Une botte de foin "Non au Mercosur" sur un tracteur alors que des agriculteurs participent à un blocage sur l'autoroute A1 près de Fresnes-lès-Montauban, le 12 janvier 2026 dans le Pas-de-Calais ( AFP / Francois LO PRESTI )
Des agriculteurs en colère notamment contre l'accord européen avec le Mercosur sud-américain ont entamé lundi une nouvelle semaine de manifestations en ciblant les ports français, "symbole fort" du libre-échange international, et des autoroutes.
À l'approche de la signature de ce traité samedi au Paraguay, les actions perdurent un peu partout en France: barrage filtrant sur le port du Havre, blocages sur ceux de Bayonne et La Rochelle, ou encore opération près de Lille sur l'autoroute A1, la plus fréquentée du pays selon son concessionnaire.
Au Havre, premier port français pour le trafic de conteneurs, des filtrages ont été mis en place avec des pneus en flamme, des troncs d'arbres et quelques tracteurs, sans bloquer l'activité : depuis ce week-end, des agriculteurs contrôlent les camions frigorifiques et vérifient la provenance des produits.
Ces actions, prévues au moins jusqu'à lundi soir, ont permis de découvrir "de la farine étrangère, des soupes avec des légumes thaïlandais, des produits qui n'ont pas les mêmes normes de production" que les nôtres, a déploré auprès de l'AFP Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs en Seine-Maritime, réclamant "que l'importation respecte nos standards de production".
Les partisans de l'accord avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), fruit de plus de 25 ans de négociations, le jugent essentiel pour stimuler les exportations, soutenir l'économie du continent et renforcer les liens diplomatiques dans un contexte d'incertitude mondiale.
- Produits moins chers -
Des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs l'entrée du site de l'entreprise Maïsica, au port de Bayonne, le 12 janvier 2026 dans les Pyrénées-Atlantiques ( AFP / Gaizka IROZ )
Mais pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés d'Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
Lundi matin au port de Bayonne, une centaine d'agriculteurs de la Confédération paysanne, du Modef et du syndicat basque ELB ont ainsi bloqué un site céréalier d'exportation de l'entreprise Maïsica, vu comme un "symbole fort" des accords de libre-échange qu'ils dénoncent.
À La Rochelle, une soixantaine de manifestants ont, eux, établi un barrage de ballots de paille devant des installations pétrolières sur le port industriel, à l'appel de la Coordination rurale (CR).
Des manifestations, réunissant entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de participants selon les décomptes de journalistes de l'AFP ou de la presse locale, ont également eu lieu devant les préfectures ou sur les routes à Metz, Pau, Périgueux, Poitiers, Dax et Limoges, à l'appel de différents syndicats.
Des agriculteurs manifestant contre l'accord UE-Mercosur, érigent une barricade lors du blocage d'un dépôt pétrolier sur le port de La Pallice à La Rochelle, le 12 janvier 2026 en Charente-Maritime ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )
Cette nouvelle mobilisation agricole, qui avait débuté en décembre dans le Doubs puis en Ariège en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine, s'était musclé la semaine dernière avec l'entrée de tracteurs dans Paris.
- "Immense détresse" -
"Je n'ai pas l'impression que l'on ait pris beaucoup d'avancées depuis Paris", glisse, amer, Thomas Hégarty, président de la CR en Haute-Vienne, où le syndicat a déversé des déchets devant la préfecture à Limoges.
Plusieurs axes routiers, ponts ou zones industrielles ont été bloqués ou perturbés par des tracteurs dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, en Loire-Atlantique, dans le Morbihan ou en Moselle, et sur l'A31 près de la frontière avec le Luxembourg.
Si un blocage de l'A63 à hauteur de Bayonne a été levé dans la nuit après négociation avec le préfet, des barrages restaient en vigueur lundi sur l'A64 au sud de Toulouse, et surtout sur l'A1 avec un barrage filtrant établi par la CR dans le sens Lille-Paris.
Des agriculteurs déchargent un camion transportant des marchandises étrangères au port du Havre, le 12 janvier 2026 ( AFP / Lou BENOIST )
"C'est à se demander si l'État veut encore de ses paysans", déplore Franck Hembert, exploitant maraîcher dans le Pas-de-Calais. "Qu'il y ait Mercosur ou pas Mercosur, les paysans sont déjà dans une immense détresse."
"La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes, et nous les entendons au plus haut niveau du gouvernement", a répondu lundi matin sur BFMTV la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, après avoir annoncé vendredi des mesures en faveur des céréaliers, des viticulteurs ou encore des éleveurs, sans calmer la mobilisation.
Une grande partie de cette enveloppe de 300 millions d'euros, étalée sur 2026 mais aussi 2027, dépend toutefois de l'adoption du budget 2026.
Des agriculteurs inspectent la marchandise transportée par un camion, le 12 janvier 2026 sur le port du Havre ( AFP / Lou BENOIST )
Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande pour protester contre l'accord avec le Mercosur, qui créerait l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.
La ratification du traité dépend encore d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.
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