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Matières premières : matières premières agricoles

14 avr. 2008 08:38


Les matières premières agricoles ne revêtent pas de caractère cyclique, c'est-à-dire que leur prix n'est que peu influencé par les aléas de la conjoncture économique. Jusqu'ici, les crises agricoles étaient déclenchées par une pénurie d'offre. Cette fois-ci, pour la première fois, il faut chercher la cause de l'envolée des prix du côté de la demande.

Tout d'abord, il y a un effet volume dû à la croissance de la population mondiale; selon les projections des Nations unies, la terre comptera près de 9 milliards d'habitants en 2050. Qui plus est, cette population verra son espérance de vie s'accroître de manière significative. Pour s'assurer que ces besoins seront satisfaits, les dispositions doivent être prises aujourd'hui, faute de quoi le marché commencera à anticiper les futures pénuries.

Un effet qualitatif entre également en jeu: avec la hausse du niveau de vie des pays émergents, mesuré en PIB par habitant, les habitudes alimentaires évoluent, et notamment la consommation de protéines, et donc de viande. Cet écart est en train de se combler, ce qui produit un effet démultiplicateur sur la filière agricole: il faut en effet 7 kg de céréales pour produire 1 kg de viande de bœuf

Les solutions sont de deux ordres: biologiques et mécaniques. L'aspect biologique concerne l'utilisation des engrais, pour accélérer et optimiser les cycles de culture; l'utilisation de pesticides, herbicides et autres protections; et bien entendu le recours aux OGM. Pour l'instant, la plupart de ces composants se heurtent à des problèmes d'opinion publique concernant leurs effets sur l'environnement et sur la santé des consommateurs. Des progrès scientifiques assurant le contrôle ou la disparition de ces effets seront nécessaires avant d'envisager leur déploiement massif.

Autre outil à mettre en œuvre: la mécanisation de l'agriculture, aspect qui concerne essentiellement les pays émergents. A titre d'exemple, l'agriculture américaine emploie en moyenne deux ouvriers agricoles pour 100 ha, alors que l'agriculture chinoise en emploie plus de 300, et ce pour une production par ha largement inférieure. La modernisation de l'agriculture chinoise représente un vaste chantier, qui nécessiterait l'abandon d'un modèle encore proche de l'économie planifiée. En effet, l'agriculture n'a pas été soumise, ces dernières années, aux mêmes réformes que l'industrie. La libéralisation apparaît aujourd'hui indispensable à long terme, mais elle ne va pas sans poser de sérieux problèmes à plus court terme. Il y a donc fort à parier que cette transformation ne se fera que très lentement, et cette conclusion est extrapolable à nombre de pays émergents. D'ici là, l'écart de croissance entre offre et demande est compensé par une réduction des stocks et un ajustement des prix. Les stocks de blé américains sont au plus bas depuis 1948.

Le cycle haussier qui vient de démarrer sur les «soft commodities» est un mouvement solide et de longue durée. Tout d'abord, parce qu'il est porté essentiellement par des facteurs démographiques et sociologiques, et non économiques, et ensuite, parce que les réponses au déséquilibre des marchés agricoles seront implémentées très progressivement, et sur une période relativement longue. Il n'est donc pas trop tard pour prendre le train en marche et s'exposer à cette nouvelle classe d'actifs.



http://www.letemps.ch/template/transmettre.asp?page=23&contenuPage=&article=229850&quickbar=

2 réponses

  • 14 avril 2008 18:13

    Forte hausse des profits de Cargill

    Son bénéfice trimestriel a bondi de 86% et dépasse le milliard de dollars.

    En ces temps de forte hausse des produits alimentaires, on s'étonnera pas de la forte hausse des bénéfices de Cargill, premier groupe agricole américain.

    Au troisième trimestre, clos fin février, de son exercice fiscal 2007-2008, il a vu ses profits s'envoler de 86% à 1,03 milliard de dollars.

    Il profite notamment de la forte demande de graines, notamment de céréales, venue des pays en développement.

    latribune.fr


  • 15 avril 2008 09:37

    Hervé Guyomard est directeur scientifique à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).

    LE FIGARO. Quelles sont les causes profondes de ces émeutes de la faim ?
    Hervé GUYOMARD. C'est évidemment la brutale augmentation des prix des matières ­premières agricoles qui a déclenché ces émeutes. Nous constatons une hausse régulière des matières premières depuis deux ans environ. Nous avions prévu une accalmie au début de l'année 2008 mais elle se fait attendre.

    La production massive de bioéthanol par les Américains est souvent citée comme la cause principale de ce mouvement inflationniste.
    C'est effectivement une des raisons mais ce n'est sûrement pas la seule. En fait, c'est l'addition de plusieurs facteurs qui ont provoqué cette flambée des prix. Il y a d'abord la demande des pays émergents conjuguée à des incidents climatiques qui ont fait déraper les marchés. Dans ce contexte déjà très ­tendu, les Américains ont décidé d'accélérer leur production de bioéthanol de sorte qu'ils ne peuvent plus se contenter de leur stock mais sont obligés de puiser dans les volumes de maïs destinés à l'export. Devant la hausse du prix du maïs, les agriculteurs américains ont décidé d'augmenter leurs surfaces au détriment du soja qui a vu ses prix flamber.

    Ces prix vont-ils continuer à augmenter ?
    Les prix ne peuvent pas continuer sur cette lancée. Les filières animales, premier débouché de ces matières premières, ne suivent plus. Il faut donc s'attendre à une stabilité voire une baisse des prix dans les prochains mois. C'est déjà en partie le cas pour le blé et le maïs.

    Quelles solutions à court et moyen terme s'offrent à ces populations ?
    À très court terme, il faut une aide internationale financière pour que ces pays touchés ­puis­sent accéder aux marchés alimentaires mondiaux. Paral­lèlement, il faut aider ces po­pulations à se doter d'un système agricole local productif. Le risque serait de n'apporter qu'une aide financière car cela ne conduirait qu'à alimenter la montée des prix. J'ajoute que l'OMC a pour devoir de mettre en place un mécanisme de stabilisation des prix.

    Dans ce contexte de demande très soutenue, pensez-vous que les OGM peuvent être une solution à la crise ?
    C'est une solution parmi d'autres. En 2050, nous serons trois milliards de plus qu'aujourd'hui. Dans un contexte de raréfaction des terres agricoles il faudra bien trouver des solutions pour nourrir la planète. Les cultures du futur devront s'adapter à des sols salés ou ­arides, bientôt les derniers ­disponibles.

    Il faut donc accepter les OGM à n'importe quel prix ?
    Sûrement pas. D'abord les OGM ne sont pas la seule solution mais une parmi beaucoup d'autres, comme la recherche variétale. À chaque région ses problèmes. Il faudra donc apporter une panoplie de réponses. Mais, pour avancer sur la question des OGM, il faut considérablement développer la recherche

    15/04/2008


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