Le mouvement de contestation en Iran et les menaces répétées de Donald Trump contre le régime ont ravivé les craintes d'un embrasement régional, susceptible de perturber l'approvisionnement pétrolier mondial et de faire flamber les prix. A l'inverse, l'adoucissement du ton du président américain dans la nuit de mercredi à jeudi a rassuré les marchés qui ont immédiatement réagi, faisant plonger les prix du pétrole.
( AFP / ASAAD NIAZI )
L'Iran, un producteur important
L'Iran figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux de pétrole, même si sa production a nettement reculé depuis les années 70, avant la chute du chah et l'imposition de sanctions américaines. "En 1974, l'Iran était le troisième plus grand producteur mondial après les Etats-Unis et l'Arabie saoudite, devant la Russie, avec une production d'environ six millions de barils par jour" (bpj), relève auprès de l'AFP Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Mangement.
Selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), il produit aujourd'hui environ 3,2 millions de bpj, avec une industrie en bien meilleur état que celle du Venezuela, autre pays ayant subi des années de sanctions américaines. Le pays disposerait en outre des troisièmes réserves mondiales de brut, ce qui en fait un acteur stratégique à long terme.
Un pétrole très rentable
L'or noir iranien "est relativement facile à extraire avec un coût pouvant être aussi bas que 10 dollars américains" le baril, voire encore moins, souligne Arne Lohmann Rasmussen, le rendant particulièrement rentable à la vente. Seuls l'Arabie Saoudite, l'Irak, le Koweït ou encore les Emirats arabes unis affichent des coûts comparables.
A titre de comparaison, le coût de production des grands producteurs occidentaux, comme le Canada et les Etats-Unis, se situe généralement entre 40 et 60 dollars le baril. Malgré cette rentabilité, l'Iran a intérêt à des prix élevés, son économie étant largement dépendante des revenus pétroliers.
Une dépendance à la Chine
Sous sanctions américaines depuis la révolution islamique de 1979, l'Iran voit ses débouchés commerciaux très limités, d'autant plus que Donald Trump a annoncé dès son retour à la Maison Blanche une politique de "pression maximale". En 2025, Washington a ciblé des raffineries chinoises indépendantes des compagnies pétrolières étatiques (appelées "théières"), accusées d'acheter du brut iranien. La Chine continue cependant d'acquérir l'or noir de Téhéran en contrepartie d'un rabais.
Selon la plateforme spécialisée Kpler, l'Iran a exporté en moyenne 1,74 million de barils par jour au quatrième trimestre 2025, la totalité étant destinée aux raffineries chinoises. Le pays produit à parts presque égales du brut léger et lourd, rappelle M. Lohmann Rasmussen, un facteur rendant le pays encore plus stratégique pour Pékin "qui n'a plus accès au pétrole très lourd du Venezuela" depuis l'intervention américaine à Caracas le 3 janvier.
Les prix suspendus aux déclarations de Donald Trump
Les tensions avaient fait monter le baril de Brent - référence internationale du brut - de plusieurs dollars, jusqu'à 66 dollars en séance mercredi, au plus haut depuis le mois d'octobre. A l'inverse, des propos du président américain Donald Trump assurant que les "tueries" en Iran "ont pris fin" font plonger les cours du pétrole jeudi. Le président américain a cependant entretenu le flou sur une éventuelle intervention militaire américaine, indiquant que Washington suivrait de près la situation. En cas d'attaque américaine, "on pourrait retrouver rapidement des niveaux autour de 80-85 dollars", comme lors de la guerre de 12 jours entre l'Iran et Israël en juin dernier, explique à l'AFP Homayoun Falakshahi de Kpler.
La suite dépendrait "de la nature de l'attaque et de la réponse du régime", affirme l'analyste, qui note que lors des dernières tensions entre les deux pays "il y a surtout eu des grandes annonces mais des réponses iraniennes toujours calculées" contre les Etats-Unis afin d'éviter l'escalade.
Dans un scénario extrême où le régime des mollahs jouerait sa survie, la réaction du marché pourrait être bien plus importante. Les principaux risques seraient que "l'Iran s'en prenne à des installations pétrolières des autres pays du Golfe", avance M. Falakshahi, ou que le régime cherche à bloquer le détroit d'Ormuz, par où transite 20% de la production mondiale d'or noir.
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