Incendies de forêt dans le sud-ouest de la France
Un retour à la normale s'amorçait jeudi sur le front des incendies en France, notamment en Gironde où 84.000 personnes ont été autorisées à regagner leur domicile dans neuf communes, mais le risque de feux "reste extrêmement important" en raison de la sécheresse, ont déclaré les autorités.
En Gironde, où le mégafeu historique qui s'est déclaré le 22 juillet à Saumos restait "stabilisé" après une nuit "très calme", la préfète a autorisé le retour immédiat des habitants dans neuf localités au sud de Bordeaux : Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean d’Illac, Martignas-sur-Jalles, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin du Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène.
Les 84.000 personnes concernées s'ajoutent aux 57.000 habitants qui ont pu retrouver leur maison mardi à Eysines, Mérignac et au Haillan, sur les quelque 220.000 résidents et touristes évacués depuis le 22 juillet.
Autre signe d'accalmie, l'autoroute A63 sera rouverte dans les deux sens à partir de 14h00, a précisé dans un communiqué la préfète de Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine.
"Si les conditions de sécurité venaient à l’exiger, de nouvelles mesures d’évacuation pourraient être envisagées dans les communes concernées", souligne Sophie Brocas.
De fait, "la situation est toujours compliquée" en France pour reprendre les termes du ministre de l'Intérieur, qui signale jeudi 14.131 feux depuis le début de la saison, soit 117.000 hectares brûlés.
Pour la seule journée de mercredi, 26 départs de feu ont été recensés sur le territoire et "traités", avec pour singularité que le phénomène affecte des zones communément épargnées, dans le Nord-Est et l'Ouest, a dit Laurent Nuñez lors d'un point de presse à Paris.
"Le risque reste extrêmement important puisqu'on est dans une situation de sécheresse forte avec une végétation abondante", malgré "une amélioration météo assez légère avec une remontée de l'humidité, un peu de moins de vent", a-t-il souligné.
Si un optimisme prudent est de mise dans le Sud-Ouest, la situation reste tendue dans le Sud-Est, la vallée du Rhône et le Nord-Est et l'Ouest.
275 INTERPELLATIONS
Trois feux d'importance étaient en cours ou en passe d'être stabilisés jeudi : à Corte, en Haute-Corse où mille hectares ont été brûlés; à Thuès-Entre-Valls dans les Pyrénées-Orientales (70 hectares brûlés); et à Couchey en Côte-d'Or (125 hectares).
Les feux sont désormais fixés à Brignoles et Pontevès (Var), à Rion-des-Landes et Biscarrosse (Landes), dans les Vosges et à Fontainebleau (Seine-et-Marne) où sont survenus trois départs de feu mercredi, a déclaré le ministre.
Des pompiers de Nouvelle-Calédonie, La Réunion, Mayotte et de Polynésie, notamment, étaient attendus en renfort, et les autorités françaises poursuivaient les consultations pour renforcer les équipes et moyens européens déjà à l'oeuvre.
Laurent Nuñez a indiqué que le président Emmanuel Macron aurait ce jeudi plusieurs contacts à ce sujet avec des homologues européens et qu'il avait accepté l'aide de l'Ukraine proposée la veille par Volodimir Zelensky. Le ministre français de l'Intérieur devait s'entretenir jeudi avec son homologue ukrainien.
Les efforts se concentrent toujours sur la Gironde, où 42.000 hectares ont été détruits, avec 3.300 sapeurs-pompiers, 1.500 gendarmes, 1.250 policiers et 24 moyens aériens mobilisés.
Priorité est donnée au traitement de la lisière de l'incendie, longue de 240 kilomètres, avec des feux tactiques, des coupes préventives et autres travaux de génie.
"On a passé un nouveau cap, une forme de bascule, puisqu'au moment où l'on parle, nous n'avons plus 'que' trois points chauds sur l'ensemble du secteur de Saumos", a déclaré sur BFMTV Marc Vermeulen, directeur départemental et chef de corps du Service d’incendie et de secours de Gironde (Sdis 33).
Pour le maire de Lège-Cap-Ferret, la prudence doit primer.
"Nous espérons que le feu ne pourra pas migrer vers le Sud. (...) Nous avons vu que ce feu était totalement erratique, je crois qu'il faut savoir raison garder", a dit Philippe de Gonneville sur BFMTV.
"Je veux être extrêmement prudent et ne pas appeler mes populations à revenir sur la presqu'île", a-t-il insisté.
L'origine des derniers feux en date reste à établir en certains points, mais le ministre de l'Intérieur a mis en avant un taux alarmant de sinistres d'origine criminelle. Dans 70% des cas, a-t-il affirmé, les feux ont été provoqués intentionnellement par la main de l'homme.
La police et la gendarmerie ont procédé à 275 interpellations à ce jour, qui ont conduit à 31 détentions - après condamnation ou détentions provisoires dans l'attente d'un jugement.
(Rédigé par Sophie Louet, avec Yves Herman et Janis Laizans en Gironde, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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