Le chef du parti Horizons Edouard Philippe (à gauche) et le ministre de la Justice Gérald Darmanin, le 9 mars 2024 à Lille ( AFP / Sameer Al-Doumy )
Un "nouveau parti" ou une "confédération" avec des "candidats uniques" aux législatives : à Tourcoing (Nord), Édouard Philippe a esquissé dimanche les contours d'une après-élection présidentielle victorieuse, dans son dessein de rassembler "la droite et le centre", sans détailler son programme, notamment sur les retraites.
Deux semaines après avoir annoncé son ralliement et mis fin à ses propres ambitions présidentielles, Gérald Darmanin avait réservé une tribune de choix au candidat Horizons, devant 600 à 700 personnes réunies, comme chaque année depuis 2023 pour sa rentrée politique, dans le jardin botanique de son fief électoral de Tourcoing.
L'assistance et les nombreux journalistes présents ont même pu voir Édouard Philippe enfiler le tablier et investir la baraque à frites pour servir quelques convives. Mais pour les contours précis d'une réforme des retraites, le principal bémol apposé par un Gérald Darmanin opposé à "la retraite à 67 ans", il va falloir encore attendre, et probablement encore longtemps.
Si le candidat a distillé des propositions en cette rentrée -éducation, immigration, économie - il a été d'avantage question de politique pure. Le garde des Sceaux avait planté le décor en estimant que son candidat était non seulement "la seule personne qui peut gagner" la présidentielle, pour laquelle Marine Le Pen est la grande favorite des sondages, mais aussi "la seule personne qui peut avoir une majorité parlementaire à l'Assemblée".
Il a au passage qualifié M. Philippe de "capitaine de bateau" qui allait "nous amener au port", ajoutant : "je serai heureux d'être ton premier matelot".
"Bannière commune"
"Au moins c'est clair, il veut être Premier ministre", a commenté un des parlementaires présents, dont quelques élus Renaissance - Sylvain Maillard, Agnès Pannier-Runacher, Véronique Riotton, Ludovic Mendes, Xavier Iacovelli... - alors qu'Édouard Philippe est concurrencé au sein du bloc central par la candidature de Gabriel Attal.
Devant ce parterre, le candidat Horizons a expliqué vouloir créer "un nouveau parti" ou "une confédération de partis", avec des "candidats uniques dans chaque circonscription" pour les élections législatives qui devraient suivre la présidentielle.
Ces candidats devront s'engager "sur un contrat de majorité" et "sous une bannière commune", afin de créer une "majorité politique" à l'Assemblée, a-t-il ajouté.
"Il ne s'agit pas de refaire l'UMP", comme le lui reproche régulièrement l'équipe Attal. Mais 2027 doit amener une "recomposition politique", a insisté le maire du Havre, qui ambitionne, après dix ans de macronisme, de "rassembler la droite et le centre".
Il a cité les valeurs qui doivent cimenter ce rassemblement : "le respect de l'État de droit et du modèle démocratique", "l'attachement à la construction européenne", "le choix d'une économie de marché", "l'école du mérite et de l'excellence républicaine", "la conscience claire de l'urgence climatique", "le souci de préserver la dignité de chacun" et la défense des "intérêts" et de la "sécurité" de la France.
"Tous ceux qui se retrouvent dans ces idées simples, tous ceux-là doivent se rassembler pour que nous ne basculions ni dans la soit-disant +nouvelle France+ de LFI, ni dans l'identitarisme nationaliste et gauchisant de Mme Le Pen".
"Les idées d'il y a 20 ans"
S'il a marqué une légère différence avec son hôte et son "moratoire" sur l'immigration, il n'a en revanche fait que réaffirmer les grands principes de sa future réforme des retraites, qui devra tenir compte à la fois de "la réalité démographique" - comprendre: "il faudra travailler plus longtemps" - et de "la réalité des métiers et des carrières". Semblant, comme il l'a fait à plusieurs reprises, évacuer toute mesure d'âge uniforme.
Suffisant pour procéder au "rassemblement" espéré ? Édouard Philippe concentre aussi les critiques. Dimanche, à Châlons-en-Champagne, Gabriel Attal a dit assumer de "vraies différences" avec son concurrent, et repoussé l'idée de "recréer les partis d'il y a vingt ans avec ceux d'il y a vingt ans et les idées d'il y a vingt ans".
En réaction au discours de M. Philippe, il a affirmé qu'il ne fallait "pas mettre la charrue avant les bœufs" : "D'abord, il faut gagner l'élection présidentielle. Et à l'heure actuelle (...) personne ne gagne (...) dans les sondages face à (Marine) Le Pen".
François Bayrou a de son côté étrillé la proposition de M. Philippe d'augmenter de 20% le salaire des enseignants.

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