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David Cameron obtient de Bruxelles un accord "anti-Brexit"

Reuters20/02/2016 à 11:32

DAVID CAMERON OBTIENT DE BRUXELLES UN ACCORD "ANTI-BREXIT"

par Jan Strupczewski et Elizabeth Piper

BRUXELLES (Reuters) - Les dirigeants européens ont conclu un accord visant à persuader les Britanniques de rester dans l'Union européenne, pour lequel David Cameron a promis de faire campagne "de tout son coeur et de toute son âme".

Après deux jours de difficiles négociations avec ses partenaires de l'UE, le Premier ministre britannique s'est félicité d'un compromis qui donne selon lui un "statut spécial" à son pays au sein des Vingt-Huit, "statut spécial" dont Londres bénéficie depuis longtemps, a toutefois nuancé le président du Conseil européen, Donald Tusk.

L'accord conclu vendredi soir à Bruxelles, lors d'un Conseil européen qui s'est prolongé plus tard que prévu, garantit explicitement à Londres une exemption concernant l'objectif d'une "Union sans cesse plus étroite", offre des concessions importantes sur les prestations sociales versées aux travailleurs européens installés dans le pays et préserve les avantages de la City.

David Cameron, qui doit faire face à un vaste mouvement eurosceptique au sein de son propre parti, a fait savoir qu'il le recommanderait dès samedi aux membres de son gouvernement et défendrait le maintien du Royaume-Uni dans l'UE lors du référendum qu'il compte organiser dans les prochaines semaines. Le Premier ministre britannique devait annoncer samedi la date de cette consultation, attendue le 23 juin.

"Je suis convaincu que nous serons plus forts, plus en sécurité et en meilleure posture à l'intérieur d'une Union européenne réformée", a dit David Cameron. "C'est pour cela que je ferai campagne de tout mon coeur et de toute mon âme pour convaincre le peuple britannique de rester dans l'Union européenne réformée que nous avons réussi à obtenir aujourd'hui."

"COMPROMIS ÉQUITABLE"

La réaction des eurosceptiques n'a pas tardé, le mouvement "Vote Leave" dénonçant un "accord creux" mauvais pour le Royaume-Uni.

Lors de sa conférence de presse, David Cameron s'est dit déçu mais pas surpris par la décision d'un de ses plus proches alliés, le ministre de la Justice Michael Gove, de faire campagne pour la sortie de l'UE. Il a laissé entendre que d'autres membres du Parti conservateur pourraient rejoindre le camp du Brexit (sortie du Royaume-Uni de l'UE).

Les Britanniques restent partagés sur la question du maintien ou non dans l'Union européenne. Selon un sondage TNS publié vendredi, les personnes favorables à une sortie de l'Union ont deux points d'avance sur les partisans du maintien, à 36% contre 34%.

"Désormais, l'accord est là et c'est au peuple britannique de décider", a résumé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, au terme de ces discussions marathon.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a salué un "compromis équitable" et le président français, François Hollande, un accord qui "ne gêne pas la marche vers l'avenir de l'Europe".

Les négociations ont longtemps bloqué sur deux sujets : la volonté de David Cameron d'obtenir un statut particulier pour la réglementation et la supervision des institutions financières britanniques et les limites de la réduction des prestations sociales, notamment des allocations familiales, dont bénéficient les salariés de pays de l'UE installés en Grande-Bretagne.

La persistance de divergences, après une série de réunions bilatérales vendredi s'est traduite par des reports successifs de la réunion plénière des chefs d'Etat et de gouvernement, d'abord à 14h30, puis 15h30, 16h00, et 20h00. La conclusion de l'accord a été annoncée vers 23h00.

BAISSE DES PRESTATIONS

Sur le plan de la régulation financière et bancaire, l'accord souligne la nécessité d'un "terrain de jeu équitable". Il donne au Royaume-Uni la possibilité de superviser ses institutions et marchés afin de préserver la stabilité financière, cela "sans porter préjudice" aux prérogatives actuelles de l'UE en la matière.

Concernant les prestations sociales, David Cameron a obtenu de pouvoir en priver les travailleurs des autres pays membres pendant une période de quatre années lorsqu'il s'agit de nouveaux arrivants.

Cette clause, un "frein d'urgence" que le Royaume-Uni pourra mettre en oeuvre sur une période de sept ans, ne s'appliquera pas aux migrants européens travaillant déjà dans le pays, dont le nombre est supérieur à un million.

Les allocations familiales seront réduites pour les familles dont les enfants vivent dans un autre pays de l'UE, une disposition qui concernera dès maintenant tous les nouveaux requérants, et tous les allocataires à partir du 1er janvier 2020.

François Hollande s'est félicité que les règles s'appliquent à tous. Le Royaume-Uni a des spécificités, a-t-il souligné, il n'est par exemple ni dans la zone Schengen ni dans la zone euro, "mais en même temps, ce sont les mêmes règles qui s'appliquent partout en Europe et qui continueront de s'appliquer. Il n'y a pas de dérogation, il n'y a pas de spécificité (...) ce sont les mêmes règles, c'est ce à quoi j'ai veillé particulièrement."

"Il ne faut pas donner le sentiment que l'Europe, c'est un 'self service'", a poursuivi le président français. "Il peut y avoir une Europe différenciée, il ne peut pas y avoir une Europe où chaque Etat vient prendre ce qu'il veut."

Les pays du groupe dit de Visegrad, Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, ont jugé pour leur part que l'accord reflétait leurs principales exigences.

(Avec la rédaction européenne de Reuters, Jean-Baptiste Vey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles tREQUESSER)


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