La voiture connectée(le nouvel économiste)
Vous attendez la révolution de la voiture électrique , vous serez bouleversé par celle de la voiture connectée
La voiture connectéeUne machine conduit plus efficacement un véhicule quun être humain, constate avec appétit, tant il est intéressé à la partie, le patron de Google. Ce qui permet entre autres de faire de grosses économies sur le carburant. De ménager la mécanique, de préserver la sécurité des passagers, de faciliter la navigation, etc. Bref lavenir des plus proches est à lautomobile connectée. Ce qui en fera certainement votre ordinateur le plus puissant, relié au cloud par les débits ultra-rapides de la 4G.
Derrière cette révolution high-tech du véhicule électronique sensiblement plus avancée et opérationnelle que sa version électrique -, une formidable bataille pour profiter des dividendes que laissera le conducteur-consommateur. Constructeurs, ensembliers, fabricants de smartphones, opérateurs de téléphones
tous veulent leur part dun fabuleux gâteau dont on ne connaît encore ni la taille, ni la façon de le découper.
Elle se gare sans conducteur, manuvre seule pour sortir dune place de parking afin de retrouver son propriétaire tout occupé à la conduite sur son smartphone, lequel lui permet aussi douvrir la portière sans la toucher. A bord, un écran indiquant la formation de bouchons propose un nouvel itinéraire. Lauto reconnaît les signaux routiers, cale son allure en fonction de chacun deux et connaît les places disponibles. En cas de menace de panne mécanique, un dispositif préventif permet un télédiagnostic par un garagiste à proximité. Il pourra éventuellement intervenir. Dautres applications pilotées par le vaste écran tactile facilitent linfo-distraction, la réception de musique ou de vidéo (pour les passagers) à la demande. Tandis que chaque voiture, connectée aux autres véhicules, peut donc prédire leur comportement pour anticiper, à toute vitesse, un accident.
Ce changement, cest demain
A la voix ou dun doigt, il devient possible de commander diverses applications musicales, de téléphonie, de visiophonie ou relatives au fonctionnement du véhicule, à la luminosité ou à la température de lhabitacle, au trafic, le tout sans quitter la route des yeux
En aucun cas il ne sagit de futurisme délirant, de prospective enthousiaste à la Jules Verne déconnectée du réel. Les technologies existent, certaines encore en laboratoire, dautres dores et déjà mises en uvre. Ce qui suffit à définir un horizon des plus proches : 2015, 2017 pour lautomobile connectée, by Internet bien sûr.
La gadgétisation actuelle pourrait jouer les écrans de fumée, dissimulant les enjeux dune révolution autrement plus importante que lécoute facilitée des Rolling Stones dans la berline pourrait le laisser penser
Sans fracas ni précipitation, discrètement, votre auto est devenue une mutante en voie de métamorphose. Lhabitacle accueille un nouvel occupant déterminant pour son avenir proche : votre ordinateur le plus puissant, connecté avec des réseaux à débit ultra-rapide. Ce qui ouvre un champ des possibles dune richesse insoupçonnée.
De lexpérimentation à la généralisation
Ainsi, déjà, General Motors développe une technologie de détection des piétons et des cyclistes grâce au signal Wi-Fi de leur smartphone. Dans les derniers modèles de Ford équipés de Ford Sync, dun simple geste, il est possible denvoyer une réponse écrite pré-enregistrée jarrive dans 5 minutes. Le ministère des Transports américain et luniversité du Michigan viennent de lancer une expérimentation grâce à un boîtier qui transmet en Wi-Fi aux véhicules environnants position et vitesse dun autre véhicule équipé. Ce qui permet de réguler le flux automobile, en vitesse de croisière ou en plein bouchon.
Depuis 2003, un million de véhicules Peugeot et Citroën sont équipés de leCall (appel durgence), près de 5 500 personnes en difficulté ont déjà été secourues grâce à un bouton actionné par le conducteur ou un dispositif automatique déclenché en cas daccident. Dispositif que les autorités européennes ont rendu obligatoire sur les voitures neuves depuis le 1er janvier dernier. Bref, pour la sécurité, laide à la navigation, la maintenance, la pure distraction et la communication, on assiste à un foisonnement de solutions. Marché balbutiant à lavenir des plus prometteurs si lon en croit les prévisions de Rémi Cornubert, directeur au cabinet Oliver Wyman : le nombre de voitures connectées devrait passer de 45 millions en 2011 5 % du parc automobile mondial à 210 millions en 2016 (18 % du parc). Sur cette période, ce marché passerait de 15 milliards à 40 milliards de dollars.
