(Actualisé avec analyste)
par Elizabeth Pineau
Des drapeaux français avaient été distribués, des coupes de champagne empilées mais la déception était grande dimanche dans le pavillon de l'Est parisien où le Rassemblement national (RN) avait convié journalistes et sympathisants pour suivre une soirée électorale historique.
A 20h00, les premières projections des instituts de sondage ont placé le parti dirigé par Jordan Bardella - en tête au premier tour dimanche dernier -, en troisième position derrière le Front de gauche et le camp d'Emmanuel Macron.
Loin des espoirs de majorité absolue synonyme d'entrée à Matignon caressés par le camp finaliste des deux dernières élections présidentielles.
Quelques applaudissements ont salué l'entrée annoncée au Palais-Bourbon de quelque 150 députés du parti d'extrême droite, qui comptait 88 élus dans l'Assemblée sortante.
Chez les jeunes militants venus assister à la soirée après avoir passé ces derniers jours à tracter et coller des affiches, la déconvenue était palpable.
"On a fait du RN une caricature. Les résultats sont décevants et pas représentatifs de ce que veulent les Français", a estimé Jocelyn Cousin, militant de 18 ans.
A ses côtés, Elea Da Cunha, 17 ans, a donné rendez-vous en 2027, date de la prochaine course à l'Elysée.
"Les arguments contre nous n'étaient pas développés", a-t-elle estimé. "Les gens vont comprendre que le Rassemblement national, ce n'est pas si horrible. J'y crois pour 2027. J'ai beaucoup d'espoir et je vois la suite victorieuse."
"LA MARÉE MONTE", DIT MARINE LE PEN
C'est aussi l'avis de Joan Jean-Marie, agent SNCF de 21 ans.
"Il y a eu le bloc anti-RN qui malheureusement a fonctionné, une politique de peur. On a quand même beaucoup plus de députés qu'avant", a-t-il considéré. "Je continuerai à me battre pour le RN, et surtout pour la France."
A l'image de Jordan Bardella, qui a fustigé "les arrangements électoraux orchestrés depuis l'Élysée", des sympathisants ont dénoncé les alliances ayant stoppé la dynamique du camp de Marine Le Pen.
"Il y a eu des pressions, des intimidations. On a voulu créer la peur", a dit à Reuters Henri Blanc, industriel de 66 ans. "Et pourtant le Front national avait été visionnaire pour décrire l'état de la France aujourd'hui".
Un homme se présentant comme un cadre du RN ayant requis l'anonymat a expliqué cette déconvenue par "une surmobilisation de l'extrême gauche et une efficacité d'un Front républicain contre nature."
Au-delà de l'efficacité du "front républicain", Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale de BVA Xsight, cite pour sa part une forte participation à ce scrutin (67,1%) "portée par des électeurs soucieux de faire barrage au RN".
L'entre-deux-tours a selon elle été aussi l'occasion de mettre en exergue "l'impréparation du RN pour gouverner", notamment soulignée par le refus de débattre de certain de ses candidats "et des idées encore très ancrées dans la lignée du Front national" comme celle d'interdire aux binationaux des postes dans des secteurs sensibles.
"Le RN fait donc sans doute toujours un peu peur, la stratégie de diabolisation n’est pas achevée", a-t-elle ajouté.
A l'image de ses militants, Marine Le Pen s'est quant à elle tournée vers l'avenir.
"La marée monte. Elle n'est pas montée assez haut cette fois-ci, mais elle continue à monter et par conséquent, notre victoire, en réalité, n'est que différée", a-t-elle dit sur TF1.
Avant l'annonce des résultats, Fabrice Leggeri, député européen RN fraîchement élu au Parlement de Strasbourg, évoquait l'ancrage de son camp dans le pays.
"On n'a jamais été aussi enracinés dans le coeur et dans l'électorat français", a dit à Reuters l'ancien directeur de l'agence européenne Frontex.
(Reportage Elizabeth Pineau, édité par Blandine Hénault)

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