," a-t-il dit dans un communiqué.
La coalition qui avait renversé Benjamin Netanyahu en 2021 s'était, pour la première fois dans l'histoire d'Israël, appuyé sur Ra'am (Liste arabe unie), qui a en partie des origines islamistes. L'autre grande formation majoritairement arabe, la Liste unifiée, compte dans ses rangs un parti antisioniste.
Dans un communiqué, Gadi Eisenkot a déclaré que les investigations sur d'éventuelles ingérences étrangères devaient être menées sans que les politiques s'en mêlent, accusant "le Likoud et Netanyahu de mener une campagne orchestrée pour délégitimer les résultats des élections".
Une fois publiés les résultats définitifs, le président Isaac Herzog mènera des consultations avec les chefs de partis et choisira un candidat au poste de Premier ministre qu'il jugera le plus apte à constituer une coalition susceptible de gouverner.
Commentant les accusations de fraude électorale, il a souhaité que l'enquête soit menée. "Mais même dans un moment pareil, nous ne devons pas ternir toute une communauté qui a cherché à exercer son droit de vote et à prendre une part active à la démocratie", a-t-il souligné.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Zhifan Liu)

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