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Islande-Le ministre des Finances défend l’adhésion à l’UE face aux rivalités arctiques et aux tensions commerciales
information fournie par Reuters 16/06/2026 à 15:24

par Stine Jacobsen

L'Islande devrait adhérer à l'Union européenne (UE) pour dynamiser son économie, s'affirmer face à des partenaires commerciaux de plus grande taille et résister aux rivalités croissantes en Arctique, a déclaré à Reuters le ministre des Finances de l'île, à la veille d'un référendum sur la reprise des négociations avec Bruxelles.

L'Islande, membre de l'Otan sans armée permanente et située à l'un des points de passage les plus stratégiques de l'Atlantique Nord, votera le 29 août sur la reprise des négociations d'adhésion à l'UE.

Ce scrutin n'est pas un vote sur l'adhésion elle-même, et tout accord final nécessiterait un second référendum. Reykjavik avait abandonné les négociations précédentes en 2013 lors de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique.

"Je pense que nos intérêts économiques comme nos intérêts en matière de sécurité seraient bien servis par une adhésion", a déclaré à Reuters le ministre des Finances, Dadi Mar Kristofersson, dont le parti appelle à vote "oui".

"Les valeurs fondamentales d’une petite économie ouverte sont toujours le libre-échange et un ordre fondé sur des règles, parce que nous n’avons pas la capacité de défendre nos intérêts par la force."

LES USA RESTENT UN PARTENAIRE CLÉ, MAIS LE GROENLAND INQUIÈTE

Dadi Mar Kristofersson a déclaré qu’un accord bilatéral de défense conclu avec les États-Unis en 1951 et l’adhésion à l’Otan restaient le fondement de la sécurité de l’Islande, mais que les menaces de Donald Trump d’acquérir le Groenland avaient, dans une certaine mesure, changé la donne.

Cette impasse a déclenché l’une des plus fortes crises transatlantiques de ces dernières années, l’Union européenne menaçant Washington de vastes représailles économiques.

Il a déclaré que les États-Unis considéraient que leur sphère d’influence s’étendait au-delà de l’Islande et du Groenland, ajoutant que "cela ne va pas changer".

Pour l’Islande, située entre le Groenland et l’Europe dans l’une des zones maritimes les plus surveillées de l’Atlantique, cet épisode a souligné son importance stratégique. "Nous sommes le porte-avions insubmersible et nous le resterons", a-t-il déclaré.

Gylfi Zoega, professeur d’économie à l’Université d’Islande, a estimé que les changements qui auraient pu se dérouler sur une décennie avaient été condensés en 18 mois sous l’administration Trump.

"L'Europe est livrée à elle-même. Nous devons alors décider si nous voulons être une base militaire américaine cruciale pour la défense du territoire des États-Unis ou faire partie de l'Europe. C'est là toute la question", a-t-il déclaré.

Avec seulement 400.000 habitants, l’Islande serait le plus petit pays d’un bloc de 450 millions d’habitants. Pour l’UE, sa situation stratégique et ses riches ressources halieutiques en font un candidat attractif, même si Bruxelles s’est gardée de donner l’impression de faire campagne avant le vote.

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

Le coût de la vie en Islande est le plus élevé au monde, selon une analyse de Viska, le plus grand syndicat universitaire islandais, et son taux directeur atteint 7,75%. L'île, dont les paysages volcaniques ont servi de décor à la série Game of Thrones de HBO, vit de la pêche, de l'aluminium et du tourisme.

Le gouverneur de la Banque centrale, Asgeir Jonsson, a récemment cité la réduction des coûts de transaction, une concurrence accrue et des taux d’intérêt plus bas comme avantages de l’adoption de l’euro, tout en avertissant que la transition pourrait être inflationniste et qu’une réforme en profondeur du marché du travail serait de toute façon nécessaire.

Dadi Mar Kristofersson a déclaré que l'adhésion à l'UE pourrait faire baisser les taux d'intérêt.

"L'Islande ne deviendra jamais bon marché, mais (...) elle pourrait devenir moins chère", a-t-il déclaré. Il a ajouté que la couronne islandaise était une monnaie de très faible valeur et sensible à la volatilité, et que l’adhésion ouvrirait trois options : la laisser flotter librement, l’ancrer à l’euro ou l’adopter purement et simplement.

Les opposants affirment que l’Islande bénéficie déjà d’un accès au marché unique européen grâce à l’Espace économique européen, sans les coûts ni les obligations d’une adhésion complète. Ils estiment également qu’obtenir une exemption permanente de Bruxelles sur la pêche serait difficile.

La pêche est essentielle à l’économie et à l’identité nationale islandaises, et le secteur craint que l’adhésion à la politique commune de la pêche de l’UE n’entraîne l’ouverture des eaux islandaises aux flottes étrangères.

(Stine Jacobsen, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

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