La secrétaire nationale des Ecologistes Marine Tondelier le 23 juin 2026 à Paris ( AFP / MEHDI FEDOUACH )
En pleine crise climatique d'une ampleur sans précédent en France, la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, dont le parti alerte depuis des années sur le dérèglement du climat, se retrouve en bouc émissaire de la droite et de l'extrême droite, et peine à faire entendre ses propositions.
L'été 2026, qui a connu plusieurs périodes de canicule extrême, des incendies qui ont déjà parcouru 120.000 hectares, et une sécheresse qui touche 98 départements, "confirme tout ce que les écologistes disent depuis 50 ans", a souligné la candidate à la présidentielle sur X.
Pourtant, sur les réseaux sociaux et dans les médias, droite et extrême droite rejettent la faute sur les Ecologistes et s'offusquent quand Marine Tondelier met en cause les "pyromanes politiques" pour dénoncer l'inaction du gouvernement face au réchauffement climatique.
Sur Sud Radio, le député RN Julien Odoul a ainsi accusé les Verts d'avoir "refusé les débroussaillages", ce qui aurait contribué à amplifier les incendies.
Une fausse information relayée sur les réseaux sociaux et dénoncée par les Ecologistes. Ils soulignent que cette polémique, qui date de 2022, est liée à un projet de gestion contesté d'une forêt usagère - au statut juridique particulier - de La Teste-de-Buch (Gironde), mais ne concerne pas les autres forêts.
Insultée
Paroxysme de cette animosité, Marine Tondelier s'est même fait insulter par un responsable syndical agricole de l'Oise fin juillet après avoir critiqué le vote de la loi d'urgence agricole, qui a réintroduit à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France. Le syndicaliste a finalement présenté ses excuses.
Pour la patronne des Verts, "la colère des Français est réelle et légitime, et les libéraux et les droites climatosceptiques cherchent une diversion car ils ont beaucoup à perdre". "Il leur est plus facile de chercher un bouc émissaire que de remettre en cause leur logiciel", commente-t-elle à l'AFP.
"S’ils évoquent un supposé dogmatisme écologiste, c’est pour tenter de masquer leur dogmatisme économique qui est lui bien réel. Pourtant, il est évident que le productivisme est une impasse", ajoute son entourage.
Les Ecologistes sont régulièrement accusés par leurs détracteurs de défendre une "écologie punitive", de refuser les mégabassines ou la climatisation.
En juin, Marine Tondelier a reconnu que l'urgence pour son parti dans les années 70 n'était pas la climatisation, mais "de se battre pour qu'il n'y ait pas de changement climatique". Elle considère aujourd'hui que la climatisation est désormais "nécessaire" mais rappelle que cela ne constitue pas une solution pour atténuer le dérèglement.
"Concentrer le débat sur la climatisation" en début d'été "a été un moyen pour l’extrême droite ou la droite de ne pas parler de climat", estime l'eurodéputé David Cormand. Une manière, selon lui, de refuser "de regarder en face les causes structurelles de cette situation" et de "cantonner la réponse à des solutions techniques".
"Une menace"
Mais alors que juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, et que les questions d'environnement et de climat sont devenues des préoccupations prioritaires pour les Français, la patronne des Ecologistes a du mal à imposer ses propositions.
Sa demande d'une réunion de crise à la rentrée sur les incendies organisée par Matignon ou l'Elysée avec les chefs de partis et de groupes parlementaires, n'a pas obtenu de réponse de l'exécutif.
Elle n'a pas non plus obtenu de réactions à sa proposition "d’abolition des privilèges climatiques".
"A eux seuls, les 1% les plus riches sont responsables de 20% de l'augmentation de la température mondiale entre 1990 et 2020", a-t-elle expliqué dans Libération, plaidant pour un ISF climatique, la suppression des niches fiscales fossiles, et la taxation des superprofits des entreprises pétro-gazières et du transport maritime pour financer la transition écologique.
"Il est vrai que ceux qui continuent à attaquer ou stigmatiser l’écologie ont aujourd'hui davantage d'audience que les écologistes", remarque David Cormand, qui y voit "une alliance politique objective entre les partisans du statu quo économique et les populistes d’extrême droite".
Mais les propositions des écologistes "avancent malgré tout", estime-t-il. "Et le fait qu’elles soient désormais aussi violemment attaquées par nos adversaires montrent d’ailleurs qu’ils les perçoivent comme une menace".
En juin, la proposition de Marine Tondelier de congés climatiques pour protéger les travailleurs des aléas climatiques a d'ailleurs reçu un certain écho. Selon un sondage, 58% des Français y sont favorables.

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