Le logo des CRS est visible sur un véhicule à Calais, le 12 juillet 2020 ( AFP / DENIS CHARLET )
Le procès de neuf CRS qui avaient matraqué des manifestants dans un Burger King non loin de l'Arc de Triomphe, pendant l'acte 3 des "gilets jaunes" en décembre 2018, s'ouvre lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.
Près de huit ans après les faits, ces neuf hommes, tous membres à l'époque de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, vont répondre, pendant trois jours (lundi, mardi et jeudi, à partir de 9H00 chaque jour) de violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes, et encourent pour certains jusqu'à sept ans de prison et 100.000 euros d'amende.
Ce 1er décembre 2018, le mouvement des "gilets jaunes" en est à son troisième samedi de manifestations: au terme d'une journée "particulièrement violente" selon l'ordonnance de renvoi de la juge d'instruction, ils avaient matraqué et frappé à coups de pied des manifestants qui avaient forcé l'entrée d'un Burger King à proximité de la place de l'Etoile pour y trouver refuge, sans leur laisser le temps d'évacuer l'endroit.
Selon cette ordonnance, ce 1er décembre "a constitué l'une des journées voire la journée la plus difficile en termes de maintien de l'ordre et de gestion des manifestants".
L'acte 3 des "gilets jaunes" avait rassemblé 5.500 personnes dans la capitale, 318 avaient été placées en garde à vue et 263 blessés avaient été recensés, dont 23 du côté des forces de l'ordre.
- Violence inédite -
Cette journée avait été marquée par des dégradations à l'Arc de Triomphe. En début de soirée, des manifestants s'étaient introduits dans le Burger King de l'avenue de Wagram dans le 17e arrondissement, pourtant fermé, pour trouver un peu de répit et respirer alors que l'air sur la place de l'Etoile était saturé de gaz lacrymogènes.
Les CRS avaient reçu pour ordre d'entrer dans le fast-food pour faire sortir les occupants "le plus rapidement possible avec au besoin usage de la force pour les extraire en cas d'opposition".
Or, ceux-ci n'ont commis aucune violence ou dégradation dans les locaux, et certains ont même levé immédiatement les mains à l'entrée des forces de l'ordre pour montrer qu'ils n'étaient pas hostiles. Malgré cela, les CRS ont frappé certains des manifestants, sans sommation.
Pendant les investigations, "les autorités hiérarchiques ont reconnu que l'intervention n'était pas légitime", observe la juge d'instruction.
Le commandant de l'unité avait demandé pendant l'enquête à être mis en examen, au même titre que ses subordonnés, soulignant qu'il avait validé le mode opératoire utilisé, mais la juge avait estimé que sa responsabilité pénale ne pouvait être engagée, même si "les responsables hiérarchiques du commandement pour cette journée auraient pu prendre des décisions plus adaptées au contexte particulièrement violent pour la journée".
- "Occasion manquée" -
Pour Moad Nefati, qui défend une partie civile, "c'est une occasion manquée de remonter la chaîne de commandement".
"On juge de manière normale des faits qui étaient hors norme", commente Laurent-Franck Liénard, avocat des neuf CRS. "Mes clients ont été opposés à des centaines et des centaines de manifestants avec des niveaux de violence inédits", fait-il valoir, appelant à prendre en compte le contexte de cette journée.
Pour Arié Alimi, avocat de deux autres victimes, il s'agit d'un "dossier phare du mouvement des +Gilets jaunes+, qui marque un retournement de la communication sur les violences policières et illustre la brutalisation du maintien de l'ordre".
Huit ans après le début du mouvement des "gilets jaunes", certaines violences commises par des policiers lors de ces manifestations commencent à être jugées.
Parmi les affaires emblématiques, en mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné à six mois de prison avec sursis le commissaire qui avait ordonné la charge lors de laquelle Geneviève Legay, alors âgée de 73 ans et qui participait à une manifestation de "gilets jaunes" interdite à Nice en 2019, avait été gravement blessée. La défense a fait appel.
Deux policiers doivent par ailleurs être jugés, dans deux procès différents, par la cour criminelle départementale de Paris pour avoir éborgné Manuel Coisne et Jérôme Rodrigues.
Vingt-trois éborgnés avaient été recensés par l'AFP lors du mouvement des "gilets jaunes" à l'hiver 2018-2019.

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