Révolution surtout en matière de sécurité routière, comme le souligne Olivier Segard, qui dirige le département Management, Marketing et Stratégie de Télécom Ecole de Management. Les Cooperative Intelligent Transportation Systems (C-ITS), porteurs dinnovations fortes à court terme les premiers véhicules devraient être en circulation en 2015 -, créent un réseau de communications. Chaque automobiliste devient un fournisseur dinformations pour la sécurité. Par exemple, un véhicule dont le système électronique dantidérapage (ESP) se déclenchera dans un virage avertira les véhicules suivants dun virage dangereux. Autre exemple, une personne qui sort de son véhicule sur la bande darrêt durgence pourra être signalée à partir du capteur douverture/fermeture de portière ou de son smartphone.
Une multitude de services est possible, pour un Point of Interest (POI) par exemple : en passant à proximité dun monument, une présentation de celui-ci peut être proposée avec le guidage pour y accéder, ainsi que la réservation dune place de parking en cas daffluence, ou des activités pédagogiques pour les enfants, etc. La géolocalisation couplée aux communications permet des covoiturages intelligents, identifiant les passagers à laide de leur téléphone portable, déterminant le nombre de places disponibles, retraçant les trajets
Les accélérateurs : le cloud et la 4G
Les conducteurs ny voient pour linstant que du flou. Celui dun futur pourtant très proche qui pourrait bien transformer radicalement leur vie. Seul changement apparent : le tableau de bord accueille lécran dun centre multimédia automobile connecté en haut débit tout au long du trajet. Vous attendiez la révolution de la voiture électrique, vous serez charmé par celle de lauto électronique, certes, mais surtout connectée. Déjà, les autos les plus populaires embarquent deux à trois calculateurs quand les berlines haut de gamme en collectionnent de cinq à sept.
Mais Internet et le smartphone y ont semé leur graine de révolution. Certes la voiture sans chauffeur de Google marche très bien, mais avant quelle passe de létat de prototype à celle de berline de monsieur Lambda, beaucoup de flux de données seront passés sur les réseaux. Pourtant, tous les éléments sont déjà là, les technologie sont dores et déjà disponibles, il suffit dassembler ces briques techniques ; mais les obstacles dans la réalisation viennent plutôt de lorganisation cohérente de ces ensembles complexes.
Des consommateurs de plus en plus connectés
Cela correspond à lévolution des besoins de consommateurs de plus en plus connectés, le prolongement naturel de lutilisation du smartphone ou de la tablette, observe Jean Cabanes, responsable du secteur automobile et équipement industriel dAccenture France et Benelux. Bref, une tendance de fond où loffre se cale sur une demande. Il en précise les contours : Une étude conduite dans 7 pays, auprès de 7 000 conducteurs, montre que ces derniers mettent sur le même plan, dans le choix dune auto, des critères aussi différents que le design, les performances, la sécurité et lassistance aux embouteillages
et aux pannes. En France, 92 % sont intéressés par un système de contournement des embouteillages, 89 % souhaitent disposer dun dispositif dappel automatique en cas de panne.
Dailleurs le contournement intelligent des embouteillages dont les enjeux économiques motivent plus dun conducteur revient de façon récurrente dans les desiderata. Il est en voie dêtre comblé aux Etats-Unis par Google qui propose un tel système, en fonction de lévolution des flux de trafic. Mais les réglementations sur la protection des données interdisent la mise en place de tels services en France. Cest une évolution forte : la voiture ne peut plus se concevoir toute seule mais comme lélément central dun écosystème élargi qui déborde le cadre traditionnel, comme cela se concrétise déjà par les études et recherches entre différents partenaires, observe chez PSA Thierry Le Hay, responsable Innovation aide à la conduite, Connectivité et IHM (Interfaces hommes-machines).
