Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est dit vendredi furieux de ne pas avoir été averti que Peter Mandelson, qu'il avait nommé ambassadeur aux États-Unis, n'avait pas satisfait au contrôle préalable de ses antécédents en raison de ses liens avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein, ce qui lui vaut de nouveaux appels à la démission.
L'opposition a jugé invraisemblable les explications fournies jeudi par l'équipe de Keir Starmer, selon lesquelles le chef du gouvernement travailliste n'avait pas été informé du fait que Peter Mandelson n'avait pas été jugé apte à être nommé aux États-Unis.
Les révélations sur l'affaire Mandelson empoisonnent depuis des mois la vie de Keir Starmer, dont le parti risque de subir une lourde sanction dans les urnes dans trois semaines lors des élections municipales en Angleterre et régionales en Ecosse et au Pays de Galles.
A son arrivée vendredi à Paris pour une réunion sur la liberté de circulation maritime dans le détroit d'Ormuz, le Premier ministre britannique a déploré d'avoir été tenu dans le noir, "alors que j'ai dit au Parlement que la procédure régulière avait été suivie".
A la question de savoir s'il envisageait de démissionner, Keir Starmer a répondu qu'il "présenterait les faits pertinents" lundi devant le Parlement.
Son porte-parole a déclaré à la presse qu'il n'avait pas l'intention de démissionner.
Jeudi soir, Downing Street a tenté d'éteindre l'incendie en limogeant un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, Olly Robbins.
L'explication selon laquelle Keir Starmer n'avait pas eu connaissance d'informations aussi importantes concernant une nomination qu'il avait présentée en 2024 comme un coup de génie a cependant réveillé les doutes quant à sa capacité à contrôler son gouvernement.
STARMER A-T-IL TROMPÉ LE PARLEMENT ?
Un député travailliste, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a déclaré que le Labour n'entendait pas pour le moment tenter d'écarter Keir Starmer, tout en déplorant que l'affaire Mandelson plombe le parti.
Un autre député travailliste a estimé que David Lammy, vice-Premier ministre britannique qui occupait alors le poste de ministre des Affaires étrangères, devrait démissionner. "Le choix se pose entre l'incompétence et la tromperie", a-t-il déclaré.
Le porte-parole de Starmer a assuré qu'aucun ministre ni aucun membre du cabinet du Premier ministre n'était au courant que Peter Mandelson avait failli au contrôle de ses antécédents.
Une lettre du ministère des Affaires étrangères datée de janvier 2025, rendue publique par le Parlement le mois dernier et dans laquelle le poste d'ambassadeur était proposé à Peter Mandelson, laissait entendre qu'il avait passé avec succès le contrôle de sécurité.
"Votre habilitation de sécurité a été confirmée par l'unité de contrôle et est valable jusqu'au 29 janvier 2030", indiquait-elle.
Cela avait conduit Keir Starmer à déclarer devant le Parlement que le contrôle des antécédents de Peter Mandelson n'avait déclenché "aucune alerte" lorsque le scandale des liens de ce dernier avec Jeffrey Epstein avait éclaté, ce qui a entraîné son limogeage en septembre.
Kemi Badenoch, chef du Parti conservateur, a qualifié la défense de Starmer de "grotesque" et Nigel Farage, chef du principal rival électoral du Parti travailliste, le parti populiste Reform UK, a déclaré qu'il faisait preuve d'une "malhonnêteté flagrante".
(Elizabeth Piper, Andrew MacAskill et Sarah Young, avec la contribution de William James, Paul Sandle et Alistair Smout ; version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)

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