(Actualisé tout du long avec précisions, déclarations, analyste)
par Luciana Magalhaes, Lisandra Paraguassu et Brendan O'Boyle
BRASILIA/SAO PAULO/RIO DE JANEIRO, 5 octobre (Reuters) - L e sénateur de droite Flavio Bolsonaro et le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva s'affronteront lors du second tour de l'élection présidentielle au Brésil, a annoncé dimanche soir l'autorité électorale, le premier nommé ayant déjoué les pronostics en devançant l'actuel chef d'Etat.
Après dépouillement de près de 99% des bulletins de vote, le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro est crédité d'environ 47% des suffrages, contre près de 45% pour Lula, a rapporté l'autorité électorale.
Le second tour aura lieu le 25 octobre. Dépasser le seuil de 50% des voix était nécessaire pour remporter le scrutin dès ce premier tour.
Grands favoris, Lula et Flavio Bolsonaro ont devancé 12 autres candidats à l'issue d'une campagne dominée par les préoccupations sur le coût accru de la vie, la corruption et l'insécurité.
Les enquêtes d'opinion créditaient Lula d'une avance d'environ trois points de pourcentage sur Bolsonaro au premier tour. Le résultat obtenu par le sénateur de droite devrait le conforter dans ses chances de remporter le scrutin et pourrait être salué par les marchés financiers, enclins à voir arriver au pouvoir une figure pro-business.
Jugeant que les instituts de sondage se sont "complètement trompés", Robert Muggah, cofondateur de l'Institut Igarape, un centre de réflexion basé à Rio de Janeiro, a prévenu dimanche soir qu'il fallait s'attendre à ce que Flavio Bolsonaro réalise un meilleur score qu'anticipé au second tour. Les enquêtes d'opinion donnaient un coude-à-coude entre Bolsonaro et Lula.
"Dès demain, une nouvelle campagne commence", a déclaré Lula, devant des partisans rassemblés dans un hôtel de Sao Paulo, après la publication des résultats quasi-définitifs. Il a ajouté être surpris, admettant qu'il se croyait en mesure de remporter le scrutin dès le premier tour.
Son principal rival s'est déclaré "très heureux" des résultats, dans lesquels il a dit voir la "fin de l'ère" du Parti des travailleurs (PT) de Lula. "Le Brésil veut du changement", a ajouté Flavio Bolsonaro devant les journalistes.
"VOTE DE PROTESTATION"
Une victoire de Flavio Bolsonaro, dont le père purge une peine de 27 ans d'emprisonnement pour tentative de coup d'Etat à la suite de sa défaite électorale en 2022, viendrait amplifier la bascule à droite constatée à travers l'Amérique du Sud, avec les succès de candidats conservateurs alignés sur la politique du président américain Donald Trump.
A l'inverse, une réélection de Lula pourrait représenter une épine dans le pied de Washington, qui est en conflit avec l'actuelle administration de Brasilia sur des questions commerciales et sécuritaires.
En dépit d'inquiétudes croissantes au Brésil à propos de l'état des finances publiques et de la faiblesse de la croissance économique, la campagne n'a pas donné lieu à de réels débats politiques, Lula et Flavio Bolsonaro ayant tous deux fait l'impasse sur les principaux débats télévisés.
Alors que des sondages samedi donnaient encore Lula en tête des intentions de vote au premier tour sans atteindre le seuil de 50% des suffrages, Flavio Bolsonaro avait exprimé auprès de journalistes à Rio de Janeiro sa confiance en sa capacité à remporter le scrutin sans avoir besoin d'un second tour, citant la frustration des électeurs à l'égard du président sortant.
Il a dit compter sur "un vote de protestation" de la part de personnes qui auraient traditionnellement privilégié un autre candidat que lui "mais qui sont opposées à Lula".
Thaise Lima, avocate de 41 ans, a exprimé sa volonté de voir le PT de Lula quitter le pouvoir. "Je ne pense pas que Flavio soit le meilleur candidat", a-t-elle dit au moment de se rendre aux urnes à Sao Paulo, "mais je pourrais décider de voter pour lui dans les prochaines minutes", a-t-elle ajouté, expliquant être déçue par d'autres candidats.
Malgré le recul des inégalités et du chômage, Lula a peiné à convaincre les électeurs durant la campagne, en raison notamment du coût élevé de la vie et de la criminalité. Flavio Bolsonaro a cherché à profiter du mécontentement à propos de l'inflation.
Le vainqueur du scrutin devra s'atteler à réduire la dette publique, qui a dépassé les 82% du produit intérieur brut (PIB). La prévision de croissance économique a été revue à la baisse pour cette année, à seulement 2%, et pour 2027, à 2,3%.
SCANDALES ET PEURS D'INGÉRENCES
Des scandales et les craintes d'ingérences étrangères ont par ailleurs jeté une ombre sur les questions politiques durant la campagne.
Une controverse impliquant Banco Master, établissement financier désormais disparu dont le directeur Daniel Vorcano a été arrêté cette année pour des accusations de fraude présumée portant sur plusieurs milliards de dollars, a éclaboussé une grande partie de la classe politique brésilienne.
L'enquête a porté notamment sur les liens de Vorcano avec des personnalités influentes, dont Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême du Brésil, et Flavio Bolsonaro. Moraes, perçu comme un allié de Lula, a dénoncé des manoeuvres politiques en raison de son rôle dans la condamnation de Jair Bolsonaro.
Bolsonaro fils, visé par une enquête de la police fédérale pour des soupçons de blanchiment d'argent dans le cadre de cette affaire, a nié toute inconduite mais a toutefois confirmé avoir levé plusieurs millions de dollars auprès de Vorcano pour financer un film sur son père.
Au fil de la campagne électorale, des alliés de Lula ont prévenu aussi du risque que les Etats-Unis décident de ne pas reconnaître les résultats du scrutin si le dirigeant de gauche venait à l'emporter. "Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du Brésil", a dit Lula après avoir voté à Sao Bernardo do Campo, dans l'Etat de Sao Paulo.
Bien que Donald Trump n'a pas formellement soutenu un candidat, il a reçu Flavio Bolsonaro à la Maison blanche et a fait l'éloge de celui-ci. Le président américain s'est également offusqué l'an dernier de la condamnation de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'Etat.
Reuters a rapporté la semaine dernière que des représentants des services brésiliens du renseignement ont informé des délégations française et allemande d'ingérences américaines et russes présumées en amont de l'élection présidentielle. Washington a nié toute inférence dans les affaires du Brésil.
Le scrutin présidentiel s'est déroulé normalement, a déclaré dimanche après-midi le chef du tribunal électoral national, Kassio Nunes Marques, lors d'une conférence de presse.
En parallèle à l'élection présidentielle, les Brésiliens étaient appelés dimanche à voter au premier tour des législatives pour renouveler l'ensemble de la Chambre des députés, qui compte 513 sièges, et les deux tiers du Sénat.
(Lisandra Paraguassu, Brendan O'Boyle, Ricardo Brito et Marcela Ayres à Brasilia, Luciana Magalhaes, Oliver Griffin, Fernando Cardoso et Gabriel Araujo à Sao Paulo, Rodrigo Viga Gaier à Rio de Janeiro; version française Jean Terzian)

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