Des lycéens rassemblés devant le lycée Hélène-Boucher, le 2 octobre 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )
Le mouvement des lycées se poursuit vendredi sous haute tension, avec 564 établissements perturbés à la mi-journée et quelques incidents, tandis que le ministre de l'Education rencontre syndicats et associations lycéennes.
"Aujourd'hui notre établissement est bloqué face au manque de moyens, de profs, pas assez de tables. On n'a pas d'infirmières pas de surveillants et tout ce qu'on fait pour nous c'est nous enlever nos téléphones", résume Juliette Masson, une élève de 17 ans, en terminale au lycée Clémenceau de Montpellier. Avec Parcoursup, "on joue notre avenir avec un algorithme, rien ne va. Ça fait peur ce qui s'est passé hier et on en a marre des casseurs".
Le mouvement de blocage des lycées, débuté le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, a pris de l'ampleur la semaine dernière et s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France, Matignon condamnant des "violences urbaines" dont il impute la responsabilité à La France insoumise.
Près de 400 lycées (sur les 3.700 dans le pays) étaient fermés vendredi, de nombreux établissements prévoyant d'assurer les cours à distance, selon le ministre de l'Education Edouard Geffray.
"Nous savons faire puisque nous avons beaucoup réfléchi à la question il y a six ans pendant l'épidémie de Covid, nous avons des plans de continuité pédagogique", explique à l’AFP Florence Delannoy, la proviseure du lycée international Montebello à Lille.
Maélie, élève en Première au lycée Faidherbe à Lille, était censée avoir cours de 10h à 17h mais "au final je vais avoir 1h30 de cours". Certains profs envisagent une visio "mais si ça ne marche pas, ça sera une discussion sur le chat pour préparer les exposés".
A la mi-journée, "564 établissements ont fait ou font l’objet d’actions ou de perturbations", a souligné le ministère de l'Education.
Pour le moment, la mobilisation et les incidents semblent moindres ce vendredi, mais la situation reste difficile à évaluer.
Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre ont été constatés dans plusieurs villes, notamment Paris et Strasbourg. Et un policier a été violemment frappé à Belfort par des "émeutiers", a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Renouer le dialogue
Sur BFMTV, Edouard Geffray a demandé l'aide des parents : "dans la rue, les enfants sont en danger".
Afin de renouer le dialogue, le ministre rencontre depuis la matinée les syndicats de l'éducation et associations lycéennes, dont l'Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation, et des parents d'élèves, ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
"Cela a permis de mettre des constats sur la table, mais aussi de rappeler qu'on ne pourra pas sortir de cette crise sans réponse politique nationale", a estimé Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et lycées.
Dans la matinée, le ministre avait estimé que "l'une des difficultés de ce mouvement, c'est qu'il n'y a pas de revendication nationale. Tout est parti de revendications locales".
Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa, a insisté sur la nécessité de préparer "l'étape d'après" car "on ne pourra pas garder éternellement des établissements fermés".
Jeudi, "1.027 établissements", sur environ 3.700 lycées en France, "ont été concernés par le mouvement lycéen", selon le ministère de l'Intérieur qui a comptabilisé près de 2.000 interpellations. Des premières gardes à vue ont abouti, dans les tribunaux, à de premières condamnations à des travaux d'intérêt général. Plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés, a détaillé le ministre Laurent Nuñez condamnant "une violence débridée".
M. Geffray a précisé que 65 personnels de l'Éducation nationale - dont 40 proviseurs - et 170 élèves ont été blessés depuis le début du mouvement, et que "plus d'une centaine de lycées ont connu des dégradations sévères".
Blocage d'un lycée à Brest le 2 octobre 2026 ( AFP / FRED TANNEAU )
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants afin de leur faire "payer les réparations", a-t-il dit vendredi sur RTL.
Des employés municipaux nettoient devant le lycée Marcel-Sembat après une manifestation des lycéens et étudiants, à Rouen, le 1er octobre 2026 ( AFP / Guillaume SALIGOT )
A sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation est plus que sensible.
Selon les services du Premier ministre, le mouvement serait une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche". Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a reproché à Matignon de "sombrer dans le complotisme".

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