Le maire de Valenciennes Laurent Degallaix dans son bureau, le 12 mai 2017 à Valenciennes, dans le Nord ( AFP / FRANCOIS LO PRESTI )
Le maire de Valenciennes Laurent Degallaix, jugé jeudi à Lille pour "prise illégale d'intérêts", a démenti avoir favorisé l'embauche d'une femme avec qui il avait eu une relation intime, après que sa défense a tenté en vain, des heures durant, d'obtenir un report de ce procès dans lequel se joue son inéligibilité.
Jeudi soir, après plus de 12 heures de débats chaotiques, l'audience a été suspendue. Elle doit reprendre vendredi à 9H30.
M. Degallaix, maire Horizons de Valenciennes (44.000 habitants) depuis 2012, avait annoncé samedi, cinq jours avant l'audience et à un mois du premier tour des municipales, être candidat à sa réélection.
Il lui est reproché d'avoir fait pression en utilisant son statut de maire pour faire embaucher une femme avec qui il avait une relation intime dans une société en charge du stationnement dans la commune, puis d'avoir tenté de la convaincre d'abandonner une plainte qu'elle avait déposée contre lui.
Cette femme, née en 1989, a également reproché au maire de Valenciennes, de 24 ans son aîné, d'avoir encouragé son licenciement après que leur relation a cessé, mais ce point ne sera pas examiné dans le cadre de ce procès.
Elle a raconté jeudi après-midi qu'elle avait vu M. Degallaix "comme une aide" pour elle et sa famille, les deux s'étant rapprochés après le décès de son frère, pompier dans la commune.
M. Degallaix, qui a reconnu avoir eu une "relation épisodique" avec la plaignante, a assuré n'être "jamais" intervenu pour favoriser son embauche, ni pour l'empêcher de porter plainte.
Dans une conversation entre lui et cette ancienne compagne lue pendant l'audience, il suggérait à l'époque des faits pouvoir la "placer" à différents postes au sein de la mairie". Il s'est défendu à l'audience jeudi, soulignant que "rien ne s'est réalisé".
"C'est ce que font les maires, évoquer des pistes. (...) On ne peut me reprocher de lui avoir dit ce qu'elle souhaitait entendre à ce moment-là", a-t-il encore assuré.
Laurent Degallaix, 60 ans, réélu dès le premier tour des élections municipales en 2020, encourt jusqu'à cinq ans de prison et une peine d'inéligibilité, qui, si elle était prononcée avec exécution provisoire, pourrait rebattre les cartes en pleine campagne.
L'audience a débuté par six heures de débats parfois houleux durant lesquelles la défense a pointé des éléments de procédure pour tenter de faire reporter le procès. "Ce dossier ne peut, incontestablement et manifestement pas être traité aujourd'hui", a ensuite estimé Me Philippe Simoneau, l'un des avocats de M. Degallaix.
Me Loïc Ruol, également conseil de M. Degallaix, a souligné que "le choix d'audience à un mois des municipales, desquelles [s]on client est candidat", pourrait porter préjudice à la sérénité des débats.
Le procureur a estimé que cette "demande de renvoi justifiée par une échéance électorale" n'était pas fondée.
Ces atermoiements "démontrent qu'ils sont particulièrement gênés et qu'ils ont envie de tout, sauf d'aborder le fond, ce que l'on peut comprendre, lorsqu'on montre un tel mépris pour toutes les valeurs républicaines", a déploré Me Joseph Breham, avocat de la plaignante, à l'AFP.
Trois autres hommes comparaissent jeudi dans la même affaire, deux pour subornation de témoin et le troisième pour prise illégale d'intérêts.

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