Adieu donc performances vrombrissantes, confort au luxe époustouflant, mécanique puissante et fiable, autant de charmes dhier détrônés aujourdhui par dautres séductions plus numériques et communicantes. Ainsi, les publicitaires dAudi en font un argument de choc en vantant, comme argument principal de leur dernier modèle A3 Fastback, sa mobilité connectée, son système multimédia, ses fonctions de navigation, son pavé tactile si facile et subtil
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Le syndrome Babel
Pléïade davancées high-tech, tous les constructeurs présentent leur solution et démarrent sur ce marché avec leur propre système de connectivité, conçu avec lindustrie des télécommunications : R-Link de Renault, Peugeot Connect, Audi Connect, BMW ConnectDrive ou encore Chevrolet MyLink. Tout le monde est à la manuvre sur différentes applications. Les uns pour rendre automatique le fameux créneau de stationnement, les autres pour indiquer les places de parking disponibles
Mais pas question de buter sur un syndrome Babel. Comme le souligne Guillaume Devauchelle, directeur recherche & développement de Valeo, il existe techniquement trois philosophies : soit embarquer lensemble du matériel électronique de communication, soit profiter des outils communicants type smartphone pour y connecter lensemble des périphériques tes que capteurs, calculateurs, etc., soit enfin utiliser les réseaux 4G couplés avec la puissance de calcul des calculateurs placés
dans les nuages. Dans tous les cas, lintégration de lensemble dépend du constructeur.
Le CCC, qui regroupe constructeurs automobiles, opérateurs des télécoms et fabricants délectronique grand public, travaille sur une norme MirrorLink permettant de répliquer lécran du smartphone ou de la tablette sur lécran du véhicule.
Certes, il règne encore une grande confusion, on se connecte petit à petit sans vraiment avoir une vue densemble mais larrivée de la 4G et du cloud vont très sensiblement modifier les relations avec les automobiles. Par la quantitié, surtout la rapidité des informations qui vont faciliter la vie des conducteurs. Les temps de réaction pour toutes les actions de pilotage vont être réduits à quelques millisecondes et seront 5 à 6 fois plus rapides. Mais surtout, cela va transformer les relations des automobilistes avec tout lécosystème concerné par leur voiture, notamment en établissant un lien direct avec les constructeurs qui pourraient suivre en temps réél lutilisation de chaque auto, intervenir par lintermédiaire des concessionnaires les plus proches en cas de problème ou pour la surveillance de la maintenance désormais possible en temps réél. Le business model de plusieurs professions pourrait bien sen trouver transformé. Ainsi, les assureurs pourront facturer leur garantie en fonction de lutilisation du véhicule, kilométrage mais aussi niveau de risque. Pour la location, les tarifications pourront se caler sur lusage réel. Bref, il sagit de transformations assez profondes, estime Patrick Pelata, ex-numéro 2 de Renault devenu lun des managers du champion du cloud Salesforce.
Il poursuit : Sans compter lentrée en lice dun acteur de premier ordre : ces fameux opérateurs téléphoniques qui devront gérer les puces Sim dont chaque véhicule sera équipé, donc des formules dabonnement selon des formules encore à définir. Il y a encore plusieurs solutions, le jeu est très ouvert en fonction de lusage, de lappel à des call-centers à la transmission de données.
Des mondes très différents
Il convient donc que les différents acteurs de cette méga-partie saccordent sur des normes et des standards. Les parties prenantes de cette révolution dépassent largement le cercle restreint des constructeurs. Leurs fournisseurs, ensembliers du type Valeo ou Bosch, sont de la partie, comme les fabricants de smartphones ou les opérateurs téléphoniques. Sans oublier les Google ou Microsoft qui proposent déjà des solutions. La discussion entre ces partenaires ou consortiums sont parfois délicates car il sagit de mondes très différents.
Deux cycles de vie saffrontent. Si celui des technologies est particulièrement court, celui de lautomobile est très long : quatre années de conception, six à huit de commercialisation, et dix ensuite dutilisation, soit une vingtaine dannées équivalant à près de quinze générations de smartphones. Le défi est donc de rendre compatibles sur la durée ces deux univers. Les applications peuvent rapidement évoluer, lélectronique aussi mais il faut que linstallation dans lauto soit conçue de façon provisoirement pérenne afin de découpler au maximum lapplicatif de linfrastructure sur lequel il sexécute, observe chez PSA Thierry Le Hay.
