Les plus anciennes peintures rupestres du monde, situées sur l'île indonésienne de Sulawesi, sont menacées par la chaleur et la fumée générées par les pires feux de forêt que le pays ait connus depuis plus d'une décennie, ont déclaré des chercheurs.
Si les îles de Sumatra et de Bornéo sont les plus touchées par ces feux, dont l'intensité est accentuée par la présence d'un "super El Niño", les incendies se sont également propagés sur l'île de Sulawesi, notamment dans le sud de ce territoire, où des grottes calcaires abritent les plus anciennes œuvres d’art préhistoriques au monde.
Dans une grotte du Maros-Pangkep, une œuvre d'art représentant des figures anthropomorphes interagissant avec un cochon a été datée par des chercheurs de l'université australienne de Griffith à au moins 51.200 ans.
Et dans une grotte de l'île de Muna, au large de Sulawesi, un pochoir de main de couleur rougeâtre a été daté d'au moins 67.800 ans.
Dans le géoparc mondial Unesco Maros Pangkep, les pompiers ont réussi à éteindre les incendies qui ont fait rage près du site pendant plus d'une semaine au début du mois, s'approchant à mois de 800 mètres de la grotte.
Plus de 270 hectares du parc national ont brûlé entre le 30 septembre et le 18 octobre, a précisé l'un des pompiers, Muhammad Ikfar.
IMPACT D'EL NIÑO
"Le premier effet, et le plus destructeur, est la chaleur. Sans que le feu n'atteigne directement les peintures, il peut les détruire car il modifie la température autour de celles-ci et accélère le processus de corrosion", a déclaré Basran Burhan, archéologue à l'université australienne de Griffith.
"La suie (générée par la fumée) se dépose sur les peintures et les recouvre, ce qui les rend floues et difficiles à identifier", a-t-il ajouté.
Ce vendredi, les pompiers essayaient encore d'éteindre des incendies faisant rage dans d'autres parties du parc, a poursuivi Muhammad Ikfar, ajoutant que le temps était sec et qu'il n'avait toujours pas encore plu.
"Si nous n'agissons pas rapidement, s'il n'y a pas de mesures pour atténuer les effets de cet incident, nous perdrons l'un des témoignages les plus extraordinaires de l’histoire de l'humanité à Maros-Pangkep", a averti Basran Burhan.
"Et ce serait une véritable honte."
Les données officielles concernant la totalité des terres indonésiennes endommagées par les incendies n'ont pas été mises à jour depuis juillet, date à laquelle 202.000 hectares étaient indiqués comme ayant été brûlés.
Selon l'association environnementale Auriga, plus de 637.000 hectares ont été endommagés entre janvier et août de cette année, soit neuf fois la superficie de Singapour.
Nusantara Atlas, un organisme de surveillance de la déforestation, avance un chiffre encore plus élevé, près de 900.000 hectares.
L'intensité de ses feux, les pires depuis 2015, s'explique par le phénomène climatique El Niño qui apparait généralement tous les deux à sept ans et peut durer jusqu'à environ douze mois, provoquant d'importantes précipitations dans certaines régions et des épisodes de sécheresse dans d'autres.
La version 2026-2027 de ce phénomène - qui est naturel mais qui est fortement amplifié par le réchauffement climatique - devrait, selon nombre d'agences météorologiques, être la plus forte jamais enregistré.
(Abdul Rachman Muchtar, version française Benoit Van Overstraeten, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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