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Matières premières : Interview d'un spécialiste de l'or

16 janv. 2008 16:42

Si l’or a quitté officiellement la scène monétaire voici quelques lustres, il n’en reste pas moins l’une des réserves essentielles des banques centrales et, ce que l’on sait probablement moins, du Fonds monétaire international (FMI). Cette place particulière est parfois oubliée, mais elle retrouve toute son actualité dès que les signes d’une dérive inflationniste se font jour ou que s’instaure une forte inquiétude sur la liquidité du système des paiements. Qu’en pense M. Jean-Bernard Guyon (1) l’un des professionnels des métaux précieux les plus reconnus de la place de Paris ? Rendez-vous fut pris avec cette relation de longue date : voici, en résumé, les points essentiels de notre échange.

R. L. : M. Guyon, comment jugez-vous le cours actuel de l’or ?
J.-B. G. : La crise financière de cet été a relancé l’intérêt pour l’or-métal dont le cours tendait à stagner. En quelques semaines, à partir du 15 août, son prix a grimpé de 640 $ à 840 $ l’once. À ce niveau, le métal jaune avait, selon moi, retrouvé son statut de valeur refuge, les investisseurs craignant pour leur argent, même pour celui placé dans les sicav de trésorerie. Après avoir enregistré une consolidation dans la fourchette allant de 780 $ et 840 $ dont la zone basse correspond à son cours de diversification, le prix de l’once est reparti de l’avant, porté en partie par les craintes inflationnistes. Dans la zone des 800 $, il me semble raisonnable pour tout investisseur particulier de donner à l’ensemble «Or et mines d’or» une place d’environ 5 % dans l’équilibre de son avoir financier.

R. L. : Je partage ce point de vue et me demande si les évènements récents et l’inflation qui risque de s’ensuivre n’offrent pas un nouvel attrait à l’or ?
J.-B. G. : Vraisemblablement, d’autant plus que la désinflation issue de la globalisation est aujourd’hui derrière nous. La Chine elle-même connaît maintenant une inflation galopante – plus de 7 % cette année – avec des demandes insistantes de hausses de salaires que l’on voit également venir en Europe où le pouvoir d’achat a nettement besoin d’un petit coup de pouce. Mais n’oublions pas le rôle majeur des banques centrales et du FMI dans l’équilibre du cours de l’or. Si les premières poursuivent leur délestage officiellement ciblé à 500 tonnes par an et ne s’arrêtaient pas jusqu’en 2009 (période de renouvellement des accords), le FMI pourrait à son tour vendre quelque 400 tonnes dans les années à venir. Ceci est inscrit dans le projet de Dominique Strauss-Kahn, son nouveau patron, qui a trouvé cette institution dans un état financier délicat. Placer une part des importantes réserves du Fonds Monétaire International dans des actifs de rapport permettrait ainsi de boucler le budget annuel.

R. L. : Pouvez-vous nous rappeler maintenant les chiffres de la production et de la consommation d’or dans le monde ?
J.-B. G. : Ces dernières années, la production moyenne d’or-métal tourne autour de 2 500 tonnes. Ce qu’il est important de souligner, c’est que la production faiblit sensiblement chaque année en Afrique du Sud – elle est revenue de 1 000 tonnes en 1970 à son niveau actuel qui est celui de 1923 – avec des coûts qui grimpent à vive allure. Elle progresse par contre en Russie et surtout en Chine qui deviendra, dès 2008, le premier producteur mondial avec plus de 400 tonnes. Par ailleurs, sachez – et ceci est important – que le coût moyen de production d’or dans le monde est estimé aujourd’hui à 560 $ l’once et que rares sont les mines, sauf parfois en Argentine et dans quelques zones particulières d’Amérique centrale, qui parviennent à produire à des coûts inférieurs. Enfin, et nous tenons là peut-être une part d’explication, les investissements dans les mines qui s’établissaient mondialement à 5,7 Mds $ en 1997 sont tombés à 2 Mds $ en 2002 pour regrimper très rapidement à 10 Mds $ l’an. Ceci explique le manque actuel de spécialistes et la hausse rapide des salaires dans le secteur minier.

R. L. : Et la consommation, comment se présente-t-elle, y inclus évidemment celle d’investissement ?
J.-B. G. : Si l’on ajoute aux 2 500 tonnes de production annuelle les 1 000 qui proviennent du recyclage et les 500 des cessions des banques centrales, on arrive à 4 000 tonnes disponibles. Sur ce total, la bijouterie utilise 3 200 tonnes (rappelons qu’en Inde, l’achat de bijoux est un geste classique d’investissement), l’industrie pour sa part en consomme 500 tonnes, un chiffre qui tend doucement à progresser surtout lorsque l’or baisse. Le solde disponible (soit 300 tonnes approximativement) est à la disposition des marchés et des spéculateurs qui investissent soit directement dans l’or, soit plus fréquemment aujourd’hui dans des produits financiers ETF (plus de 850 tonnes d’émission) ou autres supports dérivés.

R. L. : C’est dire que la fixation finale des cours tient à un déséquilibre mineur entre acheteurs et vendeurs par rapport à la masse disponible mais que les hausses sont logiquement amorties par une accélération des ventes des banques centrales et maintenant probablement du FMI, surtout si les cours s’emballent. M. Guyon, de tout ce que vous venez de dire, je retiens que, dans la phase actuelle de crise monétaire et de regain d’inflation, voire peut-être de stagflation, ce n’est pas le moment d’abandonner l’or. Il est à rappeler qu’on peut l’acquérir soit sous sa forme physique (attention à la taxe de 8,5 % ou à la plus-value à la revente si vous optez pour cette fiscalité à condition de pouvoir prouver l’origine et le prix d’achat de votre lingot), soit en ETF, soit encore dans des fonds spécialisés. Mais si nous voulions investir directement dans des mines d’or, quelle serait votre sélection ?
J.-B. G : Je vous conseillerais volontiers Newmont Mining (54,67 $, US6516391066), la plus connue, cotée sur le marché américain et qui est dans l’indice Standard & Poors 500, puis Kinross (23,46 $, CA4969024047) qui possède des intérêts en Russie, au Brésil et au Chili principalement, et enfin Agnico-Eagle (61,83 $, CA0084741085) pour ses participations au Canada, en Finlande et au Mexique.

R. L. : Merci, cher ami, pour ce long moment que vous nous avez consacré.

www.proposutiles.com

4 réponses

  • 16 janvier 2008 20:01

    dentiste
    comme quoi on peut se recycler de tout horizon


  • 17 janvier 2008 09:48

    les dentistes et l'or c'est une longue histoire


  • 17 janvier 2008 18:37

    c est le cout de revient des mines est maintenat assez eleve ce qui fait un plancher naturel a tte baisse de l or
    les600 euros sont un point bas qui ne sera plus franchis logiquement


  • 17 janvier 2008 22:29


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