Qui poursuit : Deux élément clés jouent un rôle capital : la connectivité lien direct entre lauto et ses équipements et la télématique les relations par réseau téléphonique avec Internet, le cloud, etc. Or nous allons assister à la multiplication des canaux de communication devenus ainsi particulièrement gourmands en bande passante. Cest là que va intervenir cette fameuse 4G riche de ses 100 megabytes de débit et de la puissance de calcul et de mémoire déportée ailleurs, dans le cloud.
Un concept est devenu clé : linterface entre cette électronique aussi sophistiquée quintelligente et la mécanique, mais aussi entre le smartphone et léquipement du véhicule, entre ce dernier et son environnement. Déjà, dans le domaine des logiciels embarqués, les constructeurs doivent choisir entre deux standards afin de faciliter le dialogue entre lauto et les infrastructures et les véhicules eux-mêmes : LAutosar et Gemini, davantage orientés vers linfo-divertissement. Les opérateurs télécoms vont y jouer un rôle décisif mais aussi les Google, les Atos
chacun voulant la plus grande part dun gâteau dont personne ne connaît encore vraiment ni la taille, ni la façon de le découper. Les appétits sont déjà là. Comme laffiche la profession de foi de cet opérateur : SFR est particulièrement bien positionné pour saisir cette opportunité stratégique : par son leadership sur le marché M2M (machine to machine), ses relations étroites avec des constructeurs automobiles
Des enjeux commerciaux considérables
Les enjeux ? Considérables. Par-delà les solutions techniques supposant une harmonie imposée par des standards et normes encore balbutiants, surtout des business models à belle rentabilité. Comme celle des assureurs dont le business model risque aussi dêtre chamboulé. Rien de plus facile en effet que de tarifer une garantie en fonction du nombre de kilomètres parcourus mais aussi de lusage et des risques encourus. En proposant son système anti-embouteillage, Google espère bien préconiser au consommateur-conducteur de sarrêter dans tel restaurant, tel garage et de toucher les commissions versées par ces derniers
Le business induit par cette assistance aux consommateurs intéresse tous les acteurs. Aux premières loges, les constructeurs qui avaient perdu le lien avec leurs acheteurs. Aux Etats-Unis, GM, grâce à son programme Onstar et son boîtier télématique embarqué, a déjà séduit 5 millions dabonnés.
Cest une formidable opportunité pour les constructeurs de satisfaire de nouveaux besoins sur un marché naissant qui nécessite donc des standards comme on en a déjà vu apparaître avec Autosar et Carconnectivity Consortium (CCC). Ils concernent non seulement les constructeurs mais aussi les ensembliers, les sous-traitants et les opérateurs téléphoniques, explique Rémi Cornubert. A la clé ? Des enjeux commerciaux qui tiennent aux liens que chaque intervenant dans cette chaîne de valeur veut tisser avec des conducteurs transformés en consommateurs. A la recherche du CRM perdu ! Voilà pourquoi Google est si gourmand en données de ces utilisateurs. Ses informations sur le trafic pourraient bien les conduire, à proximité, dans tel McDo ou telle autre station-service. Les constructeurs navaient quasiment plus de liens avec leurs clients, cest une formidable opportunité de renouer ces contacts de façon fructueuse.
Des business models qui se cherchent
Les business models sont loin dêtre figés, peu ont encore trouvé la rentabilité. A quelques exceptions près. Le programme de GM aux Etats-Unis Onstar et ses 5 millions dabonnés ayant embarqué son boîtier télématique pour profiter de ses services, Peugeot et son million de conducteurs équipés du dispositif eCall
Pour linstant, les formules techno-économiques sont loin dêtre stabilisées et les différences ne sont pas minces entre dun côté la solution Ford Sync très ouverte grâce à lutilisation de logiciels open source et à la puissance de communication dun smartphone doté dune connectique universelle quand, à lautre extrême, BMW met en uvre un système propriétaire totalement fermé, BMW Connect, qui lui permet de contrôler et dimposer toutes les applications cartographie, assistance, sécurité qui lui semblent intéressantes.
Cette mutation est dores et déjà un élément de la compétition entre les marques. Facteur de différenciation, cette auto si bien informée va transformer les gammes classiques en déclinant ses charmes en démarrant par le haut. Quoique le coût de ces équipements ne les condamne pas au seuls véhicules de luxe de quelques centaines deuros à plus dun millier cest plutôt lingéniosité de lergonomie, les facilités dutilisation qui feront la différence. Pour un élément devenu décisif dans le choix dune auto.
Par Patrick Arnoux