Manifestation contre des fermetures de classes, à Paris, le 31 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )
Ecoles, collèges et lycées publics ou privés sous contrat auront perdu près de 1,7 million d'élèves en 2035, selon des projections du ministère de l'Education, une "vague sismique" qui rendra nécessaire de repenser "l'offre scolaire sur le territoire à long terme", a affirmé le ministre Edouard Geffray.
En 2035 il y aura 1.676.800 élèves en moins en France, soit une baisse de 14,2% par rapport à 2025, selon un document du service statistique du ministère publié mardi, qui fonde ses projections sur des hypothèses de fécondité notamment.
Le ministre de l'Education, Edouard Geffray, à l'hôtel Matignon, à Paris, le 1 avril 2026 ( AFP / Anna KURTH )
"Ces projections suivent une baisse déjà entamée qui va devenir massive, puisqu'on va perdre près de 1,7 million d'élèves, dont 933.000 élèves dans le seul premier degré", a déclaré le ministre de l'Education dans un entretien au Parisien mis en ligne mardi.
"Tout le système éducatif va être impacté" par ce "mouvement extrêmement ample qui touchera tout le territoire", malgré des "disparités nationales assez fortes", imposant de "réfléchir à ce que doit être l'offre scolaire sur le territoire à long terme", estime-t-il.
Si "l'année prochaine encore, on ne fermera aucune école sans l'accord du maire", "compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment", avertit le ministre de l'Education.
Si "dans les territoires ruraux, il peut y avoir des regroupements pédagogiques intercommunaux", en revanche "en milieu urbain, il va falloir s'interroger sur le maillage", poursuit M. Geffray, en particulier à Paris, au "maillage d'écoles, de collèges et de lycées extrêmement dense" et "qui va perdre 30% de ses élèves en dix ans, cela impose de s'adapter".
La baisse du nombre d'élèves serait plus accentuée dans le premier degré (-933.000 élèves, -15,2%) que dans le second (-743.800 élèves, -13,2%) en prenant en compte un scénario intermédiaire, "sur l'ensemble de la période", selon le document de travail de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), qui anticipe "des situations contrastées selon les territoires".
- "Suivre aveuglément la boussole démographique" -
Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire dans le second degré, ces projections "ne doivent pas servir d'alibi" à "une loi de programmation pluriannuelle de suppressions de postes".
"On ne peut pas suivre aveuglément la boussole démographique", du fait des "inégalités sociales", d'un métier qui "s'est complexifié", d'un "besoin de plus d'adultes auprès de la jeunesse", dit-elle à l'AFP, alors qu'il faudra remplacer "300.000 professeurs" qui partiront à la retraite "d'ici 2030" selon une étude de la DARES de 2025.
Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, estime que ne pas supprimer de postes permettrait de "faire baisser le nombre d'élèves par classe". En cas de "fermeture inévitable", un redéploiement vers l' enseignement spécialisé (RASED) serait souhaitable, a-t-elle dit à l'AFP.
Le document établit trois scénarios de fécondité: intermédiaire, haut et bas. Le scénario intermédiaire prolonge la baisse de la fécondité pour atteindre un indice en 2030 de 1,5 enfant par femme, qui se stabilise ensuite.
Les effectifs du premier degré (maternelles et élémentaires) passeraient ainsi de 6.149.400 en 2025 à 5.216.400 élèves en 2035, et ceux du second degré (collèges et lycées) de 5.619.700 à 4.875.900 élèves.
L'évolution des effectifs varierait d'une académie et d'un département à l'autre. Ils baisseraient dans le premier degré, de 29,3% dans l'académie de Paris, de 11,6% dans celles de Nice et Nantes et de 4,5% à Mayotte.
Dans le second degré, les effectifs reculeraient de 21,3% en Martinique, de 7,4% dans l'académie de Versailles, mais augmenteraient en Guyane (+5,3%) et à Mayotte (+6,2%).
Les auteurs fondent leurs projections sur une démographie "marquée par une baisse des naissances, amorcée depuis 2010" et la baisse des effectifs entamée "en 2016 dans le premier degré" et "en 2024" dans le second.
Au total, 4.000 suppressions de postes d'enseignants, public et privé confondus, sont attendues pour la rentrée 2026, ce qui suscite des mobilisations sur tout le territoire depuis plusieurs semaines.
Ne pas supprimer de postes reviendrait à "repousser les ennuis pour mes successeurs", a affirmé au Parisien M. Geffray qui a donné rendez-vous aux syndicats le 21 avril pour une première réunion.

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