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Le Kenya attend dans la crainte des manifestations pour le 2e anniversaire d'une répression sanglante
information fournie par AFP 25/06/2026 à 02:10

Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène vers les forces de l'ordre lors d'une grève nationale organisée pour protester contre les hausses d'impôts et le projet de loi de finances 2024, dans le centre-ville de Nairobi, le 25 juin 2024 ( AFP / Tony KARUMBA )

Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène vers les forces de l'ordre lors d'une grève nationale organisée pour protester contre les hausses d'impôts et le projet de loi de finances 2024, dans le centre-ville de Nairobi, le 25 juin 2024 ( AFP / Tony KARUMBA )

Des manifestations prévues jeudi pour commémorer le 2e anniversaire de la sanglante répression d'une contestation ayant marqué un tournant politique au Kenya laissent craindre de nouvelles violences, les autorités étant accusées de mobiliser des "voyous" pour semer le chaos et la "terreur".

En juin 2024, des dizaines de milliers des jeunes, rassemblés sous la seule bannière de la "Génération Z", au-delà des clivages communautaires traditionnels et hors de toute structure politique, avaient protesté pacifiquement plusieurs jours contre un projet de hausse des taxes et la corruption endémique, prenant de court le gouvernement, dépassé par l'ampleur de la contestation.

Le 25 juin, les rassemblements avaient viré au chaos à Nairobi lorsque des manifestants avaient pris d'assaut le Parlement. La police avait tiré à balles réelles, faisant de nombreux morts. Malgré le retrait du projet contesté, la contestation s'était poursuivie.

Le président du Kenya, William Ruto, participe à une réunion en présence des pays du G7, à Evian, dans l'est de la France, le 17 juin 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )

Le président du Kenya, William Ruto, participe à une réunion en présence des pays du G7, à Evian, dans l'est de la France, le 17 juin 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )

Les appels à commémorer le 2e anniversaire de cette répression ont fleuri sur les réseaux sociaux et le président kényan William Ruto a averti que, si chacun a le droit de manifester, il ne laisserait personne se "mobiliser pour détruire des biens ou semer le chaos".

Pourtant, contre des manifestants pacifiques, le gouvernement a par le passé mobilisé des "voyous" armés, considérés comme les principaux responsables des violences et pillages.

Des journalistes de l'AFP ont observé l'an dernier des centaines de ces casseurs agir au côté de la police lors de manifestations. Ils ont récemment été utilisés contre des rassemblements de l'opposition ou de défenseurs des droits civiques dans des églises.

"Réduire au silence"

L'ancien vice-président de M. Ruto, Rigathi Gachagua, devenu féroce critique après sa destitution en 2024, a exhorté les Kényans: "Je vous en supplie, restez chez vous. L'Etat a organisé la terreur".

Le ministre de l'Intérieur Kipchumba Murkomen a démenti mercredi soir les "insinuations" de "certains dirigeants" politiques et religieux et affirmé que le gouvernement "ne soutient ni ne travaille avec des voyous", accusant au contraire des opposants d'avoir mobilisé des "criminels" et assuré que la police agirait "avec fermeté".

Des manifestants lancent des pierres sur les policiers à Nairobi, le 25 juin 2025 ( AFP / SIMON MAINA )

Des manifestants lancent des pierres sur les policiers à Nairobi, le 25 juin 2025 ( AFP / SIMON MAINA )

Au moins 62 personnes ont été tuées lors de la contestation de 2024, et 65 lors de nouvelles manifestations en 2025, notamment lors du 1er anniversaire de la répression, selon l'Autorité indépendante de supervision de la police (IPOA).

Des organisations de défense des droits de l'Homme avancent un bilan plus lourd et affirment que des dizaines d'opposants ont été enlevés, certains n'ayant jamais réapparu.

Une coalition représentant des victimes de violences d'Etat ont appelé leurs compatriotes à descendre en nombre dans les rues jeudi, tout en exhortant à la vigilance.

"L'Etat devrait se tenir aux côtés des victimes et des survivants, pour honorer la mémoire des personnes disparues et reconnaître les souffrances endurées, plutôt que de chercher à les réduire au silence", ont-ils déploré lors d'une conférence de presse mercredi.

L'image de William Ruto a longtemps été entachée par des accusations l'associant à la violence: il a notamment été poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour les violences post-électorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de 1.100 morts.

Après avoir dénoncé une campagne d'intimidation de témoins, la CPI avait abandonné les poursuites contre lui et son co-inculpé, le futur président Uhuru Kenyatta.

"Très impopulaire"

Depuis, M. Ruto a redoré son image, se présentant comme un dirigeant tourné vers le monde des affaires et doté de solides relations à l'étranger, accueillant notamment le président français Emmanuel Macron lors d'un sommet africain en mai.

Cependant, la transformation économique qu'il avait promise ne s'est pas concrétisée pour de nombreux Kényans qui lui reprochent des promesses non tenues, des scandales de corruption et les violences policières.

Les présidents français Emmanuel Macron (G) et kenyan William Ruto (D) durant la cérémonie de clôture du sommet franco-africain Africa Forward à Nairobi le 12 mai 2026 ( AFP / Luis TATO )

Les présidents français Emmanuel Macron (G) et kenyan William Ruto (D) durant la cérémonie de clôture du sommet franco-africain Africa Forward à Nairobi le 12 mai 2026 ( AFP / Luis TATO )

William Ruto a récemment annoncé avoir débloqué près de 13,5 millions d'euros pour indemniser quelque 1.100 victimes de violences en marge de manifestations entre 2017 et 2025.

Une mesure qu'il a qualifiée de "reconnaissance des préjudices subis". Mais il n'a pas présenté d'excuses et la justice n'a engagé aucune poursuite.

Ce geste pourrait néanmoins lui bénéficier à l'approche de la présidentielle prévue en 2027, estime l'analyste politique Javas Bigambo qui souligne ses projets ambitieux en matière de logement social, d'assurance santé ou d'infrastructures.

M. Ruto bénéficie en outre de la division de l'opposition et ses concurrents "se contentent de critiquer sans proposer de voie alternative", explique cet expert à l'AFP.

Mais le président est "clairement très impopulaire auprès de nombreux Kényans, en particulier de la Génération Z", souligne une autre analyste politique, Gabrielle Lynch, notamment parce qu'il "utilise les services de sécurité et de renseignement pour dissuader les Kényans de s'exprimer contre l'Etat".

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