À l'abri du soleil brûlant de l'été, un groupe de scientifiques de Padoue, ville du nord de l'Italie, a passé plusieurs semaines dans un laboratoire à mettre au point un instrument qui, selon eux, pourrait révolutionner l'étude de la couronne solaire, la couche externe de l'atmosphère du Soleil.
Alors qu'une éclipse solaire totale balayera l'Europe le 12 août, le spectromètre à fente circulaire (CISS) fera l’objet d’un test décisif à l’Observatoire astrophysique de Javalambre, en Espagne. Les chercheurs espèrent démontrer qu’il peut décomposer la lumière du Soleil en ses différentes longueurs d’onde beaucoup plus rapidement que les instruments existants.
L'éclipse crée des conditions dans lesquelles la couronne devient plus visible, facilitant ainsi l'étude de cette zone autour du Soleil dont le comportement est susceptible d’avoir un impact considérable sur les réseaux de communication et les réseaux électriques sur Terre.
Contrairement aux spectromètres linéaires classiques, ce nouveau prototype "dispose d’une fente circulaire et permet de capturer le spectre de l’ensemble de la couronne à une certaine distance du centre du Soleil en une seule photographie", a déclaré Federico Landini, chercheur principal à l’Observatoire astrophysique de Turin.
UN NOUVEAU PRINCIPE OPTIQUE
Cette approche vise à surmonter une limitation majeure des instruments précédents, qui pouvaient mettre des heures à balayer la couronne ligne par ligne alors que cette région évolue en l'espace de quelques minutes.
Si les chercheurs parviennent à démontrer que ce nouveau principe optique fonctionne, la prochaine étape pourrait consister à l'appliquer à une future mission spatiale destinée à observer l'atmosphère externe du Soleil.
Le dernier spectromètre ultraviolet majeur, l'UVCS, a fonctionné à bord de la sonde SOHO de l'Agence spatiale européenne et de la Nasa de 1996 à 2013, mais il lui fallait de nombreuses heures pour cartographier l'ensemble de la couronne.
Avant cela, l'équipe devra toutefois être prête pour la brève période de totalité de l'éclipse, lorsque la Lune bloque le Soleil, permettant aux scientifiques d'observer la couronne et mettant à l'épreuve deux ans et demi de travail.
"Il n'y a ni place ni temps pour l'imprévu", a déclaré Paola Zuppella, chercheuse principale à l'Institut de photonique et de nanotechnologies de Padoue. Elle a ajouté que la coordination de l'équipe serait tout aussi importante que des conditions météorologiques favorables.
Pour se rendre en Espagne, l'équipe a pris la route vendredi plutôt que l'avion, transportant l'instrument dans une camionnette afin de ne pas avoir à le démonter puis à le remonter à l’arrivée. Elle espérait également éviter toute perturbation pendant le trajet.
"Compte tenu de la situation des vols, qui risquent fort d’être annulés à la dernière minute, il vaut mieux s'assurer que nous y arriverons bel et bien", a déclaré Federico Landini.
(Reportage Matteo Negri and Alex Fraser, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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