Le quartier d'affaires de La Défense, dans les Hauts-de-Seine, vu depuis la tour Montparnasse à Paris, le 14 juillet 2025 ( AFP / Thibaud MORITZ )
Une exposition de street art géante à La Défense ? Manauly Briquet n'aurait "jamais imaginé" ça dans le premier quartier d'affaires d'Europe, pourtant devenu en un demi-siècle un haut lieu du graffiti, expression artistique initialement clandestine désormais bien implantée dans cet espace ultra-urbanisé à l'ouest de Paris.
En vacances dans la capitale, cette Brestoise de 31 ans, chargée de projet dans l'événementiel, explore un dimanche le Zoo Art Show, installé depuis juin 2025 à la Maison de La Défense, un immeuble de bureaux inoccupé. Près de 400 artistes (graffeurs, peintres, calligraphes...) ont transformé ces lieux, près de la Grande Arche, en un musée informel du street art.
Tags de rue, graffitis flashy, peintures et oeuvres 3D ou exposées régulièrement dans des galeries parisiennes forment cette jungle artistique sur quatre étages, du sol au plafond.
"Je n'aurais jamais imaginé trouver du street art, ici! Dans le Marais (un quartier parisien branché, NDLR), dans un centre culturel au coeur de Paris, OK, mais ici pas du tout", confie Manauly Briquet à l'AFP.
L'art est pourtant omniprésent dans le quartier depuis la fin des années 1970, notamment sous la forme d'oeuvres monumentales comme "L'araignée rouge" de Calder, les "Personnages fantastiques" de Miró ou encore au travers d'événements temporaires comme les parcours d'art contemporain "Les Extatiques".
Mais la jeune femme s'interroge sur la "connexion" entre l'univers du graffiti et La Défense où l'"on vient du lundi au vendredi en costume-cravate".
Voies ferrées
Cette "connexion" est pourtant établie depuis le début des années 1980, même si, à l'époque, on ne parle pas encore de "street art". "C'est un phénomène (devenu) commercial dans lequel on retrouve un tas de styles d'art contemporain", explique le street-artiste Darco, 58 ans, interrogé par l'AFP aux côtés de Shuck2, 54 ans. Mais "à La Défense, tout part du graffiti", selon Darco.
Les deux graffeurs franciliens -Darco vient des Yvelines, Shuck2 de Nanterre-, qui exposent au Zoo Art Show, font partie des premiers artistes français à avoir découvert et maîtrisé "l'art de dessiner son nom", comme le définit Shuck2, né aux États-Unis. Un art qui a essaimé en Europe, à la fin des années 1970, via Amsterdam, Dortmund, Londres et Paris.
"On allait peindre dans tout l'Ouest parisien, principalement sur les voies ferrées, ce qui ne se faisait pas beaucoup à l'époque - c'est illégal - mais c'était pour être tranquille et avoir un public assez large, qui pouvait regarder nos peintures", retrace Darco, cofondateur en 1986 de FBI, un groupe de graffeurs devenu un collectif d'artistes internationaux.
La Défense est ainsi devenue un "hub" prisé des graffeurs pour ses stations souterraines de bus et de métro, poursuit-il, permettant de mettre en avant "la liberté d'expression, l'esthétisme, la fraternité", des valeurs revendiquées par les street-artistes.
"Galerie à ciel ouvert"
Le quartier d'affaires était "le plus grand centre commercial d'Europe à l'époque", relate Shuck2. "Il y avait une patinoire, des discothèques. Pour les jeunes -dont moi- de Mantes-la-Jolie, Poissy, Cergy, qui venaient pour ça, quand on prenait le RER A et qu'on voyait des graffitis, des tags, c'était une espèce de galerie à ciel ouvert", poursuit le quinquagénaire qui a découvert le graffiti en 1987, au sein des Black Dragons, un ancien groupe de chasseurs de skinheads né à Nanterre.
C'est en partie pour cette dimension historique qu'Antoine Roblot, fondateur du Zoo Art Show, a délocalisé son projet, né à Lyon en 2018, dans ce "haut lieu du graffiti". L'exposition a jusque-là séduit "près de 150.000 visiteurs", précise-t-il, et a été prolongée à deux reprises.
L'établissement public Paris La Défense, propriétaire de la Maison de la Défense, s'en "réjouit", selon son directeur de l'attractivité Franck Boucher, car elle fait perdurer cette "vieille histoire d'amour entre La Défense et le street art".
L'organisme s'y emploie également depuis 2015 en finançant la création d'oeuvres implantées dans les parkings, les tunnels du quartier ou encore en permettant à des artistes d'exposer ou de performer, sur le parvis ou sous la dalle de La Défense.

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