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Du gouvernement à l'Ukraine, pluie de critiques pour l'interview de Lavrov par Salamé
information fournie par AFP 27/03/2026 à 18:22

La journaliste Léa Salamé sur le plateau du JT de 20H sur la chaîne France 2, le 16 mars 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

La journaliste Léa Salamé sur le plateau du JT de 20H sur la chaîne France 2, le 16 mars 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Diffusée jeudi dans le 20h00 de la chaîne publique France 2, l'interview du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, par Léa Salamé a suscité une pluie de critiques et d'accusations de complaisance vendredi, à commencer par celles du gouvernement français et de l'Ukraine, en plein G7.

Dans une rare mise en cause, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a regretté que son homologue russe "ait pu dérouler tranquillement sa propagande" lors de cette interview, argument utilisé auparavant par de nombreux experts.

"Répéter des mensonges à une heure de grande écoute n'en fait pas des vérités", a-t-il déclaré à la presse après une réunion du G7 près de Paris, en accusant la Russie d'avoir "lancé une guerre d'agression" contre l'Ukraine en 2022 et d'y avoir commis "des crimes de guerre documentés".

"A quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre?", s'est pour sa part interrogé l'ambassadeur ukrainien à Paris, Vadym Omelchenko, sur le réseau social X.

Interviewer le chef de la diplomatie de la Russie, "acteur majeur de la guerre au Moyen-Orient" et "allié" de l'Iran, "a un intérêt journalistique évident", a défendu le directeur de l'information de France Télévisions, Philippe Corbé, dans un billet sur franceinfo.fr, le site d'information du groupe public, dont fait partie France 2.

"Cet entretien n'est absolument pas complaisant", a insisté le responsable, en poste depuis fin janvier. Il a souligné "l'ensemble du travail de la rédaction sur l'actualité russe et ukrainienne", dont "près de 400 reportages sur le terrain en Ukraine".

- "Transparence" -

Enregistrée à l'avance, l'interview a été réalisée à distance avec M. Lavrov, qui se trouvait à Moscou. Dix minutes ont été diffusées dans le 20h00 de France 2, séquence regardée par 3,4 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, et une version d'une heure a été mise en ligne sur franceinfo.fr.

Le fait que "l'intégralité de l'interview soit montrée" était une exigence de la Russie mais "cette pratique de transparence se développe", a fait valoir France Télévisions dans l'article publié sur franceinfo.fr après les critiques, qui ont débuté dès jeudi soir.

"Séquence catastrophique sur le service public", a ainsi déploré sur X le spécialiste de la Russie Dimitri Minic, de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

"Si les équipes de France TV sous-estiment encore la lutte informationnelle, qu'elles comprennent que Moscou en a fait l'arme centrale de sa guerre contre l'Occident", a-t-il ajouté.

"Une interview honteuse durant laquelle un ministre d'une puissance adverse peut tranquillement dérouler ses éléments de langage à une heure de grande écoute sur la principale chaîne publique française et presque sans aucune contradiction", a pesté le chercheur français Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique, sur le même réseau social.

- "Crimes de guerre" -

L'analyste Louis Duclos a lui reproché à Léa Salamé de ne pas avoir relancé M. Lavrov sur les "crimes de guerre de la Russie en Ukraine".

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Moscou, le 16 mars 2026 ( POOL / TATYANA MAKEYEVA )

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Moscou, le 16 mars 2026 ( POOL / TATYANA MAKEYEVA )

"Pourquoi ne pas avoir parlé de Boutcha? Marioupol? Izioum? Les safaris en drone à Kherson? Les tortures de civils, les viols d'enfants et d'adolescentes devant les yeux des parents avant de les assassiner?", s'est-il indigné.

La Société des journalistes de France Télévisions a au contraire défendu Léa Salamé. Pour son président, Valéry Lerouge, la journaliste a mis M. Lavrov "devant les faits", en parlant de frappes sur des "écoles, des hôpitaux", et de "milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre". "Elle lui a dit que nous en avons les preuves sur le terrain", a-t-il insisté auprès de l'AFP.

La polémique intervient dans un contexte difficile pour France Télévisions, scruté depuis plusieurs mois et sans ménagement par une commission d'enquête parlementaire sur la "neutralité" et le "financement" de l'audiovisuel public.

En janvier, Philippe Corbé a remplacé Alexandre Kara à la direction de l'information du groupe public, après plusieurs bourdes au sein de son secteur de l'information.

Parmi elles, une confusion entre les circonstances de la mort des professeurs Dominique Bernard et Samuel Paty dans les JT de 13h00 et 20h00 de France 2, présentés par Julian Bugier et Léa Salamé.

1 commentaire

  • 21:07

    "Pourquoi ne pas avoir parlé de Boutcha ? Marioupol ? Izioum ? Les safaris en drone à Kherson ? Les tortures de civils, les viols d'enfants et d'adolescentes devant les yeux des parents avant de les assassiner?". Tout simplement parce que tout ça est faux, archi-faux. A Marioupol; les Ukrainens ont pris les civils comme boucliers humains.


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