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La Tribune - 04/06/08 - 775 mots
analyse
La flambée des prix agricoles
Le bénéfice est dans les champs
Les investisseurs privés n'ont pas suffisamment pris la mesure du mouvement d'appréciation durable de tout ce qui touche au monde agricole. Les produits financiers dédiés sont en train de se multiplier.
Les matières premières agricoles
Al'exemple du blé, les cotations des contrats à terme ont doublé en quelques mois, et l'envolée des prix du lait, du pain, du fromage et du beurre provoque la colère des consommateurs. La demande globale grandissante, due à la croissance démographique et aux changements d'habitudes alimentaires, se heurte à une production mondiale réduite par l'imperméabilisation du sol, par la sécheresse et par les intempéries. Et ces tendances devraient perdurer. Les États-Unis, par exemple, prévoient de quintupler pratiquement leur production de biocarburants dans les dix prochaines années. Cet objectif a fait grimper les cotations du maïs, entraînant une montée en flèche des prix pour les terres agricoles. The Belt, le grenier à blé des États-Unis, est devenu du jour au lendemain le plus grand réservoir de carburant de l'Amérique du Nord.
Cette demande croissante provoque également le renchérissement d'autres matières premières agricoles : cacao, houblon, soja... La forte appréciation des céréales pour l'alimentation animale devrait aussi engendrer une hausse des prix des produits issus des animaux. Cette valse des prix n'est pas un phénomène à court terme, au contraire. Nestlé prévoit une augmentation importante et durable des prix des produits alimentaires. " Pour les denrées, surtout les céréales, nous anticipons la plus longue course des prix de l'histoire ", déclare même Michael Lewis, directeur de la division matières premières de Deutsche Bank à Londres.
Les causes sont multiples, la croissance démographique mondiale jouant un rôle décisif. De moins de 2 milliards d'individus il y a un siècle, la population mondiale a plus que triplé, passant à 6,6 milliards. À elle seule, cette croissance a contribué à diviser par deux la surface agricole disponible par tête d'habitant au cours des cinquante dernières années. Une pénurie grave menace, puisque les Nations unies prévoient une population mondiale de plus de 9 milliards d'individus d'ici à l'année 2050.
Les terres agricoles sacrifiées
La situation la plus dramatique est celle qui règne en Chine, où la soif de croissance est intarissable. La superficie disponible par tête d'habitant pour l'agriculture correspond à un peu plus d'un tiers à peine de la moyenne mondiale. Des terres agricoles d'une superficie analogue à celle de la Bretagne, de la Normandie et de la Picardie réunies ont été sacrifiées à la construction des routes, des maisons et des usines ces dix dernières années. En outre, d'autres pays en développement suivent, comme l'Inde ou le Brésil, qui n'en sont qu'au début de plans d'industrialisation, parfois très ambitieux.
À cet impact de la croissance démographique s'ajoutent d'autres facteurs, notamment dans les pays émergents, comme l'urbanisation croissante, mais aussi la pollution de l'environnement. Les habitudes alimentaires changeant du fait de l'amélioration des revenus, on voit de plus en plus, en particulier en Asie, des aliments riches en protéines remplacer les plats de riz. La consommation de viande de boeuf, de porc et de poulet a doublé dans cette partie du monde depuis 1990, entraînant une hausse de la demande en produits alimentaires pour animaux. Ainsi, la " production " d'un kilo de viande de boeuf nécessite sept à huit kilos de céréales. De plus, l'élevage consomme davantage de ressources naturelles que la culture de produits céréaliers. La lutte pour les ressources comme les surfaces arables et l'accès à l'eau est également l'un des facteurs responsables de la hausse des prix des denrées. Très tôt, certaines sociétés de gestion d'actifs ont identifié cette tendance et lancé des produits dédiés. Ces derniers investissent, par exemple, dans des entreprises intégrées dans l'ensemble de la chaîne de création de valeur des produits alimentaires.
Des perspectives intéressantes
Ainsi, les opportunités de placement sont représentées par des secteurs comme les terres agricoles, les fabricants de semences, de machines agricoles, de systèmes d'irrigation ou d'engrais. Les fertilisants, la pisciculture et l'élevage de bétail offrent aussi des perspectives intéressantes, sans compter les infrastructures, souvent sous-estimées. Par exemple, les agriculteurs au Brésil sont handicapés par le manque de moyens de transports vers les ports et le marché mondial.
Pour le moment, le choix de produits est encore restreint. Jusqu'à maintenant, ce sont surtout des investisseurs institutionnels, comme les caisses de pensions et les fondations, qui s'intéressent à ce secteur. Mais cette nouvelle tendance devient une opportunité intéressante de diversification pour les investisseurs privés.
OLIVIER RENARD, CO-DIRIGEANT DWS INVESTMENTS FRANCE