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Du cinéma à l'édition, la "bataille culturelle" imprègne la campagne présidentielle
information fournie par AFP 19/05/2026 à 14:27

Maxime Saada, président de Canal+, à l'Olympia à Paris, le 12 mars 2021 ( POOL / Thomas SAMSON )

Maxime Saada, président de Canal+, à l'Olympia à Paris, le 12 mars 2021 ( POOL / Thomas SAMSON )

Plus qu'un affrontement politique, une "bataille culturelle". Ce terme, prisé par l'extrême droite et retourné par la gauche, électrifie le débat au travers de polémiques comme celles autour de Canal+ ou de Grasset, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.

Dernier épisode en date le week-end dernier, quand le patron de Canal+ Maxime Saada a annoncé ne plus vouloir travailler avec les 600 professionnels du cinéma, signataires d'une tribune contre son actionnaire de référence, Vincent Bolloré.

Les responsables politiques, dont des prétendants à la présidentielle, sont immédiatement entrés dans le débat. Le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon a ainsi accusé l'homme d'affaires breton de vouloir "contrôler la création au cinéma".

La porte-parole du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Léa Balage El Mariky, y a vu mardi la preuve que "nous sommes en train d'entrer dans une guerre avec Monsieur Bolloré".

Les droites, elles, se sont montrées plus conciliantes avec Canal+.

Le député Rassemblement national Sébastien Chenu a dénoncé les "excès de langage" des "antifas de festival" signataires de la tribune, tandis que le candidat libéral à la présidentielle David Lisnard (ex-LR) a estimé qu'ils auraient dû "se taire".

Une confrontation similaire s'est jouée en avril dans une autre antenne de l'empire Bolloré, la maison d'édition Grasset. Quelque 200 auteurs avaient annoncé la quitter pour protester contre le licenciement de son PDG Olivier Nora.

- "Revanche" -

Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré à l'Assemblée nationale à Paris, le 24 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré à l'Assemblée nationale à Paris, le 24 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

"On est dans un climat politique. On sort de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, qui a quand même laissé des traces", note une ministre macroniste.

"Il y a une bataille politique, et dans cette bataille politique, évidemment que la culture est prise à partie", dit-elle à l'AFP.

Les politiques culturelles ne sont pourtant pas en tête des préoccupations des Français. Dans les sondages, c'est plutôt le pouvoir d'achat, la sécurité, l'environnement ou la santé qui reviennent.

Mais un parti comme le Rassemblement national sait que la culture, au sens large, mobilise ses électeurs, estime le politologue spécialiste de l'opinion Emmanuel Rivière.

Jordan Bardella, président du RN, martelait encore la semaine dernière que l'élection de 2027 serait un "choix de civilisation".

Pour Emmanuel Rivière, "les clivages s'articulent de plus en plus autour des systèmes de valeurs et de moins en moins autour des positions économiques".

Si les "élites" du milieu de la culture sont réputées de gauche, "une grande partie de la droite s'est appropriée le champ des controverses culturelles comme étant son champ, avec un sentiment de revanche", ajoute-t-il.

- "Récit national" de gauche -

Aux Etats-Unis, les tranchées de la "guerre culturelle" sont creusées depuis bien longtemps. Républicains et démocrates s'écharpent sur ce qui est exposé dans les musées, montré dans les films ou appris dans les livres.

En France, le phénomène est moins développé, mais l'extrême droite a repris de longue date le concept "d'hégémonie culturelle" du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci, qui serait le préalable à l'accession au pouvoir.

La bataille culturelle s'incarne aussi dans le succès du Canon français, des banquets célébrant les "valeurs françaises". Le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin a investi dans l'entreprise, accusée par la gauche de promouvoir un projet identitaire sous couvert de ripaille.

Mais la gauche tente aussi d'occuper cet espace.

L'ancien insoumis François Ruffin, candidat pour 2027, appelle par exemple à ne pas laisser la droite monopoliser le "récit national".

"Il nous faut un Puy du fou de gauche", a-t-il dit en janvier, une référence au parc d'attractions vendéen créé par le souverainiste Philippe de Villiers.

Le banquier d'affaires engagé à gauche, Matthieu Pigasse, revendique lui de mener une bataille culturelle.

Il est à la tête du groupe Combat, propriétaire des Inrockuptibles, de festivals de musique et de Radio Nova, dont les humoristes, sur une ligne de gauche radicale, suscitent régulièrement la controverse.

Ces acteurs économiques de la "bataille culturelle" devraient aussi jouer un rôle de taille dans la campagne présidentielle.

Vincent Bolloré est accusé de faire le jeu de la droite dure, notamment via ses médias CNews ou Europe 1.

Matthieu Pigasse entretient lui le mystère sur ses propres ambitions élyséennes. Début mai, il a affirmé à La Tribune Dimanche: "je n'exclus rien et je suis à la disposition de tous, compte tenu de la menace existentielle que représente une victoire de l'extrême droite".

1 commentaire

  • 15:09

    Que Pigasse les financent ! et basta


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