( AFP / DAMIEN MEYER )
La reconnaissance du caractère professionnel de la maladie d'anciens salariés de l'entreprise Tetra Médical progresse, avec huit dossiers validés par la justice à ce jour, a annoncé leur avocat jeudi lors d'une réunion publique à Annonay (Ardèche).
"Nous avons obtenu gain de cause pour des cancers du sein, des cataractes et des fausses couches", a détaillé Me François Lafforgue, faisant état d'une décision du tribunal de Privas fin août concernant quatre nouveaux dossiers.
Tetra Medical, fabricant de matériel médical (compresses et kit chirurgicaux à usage unique notamment) qui a fait faillite en février 2022, a eu recours à de l'oxyde d'éthylène pour stériliser ses produits.
Les anciens salariés des deux sites, à Annonay et à Saint-Cyr-en-Val (Loiret), dénoncent depuis leur exposition à ce gaz cancérigène et toxique pour la fertilité et les grossesses.
Parmi eux, Carole Talancieux, 45 ans, vient d'obtenir la reconnaissance du caractère professionnel de son cancer du sein. "Le traitement d'hormonothérapie est très dur à supporter, sans compter que depuis décembre 2025 j’en suis déjà à ma deuxième suspicion de récidive...", confie-t-elle à l'AFP. "Pour moi cette décision, c'est une reconnaissance de tout ce que je vis".
Au delà, cette décision permet d'engager des "procédures de faute inexcusable de l'employeur", souligne Me Lafforgue, qui porte le combat des salariés de Tetra Medical sur plusieurs fronts judiciaires.
En juillet 2025, un "préjudice d'anxiété" a déjà été reconnu pour 151 anciens salariés par le tribunal des Prud'hommes d'Annonay.
Huit mois plus tôt, trois familles avaient obtenu gain de cause devant le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, pour trois enfants nés avec des malformations, leucémie ou encore troubles du comportement sévère.
Plusieurs dossiers, concernant les anciens salariés ou les enfants, ont toutefois reçu des avis défavorables. "On touche aux limites des connaissances scientifiques, on ne sait pas avec précision ce que l’oxyde d’éthylène fait à l'organisme humain", a expliqué lors de cette réunion Annie Thébaud-Mony, sociologue et présidente de l'association Henri Pézerat spécialisée dans la santé au travail.
Pour pallier ce manque, le Groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle et environnementale du Vaucluse va effectuer un recensement des maladies et un suivi des anciens salariés par le biais d'une surveillance médicale dédiée, qui débute à Annonay dès ce mois de septembre.
Enfin, une enquête pénale pour mise en danger d'autrui est toujours en cours au sein du pôle santé publique du parquet de Marseille.
"On espère qu’il puisse y avoir un procès pénal dans les années qui viennent", a conclu Me Lafforgue.
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