Croquis d’audience du 19 octobre 2026 montrant l’accusé Amine Oualane (d) tet ses coaccusés (g-d) : Karim Harrat, Nadjim Mbae, Ahmed Zakaria Bensaci et Malik Kariba lors de leur procès, à Aix-en-Provence, dans une affaire de meurtres liée au trafic de stupéfiants et au réseau DZ Mafia à Marseille entre décembre 2020 et janvier 2021 ( AFP / Benoit PEYRUCQ )
"J'ai deux morts : Mehdi, Brahim !" Ouassila Benhmadi-Kessaci a crié son désespoir, lundi, devant la cour d’assises d'Aix-en-Provence, en évoquant ses fils tués à cinq ans d'intervalle. Face à sa douleur et celle des autres mères de victimes, un accusé a livré sa vérité.
Après deux semaines de procès dans ce dossier emblématique de la violence des narchomicides, l'audience du jour est empreinte d'une forte émotion : les trois mères qui ont perdu leur fils, impliqués dans le trafic de drogue et tués dans un guet-apens près de Marseille fin 2020, ont témoigné d'"une vie qui n'a plus de sens" et réclamé des réponses aux cinq accusés.
Scène surprenante : après avoir entendu leurs dépositions, les auteurs présumés de ce triple assassinat, dont deux figures du narcotrafic marseillais, ont tour à tour présenté "des excuses à toutes les mamans".
Encore plus inattendu, un accusé, Zakaria Bensaci, a pour la première fois désigné, sans ciller, deux des hommes assis dans le box à ses côtés comme les principaux responsables de cette exécution planifiée.
"La personne qui a tiré, c'est Oualane, le commanditaire, c'est Harrat", a-t-il lancé avant de se lancer dans le récit de la nuit fatale.
"Barbecue"
Narcotrafiquant au lourd casier judiciaire Amine Oualane est devenu l'un des chefs présumés de l'organisation criminelle DZ Mafia à partir de 2023. Karim Harrat alias "Rantanplan", considéré comme une figure du narcobanditisme marseillais, est soupçonné de plusieurs règlements de compte.
Amine Kessaci arrive au palais de justice d'Aix-en-Provence le 19 octobre 2026 pour le procès d'un triple narchomicide ( AFP / Thibaud MORITZ )
Tous deux nient leur implication dans le triple assassinat de décembre 2020 qui a notamment coûté la vie à Brahim Chabane, frère du militant antitrafic Amine Kessaci.
Lorsque Oussila Benhmadi-Kessaci apprend la mort de Brahim, elle ne saisit pas, dans un premier temps, l'expression "barbecue" qu'emploient les journaux. C'est la police qui lui fait comprendre les circonstances de la mort de son aîné de 22 ans retrouvé carbonisé avec une balle dans la tête.
"J’ai perdu la moitié de moi, mon âme, il m’a laissé une petite fille qui avait un an, j’ai mal quand je la vois" aujourd'hui, a confié Mme Benhmadi-Kessaci, la voix nouée.
A la barre, elle dresse le portrait de son fils en grand frère protecteur, qui voyait Amine, déjà engagé contre le narcotrafic dans les cités, en futur "président". Elle raconte aussi ses efforts pour l'éloigner des mauvaises fréquentations. "Je sortais à 01H00 du matin pour qu’il ne tombe pas dans le deal", au point de se retrouver elle-même un jour nez à nez avec un jeune armé d'une "kalachnikov".
"Incapable de sourire" après la mort de Brahim, elle quitte son emploi de restauratrice. Elle préside depuis "Conscience", l’association lancée par Amine Kessaci qui soutient les familles victimes du narcotrafic .
Feuille de boucher
Forte de cette expérience, elle était prête à "pardonner à tous les accusés" en écoutant leurs parcours cabossés, raconte-t-elle à la Cour.
Cette mansuétude a volé en éclat après la mort de son fils cadet Mehdi, jeune homme de 20 ans totalement étranger au trafic, tué de plusieurs balles à Marseille en novembre 2025. Sa mort avait provoqué une onde de choc dans la cité phocéenne et en France.
"Je ne peux pas pardonner, ils ont tué un innocent qui a passé son bac, qui voulait être gardien la paix", lance-t-elle.
Amine Oualane est une des pistes étudiées dans l'enquête, toujours en cours, sur l'assassinat de Mehdi Kessaci.
La mère de Réda Khaldi, l’une des trois victimes de 2020, n’a pas pu voir la dépouille de son fils en raison de l’état de décomposition de son corps. "Je suis en dépression", murmure celle qui a démissionné de son emploi dans un hôpital marseillais.
Pour la mère de Yassine Loubani, dont le corps a été retrouvé en morceaux et calciné, "le ciel (lui) tombe sur la tête". Elle réclame désormais que justice soit faite : "Nassim ne reviendra pas."
Un autre accusé, Malika Kariba, surnommé "le boucher", qui avait déjà reconnu avoir démembré l’une des victimes avec une "feuille de boucher", a expliqué lundi avoir dissimulé les parties du corps dans "des sacs de supermarché".
Le calendrier du procès a pris du retard. Le verdict, initialement attendu le 6 novembre, pourrait être repoussé au 13 novembre.

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