Des manifestants place de la République le 5 novembre 2026, à Paris ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )
La colère sociale ne retombe pas. De nouvelles manifestations sont prévues samedi sous haute sécurité pour le quatrième weekend consécutif, avec pour épicentre Paris où des gilets jaunes entendent s'approcher des lieux de pouvoir, deux jours après une mobilisation nationale de grande ampleur à l'appel des syndicats.
Entre 575.000 personnes, selon les autorités, et 1,6 million, selon la CGT, ont défilé jeudi dans toute la France pour réclamer une hausse de leur pouvoir d'achat.
La nouvelle mobilisation de samedi vise à maintenir la pression deux jours avant une conférence sociale avec les syndicats et le patronat convoquée lundi matin à Matignon, et des rencontres avec les organisations lycéennes et étudiantes l’après-midi.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale à Paris le 4 novembre 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
Dans un courrier vendredi aux partenaires sociaux, le Premier ministre Sébastien Lecornu, confronté à un automne social très chaud, assure "entend(re) les attentes exprimées sur les salaires et le pouvoir d’achat" et les "inquiétudes" des employeurs. Cette conférence "permettra de présenter les réponses concrètes aux attentes des Français", affirme-t-il.
L'intersyndicale de jeunesse (Union étudiante, Fage, Unef et USL) et des unions syndicales régionales (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFDT) appellent à manifester samedi "contre la vie chère et pour la jeunesse" au sein d'un cortège autorisé, sur le même tracé que jeudi, reliant les places de la République à celle de la Nation.
La coordination des gilets jaunes a elle décidé de faire cavalier seul, marquant clairement ses distances avec les syndicats. Elle appelle à un rassemblement distinct et interdit par les autorités, place de la Concorde.
"Désobéir massivement"
Benjamin Ball le 24 octobre 2026, à Paris ( AFP / Dimitar DILKOFF )
"Nous irons à Concorde à 14H00 et nous y resterons jusqu'à 19H00", a déclaré à la presse vendredi Benjamin Ball, membre de leur coordination, à la sortie de la préfecture de police de Paris qui a interdit l'action. "Nous appelons à désobéir massivement", a-t-il prévenu.
Le choix n'a rien d'un hasard, explique l'avocat des gilets jaunes, David Libeskind : la Concorde est "un lieu emblématique, près de l'Assemblée nationale, un lieu de pouvoir, puisque nos revendications sont politiques".
Les gilets jaunes prévoient au total quelque 120 actions samedi partout sur le territoire, selon leur carte interactive vendredi soir, loin des quelque 1.700 actions revendiquées pour leur acte I du 17 octobre.
À l'image de la journée de mobilisation de jeudi qui s'est "globalement bien déroulée" selon le ministère de l'Intérieur, les autorités veulent à tout prix éviter que se reproduisent les scènes d'émeutes et de pillages du 17 octobre.
Le dispositif massif de sécurité en vigueur depuis lors est donc "reconduit" vendredi, avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés sur l'ensemble du territoire, a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
"Le risque est exactement le même que pour les samedis précédents", a-t-il souligné, appelant les préfets à "ne pas baisser la garde face à des phénomènes plus éclatés voire sporadiques dont le niveau de violence ne baissera pas en intensité".
"Évidemment, les centres-villes demain (samedi, NDLR) seront protégés systématiquement. Les préfets ont pris des arrêtés d'interdiction de manifestation dans les centres-villes de sorte qu'il ne puisse pas y avoir de rassemblement spontané", a-t-il ajouté.
"Ne pas attendre la présidentielle"
Des heurts entre forces de l'ordre et manifestants à Rennes le 5 novembre 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
A Rennes, par exemple, la préfecture d'Ille-et-Vilaine a estimé que "les conditions ne sont pas réunies" pour la tenue de rassemblements dans le centre, notamment en raison des "graves violences" de jeudi dans la ville.
La suite du mouvement, elle, dépendra en grande partie des réponses que va apporter le gouvernement lundi lors de la conférence sociale.
L'intersyndicale rassemblant les huit principaux syndicats nationaux a d'ores et déjà indiqué qu'elle prendrait position dès lundi soir.
"La seule chose qui arrêtera la mobilisation c'est la réponse aux revendications portées depuis plusieurs semaines par les salariés, les fonctionnaires, les jeunes et les retraités", ont écrit vendredi ces organisations (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires).
L'ampleur de la manifestation de jeudi "doit inciter le gouvernement à comprendre qu'il ne peut pas attendre la présidentielle", a ajouté Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, premier syndicat français, qui réclame une hausse de 100 euros net mensuel du Smic.
Le gouvernement laisse entendre depuis plusieurs jours qu'il est ouvert à une mesure sur le Smic, mais son ampleur n'atteindra sans doute pas les exigences des syndicats.

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