par Yury Garcia et Alexandra Valencia
Une recrudescence des affrontements entre criminels en Équateur a poussé des milliers de familles à fuir et à abandonner leurs maisons aux gangs, qui les pillent pour financer leur trafic de drogue ou les utilisent pour cacher des victimes d’enlèvements, selon des habitants et la police.
Plus de 300.000 personnes ont quitté leur domicile au cours des trois dernières années en raison des exactions commises, notamment des menaces de mort, de l’extorsion, du recrutement par des groupes criminels ou du meurtre de proches, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés et le Bureau du médiateur. Les défenseurs des droits de l’homme estiment que le chiffre réel pourrait être plus élevé.
Dans le quartier de Nueva Prosperina, dans la ville côtière de Guayaquil, les violences entre factions du groupe criminel Los Tiguerones ont fait 22 morts l’année dernière.
L’Équateur, autrefois considéré comme relativement sûr, affiche désormais le troisième taux le plus élevé de déplacements internes d'Amérique latine, derrière Haïti et la Colombie, selon le Conseil norvégien pour les réfugiés.
Le président Daniel Noboa est entré en fonction en 2023 et s'est engagé à lutter contre la violence, qui trouve son origine dans le rôle de ce pays en tant que plaque tournante du trafic de drogue.
Cependant, la stratégie du chef d'État n'a pas permis d'endiguer la violence et pourrait même l'avoir aggravée, selon la Commission des droits de l'homme de Guayaquil. Les assassinats et les arrestations de chefs criminels ont entraîné la fragmentation de nombreux groupes en factions rivales qui se disputent le territoire.
L’Équateur a enregistré 9.216 décès violents l’année dernière, soit un taux d’homicides de 51 pour 100.000 habitants, environ huit fois supérieur à celui d’il y a dix ans et bien au-dessus des taux de 21,4 au Mexique et de 25,8 en Colombie, communiqués l’année dernière par les autorités de ces pays.
Le gouvernement de Daniel Noboa affirme néanmoins que sa stratégie affaiblit systématiquement les gangs et que les homicides ont baissé de 8% entre janvier et juillet de cette année par rapport à la même période en 2025. Selon lui, la majorité des personnes tuées sont liées à des gangs.
DES HABITANTS SOUS LE JOUG DES GANGS
La moitié des familles vivant à Nueva Prosperina ont été victimes d’extorsion, d’après les estimations de la police du quartier.
Son chef, Gino Pillajo, a déclaré que plusieurs personnes avaient été arrêtées pour s’être fait passer pour des policiers. De nombreux cas d’extorsion ne sont pas signalés par crainte, ce qui rend les enquêtes difficiles, a-t-il ajouté.
Selon le Bureau du médiateur, les communautés autochtones chachi situées près de la frontière colombienne ont également temporairement abandonné leur territoire en raison des menaces proférées par des mineurs illégaux.
À Babahoyo, dans la région de Los Ríos, les commerces ferment plus tôt par mesure d’autoprotection, tandis que dans la province amazonienne de Sucumbíos, des familles abandonnent leurs terres pour empêcher les groupes criminels de persuader les jeunes de les rejoindre, selon des cas signalés par le Conseil norvégien pour les réfugiés.
Les responsables gouvernementaux interrogés ont reconnu le problème, mais ont déclaré ne pas savoir quelle agence était chargée de traiter les déplacements forcés. Le service de presse de Daniel Noboa n’a pas répondu à une demande de commentaire.
"Il n’existe aucune reconnaissance juridique des déplacements forcés internes causés par la violence, ce qui signifie que ce phénomène n’est pas abordé, qu’aucune mesure n’est prise pour protéger les victimes et qu’aucun mécanisme n’est mis en place pour surveiller et aider les communautés touchées", a déclaré Billy Navarrete, président du comité des droits de l’homme de Guayaquil.
Cela complique l’acheminement de l’aide aux victimes de déplacements, dont beaucoup finissent par se réfugier chez des proches dans d’autres quartiers, voire par changer de ville.
Certaines familles — paralysées par le manque de ressources ou de réseaux de soutien, ou par la crainte d’abandonner leurs biens — sont contraintes de vivre aux côtés des gangs.
(Rédigé par Yury Garcia à Guayaquil et Alexandra Valencia à Quito ; Version française Rihab Latrache, édité par Augustin Turpin)

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