La mère de Samuel Paty, Bernadette Paty (g) et la soeur Gaëlle Paty (2e d) arrivent à la Cour d'assises spéciale de Paris, le 8 novembre 2024 pour le procès du meurtre du professeur Samuel Paty ( AFP / Thomas SAMSON )
La mère de Samuel Paty a exprimé mardi incompréhension et "colère" au lendemain de la révision à la baisse par la justice des peines de deux hommes qui ont véhiculé l'assassin de son fils et l'ont aidé à se procurer des armes avant son crime en octobre 2020.
Condamnés en première instance à 16 ans de réclusion criminelle pour complicité d'assassinat, ils ont été jugés coupables en appel d'association de malfaiteurs, mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu. La cour d'assises spéciale de Paris a prononcé des peines de six et sept ans de prison, et ils devraient être rapidement libérés.
Si elle n'a pas encore rendu ses motivations, la cour semble cette fois avoir été convaincue par Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, qui ne présentent pas le profil d'islamistes radicalisés, et qui ont assuré qu'ils ne savaient rien des intentions jihadistes et du projet criminel d'Abdoullakh Anzorov.
Avant d'être abattu par la police, celui-ci avait tué et décapité le 16 octobre 2020 le professeur d'histoire-géographie parce qu'il avait montré des caricatures du prophète Mahomet dans son cours sur la liberté d'expression au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
"Comment voulez-vous comprendre, entre le premier et le deuxième procès, ces écarts?", a demandé sur RTL Bernadette Paty, "très en colère".
Accompagnée de son époux, elle était venue déposer à la barre le 3 février et n'avait pas voulu assister à la suite des débats pour ne pas entendre "les dénis des accusés".
"Depuis hier soir, j'ai l'impression qu'on a une chape de plomb qui nous est tombée sur la tête", a-t-elle expliqué, convaincue qu'il n'était "pas possible" que Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov n'aient pas été "au courant de ce que voulait faire Anzorov".
Le verdict "n'est que l'application d'un principe simple et fondamental: il n'y a pas de crime si on n'a pas eu l'intention de le commettre", ont réagi auprès de l'AFP les avocats de Naïm Boudaoud, Mes Hiba Rizkallah et Martin Méchin. "Après cinq semaines d'audience, la cour a considéré que Naïm (Boudaoud) n'avait jamais eu l'intention de s'en prendre à Samuel Paty."
Un portrait de Samuel Paty lors d'une cérémonie hommage organisée à Eragny-sur-Oise, le 16 octobre 2021 dans le Val-d'Oise ( AFP / Alain JOCARD )
De son côté, l'avocate d'Azim Epsirkhanov, Sarah Valduriez, s'est dite "fière de vivre dans un pays où la justice est libre et indépendante".
Selon Bernadette Paty, la famille est en revanche "tout à fait satisfaite" des condamnations à dix et quinze ans de réclusion du père d'élève Brahim Chnina, 54 ans, et du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, pour leur campagne de haine en ligne qui ne s'est arrêtée qu'à la mort du professeur: "On espère que cette condamnation va faire réfléchir pour que plus jamais on assassine un professeur parce qu'il a fait un cours qui a déplu."

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