Carton plein pour l'or, l'argent et l'étain. Brut, softs et métaux consolident...
Par Isabelle Mouilleseaux, pour l'Edito Matières
Premières & Devises
L'inflation roule à toute allure. La monoplace vient d'être flashée au rythme effréné de 9% en Inde et de 5,4% en Chine. Bien au-delà des vitesses autorisées...
En Europe, nous enregistrons un excès de vitesse à 2,7% et le bolide allemand voit ses prix à l'importation "tracer" à la vitesse de 11,9%. Pénal direct ! Avec une hausse du taux directeur de 0,25% !
En Chine aussi, la sanction est tombée immédiatement. Ce week-end, elle annonce une septième hausse des réserves obligatoires de ses banques en six mois. Après avoir déjà remonté son taux directeur quatre fois depuis l'automne...
Pas de doute, cette inflation à la peau dure !
Pendant ce temps :
Chuuut... écoutez le doux son de la planche à billets tourner...
Aux Etats-Unis, l'inflation est passée de 1,1% en novembre à 2,7%. Soit une hausse de... 145% en quatre mois. Si ce n'est pas galopant ça !
Pourtant, personne ne bouge...
Ou plutôt si ! Il y en a un qui se "rebiffe" au coeur même des hautes sphères monétaires américaines : "Je vois un risque que nous ne parvenions pas à maintenir l'inflation sous contrôle", écrit l'un des membres de la Fed, Richard Fisher, dans le très sérieux Handelsblatt (l'équivalent allemand du Financial Times).
Implosions en série...
Les effets inflationnistes de l'émission papier bernankienne ont déjà fait imploser le Proche-Orient et déstabilisent tout le Moyen-Orient.
Va-t-elle faire sauter la fragile paix sociale chinoise tenue d'une main de fer ?
Va-t-elle jusqu'à aller semer le trouble social au coeur même des Etats-Unis ?
Nous sommes à la croisée des chemins...
Pendant que les politiques se creusent la tête, les financiers font le plein de plus-values :
"L'annonce fracassante" de Goldman Sachs, qui recommande à ses clients de s'alléger sur les matières pour trois à six mois, a dû lui rapporter une petite fortune étant donné l'importance de ses positions shorts sur les commos, et le décrochage des matières qui a suivi l'annonce.
Manipulation et conflit d'intérêt dans toute leur grandeur...
Mais comme les "hautes sphères monétaires américaines" sont truffées d'ex de chez Goldman...
Chape de plomb...
1. Le pétrole reflue
Merci Goldman.
Les investisseurs vont-ils ouvrir les yeux ?
A 125 $ le baril de Brent, on commence à se dire qu'il faut faire des économies ! Réduire sa consommation.
A 125 $ le baril, il serait bon de se dire aussi qu'on est en train de casser la croissance. Qui cassera elle-même la demande de brut...
Je persiste et signe. Nous nous noyons dans le brut. Les stocks sont pleins. Trop d'offre sur le marché. Tant que le statu quo se maintient au Moyen-Orient, le niveau de cours actuel me paraît élevé.
Mais pour l'instant, la Libye fait la une. Et cela suffit à brouiller les pistes...
Un petit mot de l'uranium... Etant donné la chute des cours des minières uranium de quelque 50% après le tsunami au Japon, je vous conseille vivement de garder un oeil sur ces minières (visez les productrices uniquement).
2. Métaux de base écorchés vif
Les très forts taux de croissance et d'activité industrielle chinois (respectivement +9,7% et +14,4% sur le premier trimestre) rassurent, et angoissent en même temps.
Actuellement, l'angoisse a pris le dessus et les cours se replient.
A noter que l'INSG anticipe pour le nickel un marché excédentaire de 60 000 tonnes contre un marché déficitaire de 30 000 tonnes l'an dernier.
Attention : pas mal de production va émerger dans les prochains mois. C'est tout bon pour ArcelorMittal, mais pas pour Eramet.
Et étant donné le niveau élevé du cours du nickel, il doit y avoir quelque chose à faire sur ce métal. Assurez-vous que la courbe des prix va dans votre sens avant de vous lancer.
Une exception : l'étain, qui a pulvérisé son sommet historique, avec un cours à 33 600 $. Je vous en ai déjà parlé, cette situation est due aux inondations des mines.
Les exportations commencent à reprendre (ce pays est le plus gros producteur/exportateur mondial d'étain, de loin). Donc les cours pourraient un peu s'assagir. Mais l'offre reste structurellement étroite, et la demande vigoureuse.
Le cours se maintiendra probablement à des niveaux élevés.
Même constat pour le cours du fer, pour les mêmes raisons que l'étain : demande forte, offre contrainte.
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Quelles conséquences les événements du PROCHE-ORIENT ont-t-ils sur le secteur du pétrole ?
Découvrez immédiatement le message spécial d'Isabelle Mouilleseaux pour prendre les bonnes décisions au regard des révolutions arabes : tout est expliqué ici-même...
3. Softs et céréales : consolidation
Le sucre se replie devant les belles perspectives de production brésilienne et thaïlandaise (les deux plus gros exportateurs de sucre).
L'étau se lève. Les arrivages vont lever la pression sur les cours.
Le maïs marque une pause salutaire. Il faut dire que le boisseau de maïs avait atteint à 7,83 $, un niveau de cours jamais vu. Or on sait que pour les semis en cours, jamais on ne devrait planter autant de maïs que depuis 1944. Alors certes, les stocks sont critiques, mais à moins d'un nouvel incident climatique (possible, La Niña n'est pas encore tout à fait partie), les cours devraient consolider un peu.
Suite à l'arrivée de la pluie tant attendue sur les grandes plaines productrices des Etats-Unis, le cours du blé a baissé. Voilà qui est bon pour le rendement.
Le soja est freiné dans son élan par le ralentissement de la demande chinoise et les bonnes récoltes sud-américaines.
4. Carton plein pour l'or et l'argent !
L'or et l'argent pulvérisent record sur record.
Au moment où je vous écris, l'or flirte avec les 1 490 $ et l'argent est au-dessus de 43 $.
Le ratio or/argent chute à... 34 !
Pourquoi ?
Parce que partout l'inflation fait rage, dans des proportions bien supérieures à celles attendues. Et malgré des chiffres manipulés à la baisse.
Parce que la crise de la dette souveraine européenne revient en force, avec des taux irlandais et grec à 10 ans qui caracolent à 10% et 14%. Intenable... la restructuration sera inévitable.
Parce que les nationalistes gagnent du terrain en Europe. Cette fois, ce sont les élections finlandaises qui sonnent le glas.
Cocktail explosif pour les précieux.
En synthèse :
Risque de resserrement monétaire, de remontée du dollar, de fin du QE2, de secousses souveraines en Europe... vont peser sur les cours des matières et des actions.
A partir de là, plusieurs stratégies possibles :
S'alléger en matières et attendre un bon repli avant de reprendre positions sur quelques matières premières fondamentalement porteuses comme le cuivre, l'étain, ou le maïs.
Se positionner vendeur sur les plus fragiles d'entre elles, comme le nickel ou l'argent. A condition que la courbe des prix ne joue pas contre vous.
Et pourquoi ne pas partir sur un long short dollar/matière ?