L'or toujours plus rare, en raison du manque de nouveaux gisements
MINES. Numéro un du secteur, Barrick Gold ne voit pas l'appréciation du métal jaune s'arrêter là.
Pierre-Alexandre Sallier
Vendredi 4 avril 2008
Trop peu de pépites - de plus en plus difficiles à trouver - pour toujours plus d'êtres humains. C'est le sentiment qui dominait hier, lors de la visite à Genève de Peter Munk, le fondateur de ce qui est devenu le premier producteur aurifère au monde. Interrogé sur son sentiment quant à l'évolution du prix de l'once de métal jaune - après avoir dépassé les 1011 dollars il y a quinze jours, celui-ci a chuté jusqu'à 896 dollars - cet ancien émigré hongrois se contente de hausser les épaules. «Ce type de fluctuations inquiète les traders; un groupe comme Barrick s'intéresse à la tendance à long terme, et celle-ci reste clairement haussière», lance avec un sourire malicieux et l'il brillant cette figure du secteur minier.
Car, pour Peter Munk, ce sont bien les défis que doit relever l'industrie, tout autant que les besoins accrus en lingots, qui expliquent cette situation. «Je ne vais pas vous faire la leçon sur les besoins accrus en matières premières - dont l'or - des milliards d'êtres humains dont le niveau de vie se développe», explique celui qui, à 80 ans, vient de reprendre fortuitement la direction opérationnelle du groupe canadien. Le problème de base concerne l'accès à de nouvelles ressources. «Une part énorme des zones susceptibles de receler des gisements reste hors d'accès, souvent pour des raisons politiques; il y a encore vingt ans, vous alliez en Indonésie ou en Alaska pour espérer trouver un dépôt majeur. Le cas échéant, vous aviez surtout à vous préoccuper du financement du projet», confie celui qui lança il y a vingt-cinq ans une compagnie sortant 28000 onces par an - moins d'une tonne - du sol de l'Ontario. Les 27 mines de Barrick en extrairont 8 millions (250 tonnes) en 2008. «Vous pouvez aller au Nevada ou en Argentine, avec les meilleurs géologues, les chances de trouver un gisement majeur sont à peu près nulles», poursuit-il. L'industrie aurifère, qui dépense 4 milliards de dollars par an dans l'exploration du sous-sol, n'a pas mis au jour un grand gisement depuis des années.
Un manque de ressources amplifié par l'envolée du coût de développement des gisements. «Il y a cinq ans, il fallait 300 à 500 millions de dollars pour lancer une mine, aujourd'hui on parle plutôt de 1 à 2 milliards», relate Jamie Sokalsky, directeur financier. Les coûts de production ont eux aussi explosé. «Si vous prenez en compte le coût total de l'extraction, mais aussi de l'administration ou du paiement des intérêts, l'industrie a, en moyenne, besoin d'un cours de l'or à 600 dollars de chaque once produite pour être rentable», poursuit Jamie Sokalsky, dont le groupe a vu ses coûts d'extraction passer de 180 à 400 dollars par once en six ans.
Une inflation qui justifie la constitution de géants industriels comme Barrick - la société emploie 17000 personnes - dans un secteur minier par nature peu propice aux synergies. Afin d'optimiser les achats de diesel: sa facture annuelle atteint 900 millions de dollars et chaque appréciation de 10 dollars du baril accroît de 4 dollars le coût d'extraction de chaque once. Ou la fourniture des pneus de ses gigantesques camions: le groupe a ainsi signé un contrat d'approvisionnement de 200 millions de dollars avec le japonais Yokohama. Cette inflation freine l'expansion de la production. Et continue ainsi, indirectement, à nourrir l'envolée des cours du métal brillant.