Le judoka français Teddy Riner à Pointe-à-Pitre pour célébrer ses deux médailles d'or olympiques, le 6 août 2024 en Guadeloupe ( AFP / Brian NOCANDY )
Terre natale de Teddy Riner, Marie-José Pérec et Lilian Thuram, la Guadeloupe continue de revendiquer son appellation de "terre de champions" mais le sport amateur y traverse une crise marquée par la disparition de ligues et une baisse continue du nombre de licenciés.
L'année 2026 a été sévère pour les ligues sportives de l'archipel.
Deux d'entre elles ont été liquidées par le tribunal de commerce, et non des moindres : la ligue de football a été la première visée en mars 2026, une première dans le paysage sportif français, suivie par celle de la natation en juillet.
Toutes deux ont laissé des dettes colossales derrière elles. D'autres ligues, comme le handball, le basket ou le judo, connaissent également des difficultés.
L'argent manque, gestion "hasardeuse"
Les ligues font face à de graves difficultés financières, qui s'expliquent d'abord par une gestion jugée "hasardeuse".
"Dans de nombreux cas, on constate de mauvaises habitudes de gestion et une masse salariale déraisonnable", recense auprès de l'AFP Bernard Guillaume, chef du pôle sport à la Direction régionale académique à la jeunesse, à l'engagement et au sport (Drajes), qui compte dans l'archipel 62 ligues et 949 clubs.
Ces difficultés sont aussi liées à des surcoûts structurels imposés par l'insularité et l'éloignement des compétitions, entre Guadeloupe et Martinique par exemple.
"Au vu du coût du transport, les déplacements en Caraïbe ou dans l'Hexagone pèsent lourd sur les clubs et les familles", ajoute-t-il.
La conséquence est immédiate : les inscriptions en clubs sont coûteuses dans un territoire qui côtoie des records de taux de pauvreté.
L'argent manque aussi pour les petits clubs locaux, ce qui crée parfois des remous au sein des ligues.
Durant les grandes vacances, des parents de jeunes judokas se sont émus d'un manque d'informations de la part de la ligue sur les rencontres locales.
Dans ce contexte, la pratique sportive semble en retrait sur le territoire. En 2024, une étude de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) indiquait que "51% des habitants de Guadeloupe et de Martinique, âgés de 15 ans ou plus, pratiquaient une activité sportive de manière régulière (une fois par semaine)" en 2022-2023, contre 60% pour la France entière.
Après 30 ans, ils sont 42% à ne pratiquer aucune activité sportive, "soit 13 points de plus que la moyenne nationale".
Déclin démographique
Cette situation n'étonne pas dans les rangs des observateurs du monde sportif guadeloupéen.
Si le sport en club subit la concurrence de la pratique libre en plein air, en mer ou en salle, "l'un des gros soucis que nous avons, c'est aussi le déclin démographique", analyse Bernard Guillaume.
En effet, la Guadeloupe, avec près de 30% de sa population au-dessus de 60 ans, figure parmi les départements les plus vieux de toute la France.
Cela conduit inévitablement à un vieillissement des adhérents de clubs, comme de leur encadrement.
Ce phénomène se conjugue avec une crise généralisée du bénévolat associatif et un manque de formation, notamment pour la recherche de subventions.
Dans les ligues et les clubs, on note d'ailleurs que les subventions diminuent au profit d'appels à projets qui demandent une ingénierie pour le montage de dossiers, une compétence difficile à trouver.
Reste la question des équipements. Lors d'un séminaire du Comité régional olympique et sportif (Cros) fin septembre au Gosier, des membres de la communauté sportive ont évoqué des équipements mal adaptés, mal entretenus et vétustes.
Ils ont appelé à de véritables "politiques publiques" pour répondre aux besoins réels, plutôt qu'à des "équipements financés par effets d'aubaine grâce à des contacts entre élus et responsables sportifs".
"L'étendard +Terre de Champions+ est à la fois une bénédiction et une malédiction", conclut Priscilla Romain, rédactrice en chef d'Offensive Sport Mag, une publication locale dédiée au sport.
Cette appellation est censée illustrer la vitalité sportive de la Guadeloupe, connue pour être un vivier de sportifs de haut niveau originaires ou nés dans l'archipel.
"On veut pousser des champions mais on oublie que pour les voir émerger, il faut développer le sport amateur", ajoute-t-elle.

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