Terrain de chasse exclusif de quelques investisseurs avertis voici encore deux ans, les marchés de matières premières sont devenus «à la mode». Désormais, il est de bon ton de se diversifier sur ces actifs : peut-être même votre conseiller financier sest-il enfin décidé à vous proposer dacheter une part de fonds spécialisé sur ce thème ? Trop tard, dirons-nous
Vous le savez, nous étions jusquici positifs sur les matières premières, y compris agricoles. Si vous nous suivez depuis deux ans, vous avez ainsi pu profiter de la hausse de ces dernières en achetant un certificat (le fameux GSCI Agriculture) qui a pris, depuis, plus de 50 %. Aujourdhui, il nous semble que le vent sapprête à tourner. Résistez donc à la tentation de monter dans le train en marche
Une fusée à trois étages
Si lon revient à la genèse de cette flambée, on se rappellera tout dabord que le cycle de hausse a commencé en 2000. À cette date, seuls quelques investisseurs, perçus comme des illuminés, annonçaient le futur engouement. La désaffection était telle que le pétrole, peu «entouré» dans un contexte de révolution technologique, cotait moins de 30 $. Il aura donc fallu que la bulle de la nouvelle économie explose pour voir les vertus des matières premières remises au goût du jour. Dans un premier temps, la pente est toutefois restée douce. Lessor des pays émergents provoquait la hausse de la demande tandis que les sous-investissements des producteurs pesaient sur loffre : la loi du marché faisait son uvre et débouchait sur une progression «normale» des cours. Ce phénomène est resté relativement confidentiel jusquà ce que les fonds spéculatifs puis les fonds de pension ne commencent à sintéresser au sujet, provoquant ainsi une forte hausse des volumes sur les marchés à terme (voir graphique ci-contre). Enfin, au cours des derniers mois, alors même que les prévisions de croissance économique étaient révisées à la baisse, les prix des matières premières et autres métaux continuaient de grimper, alimentés par la faiblesse de la devise américaine. Rappelons ici que les ressources naturelles de la planète sont toutes cotées en dollars. La chute de ce dernier les rend donc moins chères
Dans un raisonnement semblable à celui qui prévaut sur lor, les investisseurs y ont donc vu lopportunité de se protéger contre la baisse du billet vert. En moins dune décennie, ces trois éléments (la hausse de la demande, lintérêt des fonds et la volonté de se couvrir contre la baisse du dollar) sont donc venus alimenter les flux en direction des marchés de matières premières. Aujourdhui, la fusée à trois étages semble devoir connaître un atterrissage.
La réalité va laisser la place à lillusion
Il y a encore deux mois, le mot à la mode était «découplage». Les économistes ne croyaient pas à un ralentissement marqué aux États-Unis. Surtout ils considéraient que la croissance des pays émergents, Chine en tête, resterait insensible aux difficultés économiques de lOncle Sam, quelles quelles soient. Il était donc logique de penser, selon eux, que la demande pour le pétrole, les matières premières ainsi que les métaux ne fléchirait pas. Désormais, il est admis que la théorie du «découplage» est un mythe. Et que découvrons-nous ? Que les marchés de laluminium et du cuivre sont par exemple devenus excédentaires en ce début dannée. Selon les experts les plus pessimistes, cela nétait attendu que sur le zinc et le nickel. Et certainement pas si tôt. Dans le même temps, les fonds spéculatifs ne croulent plus sous les liquidités. La crise financière est passée par là. Bien sûr, il a été tentant pour eux de se refaire sur les marchés de matières premières alors que les actions corrigeaient fortement. Ceci explique la hausse depuis le début de lannée. Pourtant, dans un contexte marqué par ce que daucuns appellent à juste titre une crise de solvabilité, les banques sapprêtent à siffler la fin de la partie. Les fonds, qui investissent avec un fort effet de levier grâce aux prêts des établissements financiers, vont rendre des comptes. Miraculeusement insensibles à la crise jusquici, les spéculateurs risquent de devoir céder des positions pour répondre aux appels de marges. Est-ce les prémices de ce tournant que nous avons commencé à percevoir sur ces marchés la semaine dernière ? Nous le pensons. La fébrilité des opérateurs est visible : un simple rebond du dollar a suffi à provoquer la panique. Désormais, tous savent que le grand écart avec la réalité de la demande ne manquera pas dêtre découvert sous peu. Le jeu va donc consister à sortir avant les autres. Dautant que lutilisation des matières premières comme protection contre la baisse du dollar a ses limites. La hausse accélère en effet linflation dans les pays émergents où la monnaie est souvent corrélée au billet vert. De quoi encore ralentir la croissance et la demande
Si nous croyons effectivement que le développement des pays émergents et de la Chine constitue un moteur pour la demande sur le long terme, nous ne pensons pas quil justifie des variations de 5 à 10 % par jour ! Après les actions, limmobilier et les obligations privées, la bulle sur les matières premières et consorts est sur le point déclater. En conséquence, nous réitérons notre conseil dachat sur le Certificat répliquant la baisse du nickel (voir PU n° 2307). Nous conservons par ailleurs notre Put warrant sur le pétrole. À linverse, après avoir atteint notre objectif à 64 , nous abaissons à 52 notre limite dachat/renforcement sur notre favorite, le Lyxor GBS qui reproduit la hausse de lonce dor. Enfin, noubliez pas que la surperformance du Brésil au cours des derniers mois est en grande partie liée à son rôle de producteur. En toute logique, il convient maintenant dalléger.
www.proposutiles.com