Un TGV à quai à la gare Saint-Jean déserte, lors d'une grève nationale à la SNCF, le 10 juin 2026 à Bordeaux ( AFP / Philippe LOPEZ )
Après la grève du 10 juin, la direction de la SNCF a sorti son carnet de chèques mardi en proposant une prime de 100 euros à chaque cheminot et en accordant plus de temps pour négocier les conditions de travail dans ses nouvelles filiales locales issues de l'ouverture à la concurrence.
Le groupe ferroviaire public, qui a réalisé un bénéfice record de 1,8 milliard d'euros en 2025, a promis le versement d'une prime supplémentaire de 100 euros en juillet à chacun des quelque 150.000 cheminots de l'entreprise, a indiqué la SNCF à l'issue d'une réunion avec les syndicats.
Selon la CGT, les syndicats ont aussi obtenu l'assurance de l'ouverture de négociations salariales si l'inflation se situe au-dessus de 2,5% en septembre.
Par ailleurs, sans revenir sur le principe de la filialisation, dont l'arrêt pur et simple est demandé par certaines des organisations syndicales de la SNCF, la direction a décidé d'accorder du temps au temps.
Objectif: mieux négocier localement les conditions de travail dans les nouvelles filiales créées par SNCF Voyageurs pour répondre aux appels d'offres dans le cadre de l'ouverture du réseau ferroviaire à la concurrence.
Des écrans indiquent les horaires de départ et d'arrivée ainsi que les perturbations dues à un mouvement de grève nationale de la SNCF à la gare Saint-Charles de Marseille, le 10 juin 2026 ( AFP / MIGUEL MEDINA )
Les salariés SNCF transférés dans les trois sociétés locales déjà existantes (SVEA, qui gère les trains régionaux autour d'Amiens, SVSA ou Sud Azur qui exploite les trains entre Marseille et Vintimille, SVLO ou Loire Océan qui exploite les trains régionaux autour de Nantes) auront jusqu'à "fin 2027", avec une option "d'un an supplémentaire", pour négocier l'organisation du temps de travail, a indiqué le groupe.
La SNCF souhaite ainsi "retrouver de la sérénité" et éviter une dégradation du climat social estival après la grève du 10 juin, largement suivie, à la suite de l'appel de ses quatre principaux syndicats CGT, Unsa, SUD-Rail et CFDT.
Les futures sociétés qui seront créées lors de prochains appels d'offres disposeront de deux ans, au lieu des 15 mois initialement annoncés, pour négocier les conditions de travail locales adaptées à chaque marché avec les organisations syndicales.
"Gagner avec le personnel"
"Les demandes sont différentes à Nice, où existent beaucoup de trains en soirée et en milieu rural, où les demandes aux salariés porteront plutôt sur une polyvalence des tâches", a-t-on expliqué à la direction de la SNCF.
Un quai désert à la gare de Béziers lors d'une grève natinoale à la SNCF, le 10 juin 2026 ( AFP / Gabriel BOUYS )
Pour le groupe, il ne s'agit pas d'un ralentissement du processus d'ouverture à la concurrence. "Il s'agit de se donner un maximum de chances pour embarquer les personnels dans la concurrence, il faut gagner avec le personnel, l'ouverture à la concurrence ne se fera pas sans les cheminots", a-t-on ajouté de même source.
La direction de la SNCF promet également 350 recrutements supplémentaires en CDI cette année, qui s'ajouteront aux 6.000 déjà prévus. Ils seront dédiés aux "métiers de production" (conducteurs, maintenance, agents de bord, sécurité).
Afin de prévenir les risques psychosociaux, l'entreprise s'engage par ailleurs à recruter 100 personnes supplémentaires aux Ressources Humaines et à dégager un budget de 10 millions d'euros pour des mesures de prévention. Les syndicats avaient notamment évoqué avec pudeur la multiplication de cas de suicides au sein du groupe ainsi que la hausse des accidents du travail.
Les personnels bénéficiant du statut SNCF le conserveront dans les nouvelles sociétés créées. Mais le groupe ferroviaire rappelle qu'il ne recrute plus "au statut" depuis 2020, embauchant des salariés en CDI.
Aujourd'hui, 32% des personnels du groupe sont en CDI et 68% sous statut SNCF. D'ici la fin de la décennie, la proportion sera de 50-50, selon le groupe.
La CGT, premier syndicat de l'entreprise, a salué ce qu'elle qualifie de "premières avancées" en demandant l'extension aux filiales de fret Hexafret et Technis des mesures annoncées pour les filiales de SNCF Voyageurs.
Ce syndicat a "proposé de poursuivre une démarche unitaire engagée depuis plusieurs mois, notamment sur les salaires", mais cette proposition "n'a pas retenu pour l'heure l'assentiment de l'ensemble des organisations syndicales représentatives"; a-t-il indiqué dans un communiqué.

6 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer