Le palladium, alternative au platine
Au sein de la sphère des métaux précieux, le palladium est à la traîne: ses gains ne sont «que» de 60% par rapport à son plancher de 2001, contre +221% pour l'argent, +205% pour le platine et +155% pour l'or. Mais cela pourrait rapidement changer.
(l'écho) - Depuis ses plus bas de l'année, l'once de palladium s'est appréciée de 11%, contre 12,6% pour le platine, son principal métal concurrent, et 7,4% pour l'or et un repli de 4,9% pour l'argent. Alors qu'une phase de consolidation, concomitante à un léger regain de forme du billet vert, est perceptible depuis le début mai (le platine et l'or ont abandonné plus de 5%), le palladium s'affiche comme le plus résistant des métaux précieux.
Faut-il y voir plus qu'un simple phénomène de rattrapage, en ce sens que les métaux qui font davantage l'objet de prises de bénéfice sont aussi ceux qui ont le plus progressé? Sans doute. Mais ce mouvement cache peut-être aussi une réalité plus importante.
Substitut au platine
Les investisseurs, aux premiers rangs desquels les incontournables hedge funds, semblent prendre conscience que le palladium constitue désormais une alternative bon marché au rhodium mais surtout au platine, qui est principalement utilisé par les constructeurs automobiles dans la confection des pots catalytiques pour moteur diesel. Ford, GM et consorts devraient, selon le group CPM, consultant en métaux précieux, accroître de 6,5% leur consommation de palladium cette année et renforcer ainsi une tendance qui prend doucement corps depuis cinq ans. Au cours de cette période, le secteur automobile a augmenté de 32% son recours au palladium dans la fabrication des systèmes visant à réduire les émissions de CO2. Sachant que sa part de marché n'est que de 10%, il lui reste une indéniable marge de manoeuvre. Le hic, c'est que cette hausse potentielle de la demande risque, selon le cabinet Johnson Matthey, le spécialiste du platine et dupalladium, de ne pas être satisfaite. La Russie, qui génère près de la moitié de la production mondiale de ce métal, devrait, pour la deuxième année consécutive, voir se contracter ses exportations de palladium.
Une once à 500 USD?
Une équation synonyme d'appréciation des cours du palladium, qui pointent actuellement à 367 USD/once sur le Nymex.
Gerry Schubert, responsable de la division métaux auprès de Fortis Londres, envisage un prix de 500 USD d'ici la fin de l'année. Ce qui battrait largement le consensus du marché, qui table, pour l'heure, sur un cours moyen de 343-344 USD/once pour 2007 et 2008.
Les spéculateurs, que sont les hegde funds, se sont déjà positionnés dans cette perspective haussière. Ils ont accumulé sur le marché non commercial des futures de New York un record de positions longues sur le palladium: 11.873 contrats (chiffre net de la semaine du 8 mai), soit six fois plus qu'en début d'année! Et ce ne seront vraisemblablement pas les seuls à changer leur fusil d'épaule. Comme le souligne Michael Gambardella, analyste auprès de JPMorgan Chase, la création de nouveaux exchange traded-commodities (ETC) sur le platine risque d'être paradoxalement néfaste à la demande de platine (lire «L'Echo» du 4 mai) et inciter les secteurs manufacturier et bijoutier à recourir à l'alternative moins onéreuse du palladium.
Du côté des constructeurs automobiles, c'est le platine qui, jusqu'ici, a surtout été utilisé pour répondre aux normes anti-pollution: en 2006, ce métal a connu une augmentation de 11% à 4,2 millions d'onces dans la fabrication des catalyseurs, contre une hausse de 3,9% à 4,02 millions d'onces pour le palladium. Mais, comme le fait remarquer Johnson Matthey, le palladium n'est utilisé que depuis l'année passée dans la construction de pots catalytiques des voitures diesel. Même si les caractéristiques intrinsèques du platine font de lui le métal le plus approprié pour le secteur automobile, il existe un potentiel de substitution entre le platine et le palladium. Un potentiel évalué à 25%. Il reste donc de la marge par rapport à ses 10% actuels de parts de marché. D'autant que les joailliers, eux aussi, ont tendance à ce tourner davantage vers ce métal précieux 3,5 moins cher que le platine: les Américains en ont consommé deux fois plus (40.000 onces) l'année passée et les Européens ont accru leur utilisation pour la première fois depuis dix ans. Les Chinois s'y mettent eux aussi: en avril, les importations chinoises de palladium ont progressé de 75,5% par rapport à la même période de l'an dernier, à 48.323 onces. On peut donc s'attendre à ce que le marché du palladium soit de plus en plus déficitaire et de plus en plus porteur pour ceux qui y investiront.
Deux pistes d'investissement
A ce propos, le particulier peut depuis peu, par l'intermédiaire d'un simple compte de courtage, accéder directement au palladium physique ou à un panier de métaux précieux comprenant le palladium (20% de platine, 12% de palladium , 26% d'argent et 42% d'or), grâce à deux nouveaux ETC cotés sur Euronext: ETFS Physical Palladium et ETFS Physical PM Basket.
Il peut aussi miser sur les actions, comme celle de Norilsk Nickel, le plus grand producteur de palladium qui, en dépit d'un bond de près de 140% depuis début 2006, ne se traite qu'à 7,3 fois ses bénéfices escomptés pour 2007. Un groupe russe pour nous rappeler la dépendance du marché du palladium à la Russie: en janvier 2001, le pays avait stoppé ses exportations et fait exploser les cours du métal à 1.090 USD, soit trois fois son cours actuel...
Luc Charlier
09:30 - 31/05/2007
L'Echo