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A Washington, des rescapés climatiques américains venus demander des comptes
information fournie par AFP 25/06/2026 à 01:05

Gayle Nicholls-Ali, 69 ans et son époux Rasheed Ali, 72 ans, dont la maison est partie en fumée lors des incendies ravageurs de Los Angeles début 2025, à Washington, le 24 juin 2026 pour raconter leur histoire et demander des comptes auprès des élus du Congrès ( AFP / Charlotte CAUSIT )

Gayle Nicholls-Ali, 69 ans et son époux Rasheed Ali, 72 ans, dont la maison est partie en fumée lors des incendies ravageurs de Los Angeles début 2025, à Washington, le 24 juin 2026 pour raconter leur histoire et demander des comptes auprès des élus du Congrès ( AFP / Charlotte CAUSIT )

"Mais que fait notre gouvernement?" A Washington, des dizaines de rescapés d'inondations, canicules, incendies ou encore d'ouragans extrêmes des quatre coins du pays dénoncent à l'approche du 250e anniversaire des Etats-Unis, l'impréparation de la première puissance mondiale à une menace climatique de plus en plus présente.

"On pensait qu'on nous protégerait, mais pas du tout", lâche Gayle Nicholls-Ali, 69 ans, qui a perdu début 2025 sa maison dans les incendies ravageurs de Los Angeles.

Plus d'un an après, cette Californienne et son mari Rasheed n'ont toujours pas reconstruit et sont englués dans les complications administratives.

"C'est déception après déception", affirme-t-elle mercredi depuis une pelouse près du Congrès américain où elle s'est rendue plus tôt avec d'autres rescapés pour rencontrer des élus.

Venus d'une vingtaine d'Etats, dont Hawaï, la Louisiane ou encore le Vermont, ces quelque 70 Américains rassemblés par l'association "Extreme weather survivors" détonnent par leur caractère hétéroclite.

Des policiers évacuant une personne âgée de sa résidence lors de l'incendie ayant frappé Altadena, près de Los Angeles en Californie, le 8 janvier 2025 ( AFP / Robyn Beck )

Des policiers évacuant une personne âgée de sa résidence lors de l'incendie ayant frappé Altadena, près de Los Angeles en Californie, le 8 janvier 2025 ( AFP / Robyn Beck )

Certains ici votent républicain, d'autres démocrate, plusieurs sont retraités, d'autres à peine majeurs ou encore venus avec leurs jeunes enfants, mais tous ont été marqués par de récentes catastrophes naturelles, dans lesquelles ils ont perdu des proches ou encore des biens.

"On ne penserait pas forcément qu'une personne ayant survécu à une inondation et une autre ayant survécu à un incendie aient des points communs, mais c'est pourtant le cas", sourit timidement Kylie Nidever, 36 ans, dont le quartier fut ravagé il y a un an par des inondations catastrophiques ayant fait au moins 135 morts dans le centre du Texas, dont de nombreux enfants.

Sentiment d'abandon

Kylie Nidever, Texane de 36 ans, dont le quartier a été ravagé par les inondations catastrophiques de début juillet 2025, pointant une oeuvre d'art inspirée par cette tragédie, à Washington, le 24 juin 2026 ( AFP / Charlotte CAUSIT )

Kylie Nidever, Texane de 36 ans, dont le quartier a été ravagé par les inondations catastrophiques de début juillet 2025, pointant une oeuvre d'art inspirée par cette tragédie, à Washington, le 24 juin 2026 ( AFP / Charlotte CAUSIT )

Au fil des discussions, notamment lors d'une réunion en petit comité la veille, les mêmes histoires reviennent: celles de secours débordés, d'un sentiment d'abandon vis-à-vis des autorités publiques, d'une reconstruction rendue quasiment impossible par le manque d'aide.

Mais aussi d'une colère sourde. "Comment répondez-vous aux gens qui vous disent que ce sont simplement des aléas météo? Personnellement, j'ai juste envie de les gifler", finit par lâcher une femme, suscitant les rires de l'assemblée.

"Ce que je trouve terrifiant, c'est que nos histoires sont toutes les mêmes", confie, la voix éraillée, un rescapé d'incendie assis un peu plus loin.

Pour Kylie Nidever, réfugiée à l'ombre d'un arbre à proximité du Capitole, tous partagent un même "traumatisme" et la peur de le revivre.

Car tous ont désormais conscience que le changement climatique rend ces phénomènes météorologiques extrêmes à la fois plus intenses et plus fréquents.

En l'espace de dix ans, la fréquence des catastrophes occasionnant des dommages d'au moins 1 milliard de dollars est ainsi passée aux Etats-Unis d'environ une tous les 2,7 mois à une environ toutes les deux semaines, selon l'organisation Climate Central.

Et "si la reconstruction prend des années et que ces événements se multiplient de plus en plus, comme nous savons qu'ils le feront, qu'est-ce que cela signifie pour notre pays?", interroge Sierra Lindsey Kos, co-fondatrice de l'association.

"Ne pas faire l'autruche"

Des passants observant les forces de l'ordre et des bénévoles poursuivant leurs recherches pour retrouver les personnes disparues dans les inondations soudaines ayant frappées le centre du Texas, le 5 juillet 2025 ( AFP / RONALDO SCHEMIDT )

Des passants observant les forces de l'ordre et des bénévoles poursuivant leurs recherches pour retrouver les personnes disparues dans les inondations soudaines ayant frappées le centre du Texas, le 5 juillet 2025 ( AFP / RONALDO SCHEMIDT )

D'autant que le président Donald Trump, ouvertement climatosceptique, a depuis son retour coupé dans la recherche sur le climat et dans les programmes de réponse et de prévention des catastrophes naturelles.

"Nous devons continuer à redoubler d'efforts, car à ce stade, nous sommes tous en danger", insiste Jessica Calix, 41 ans, qui a perdu en janvier 2024 sa maison dans une inondation à San Diego en Californie et vit depuis dans une caravane avec son fils.

S'inspirant des associations de victimes de violence armée, ce groupe hétéroclite espère donc pouvoir faire bouger les lignes en alertant le grand public et en mettant sous pression le pouvoir politique.

"On ne peut pas changer le mal qui s'est déjà produit et je ne pense pas qu'on puisse empêcher à ce stade le changement climatique de se produire (...) mais on peut faire preuve de résilience et ne pas faire l'autruche", veut croire Amy Dishion dont le mari, Evan, est décédé à 32 ans d'un coup de chaleur lors d'un épisode caniculaire.

On peut faire en sorte "d'éviter que le pire ne se produise", ajoute-t-elle.

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