Si lor a quitté officiellement la scène monétaire voici quelques lustres, il nen reste pas moins lune des réserves essentielles des banques centrales et, ce que lon sait probablement moins, du Fonds monétaire international (FMI). Cette place particulière est parfois oubliée, mais elle retrouve toute son actualité dès que les signes dune dérive inflationniste se font jour ou que sinstaure une forte inquiétude sur la liquidité du système des paiements. Quen pense M. Jean-Bernard Guyon (1) lun des professionnels des métaux précieux les plus reconnus de la place de Paris ? Rendez-vous fut pris avec cette relation de longue date : voici, en résumé, les points essentiels de notre échange.
R. L. : M. Guyon, comment jugez-vous le cours actuel de lor ?
J.-B. G. : La crise financière de cet été a relancé lintérêt pour lor-métal dont le cours tendait à stagner. En quelques semaines, à partir du 15 août, son prix a grimpé de 640 $ à 840 $ lonce. À ce niveau, le métal jaune avait, selon moi, retrouvé son statut de valeur refuge, les investisseurs craignant pour leur argent, même pour celui placé dans les sicav de trésorerie. Après avoir enregistré une consolidation dans la fourchette allant de 780 $ et 840 $ dont la zone basse correspond à son cours de diversification, le prix de lonce est reparti de lavant, porté en partie par les craintes inflationnistes. Dans la zone des 800 $, il me semble raisonnable pour tout investisseur particulier de donner à lensemble «Or et mines dor» une place denviron 5 % dans léquilibre de son avoir financier.
R. L. : Je partage ce point de vue et me demande si les évènements récents et linflation qui risque de sensuivre noffrent pas un nouvel attrait à lor ?
J.-B. G. : Vraisemblablement, dautant plus que la désinflation issue de la globalisation est aujourdhui derrière nous. La Chine elle-même connaît maintenant une inflation galopante plus de 7 % cette année avec des demandes insistantes de hausses de salaires que lon voit également venir en Europe où le pouvoir dachat a nettement besoin dun petit coup de pouce. Mais noublions pas le rôle majeur des banques centrales et du FMI dans léquilibre du cours de lor. Si les premières poursuivent leur délestage officiellement ciblé à 500 tonnes par an et ne sarrêtaient pas jusquen 2009 (période de renouvellement des accords), le FMI pourrait à son tour vendre quelque 400 tonnes dans les années à venir. Ceci est inscrit dans le projet de Dominique Strauss-Kahn, son nouveau patron, qui a trouvé cette institution dans un état financier délicat. Placer une part des importantes réserves du Fonds Monétaire International dans des actifs de rapport permettrait ainsi de boucler le budget annuel.
R. L. : Pouvez-vous nous rappeler maintenant les chiffres de la production et de la consommation dor dans le monde ?
J.-B. G. : Ces dernières années, la production moyenne dor-métal tourne autour de 2 500 tonnes. Ce quil est important de souligner, cest que la production faiblit sensiblement chaque année en Afrique du Sud elle est revenue de 1 000 tonnes en 1970 à son niveau actuel qui est celui de 1923 avec des coûts qui grimpent à vive allure. Elle progresse par contre en Russie et surtout en Chine qui deviendra, dès 2008, le premier producteur mondial avec plus de 400 tonnes. Par ailleurs, sachez et ceci est important que le coût moyen de production dor dans le monde est estimé aujourdhui à 560 $ lonce et que rares sont les mines, sauf parfois en Argentine et dans quelques zones particulières dAmérique centrale, qui parviennent à produire à des coûts inférieurs. Enfin, et nous tenons là peut-être une part dexplication, les investissements dans les mines qui sétablissaient mondialement à 5,7 Mds $ en 1997 sont tombés à 2 Mds $ en 2002 pour regrimper très rapidement à 10 Mds $ lan. Ceci explique le manque actuel de spécialistes et la hausse rapide des salaires dans le secteur minier.
R. L. : Et la consommation, comment se présente-t-elle, y inclus évidemment celle dinvestissement ?
J.-B. G. : Si lon ajoute aux 2 500 tonnes de production annuelle les 1 000 qui proviennent du recyclage et les 500 des cessions des banques centrales, on arrive à 4 000 tonnes disponibles. Sur ce total, la bijouterie utilise 3 200 tonnes (rappelons quen Inde, lachat de bijoux est un geste classique dinvestissement), lindustrie pour sa part en consomme 500 tonnes, un chiffre qui tend doucement à progresser surtout lorsque lor baisse. Le solde disponible (soit 300 tonnes approximativement) est à la disposition des marchés et des spéculateurs qui investissent soit directement dans lor, soit plus fréquemment aujourdhui dans des produits financiers ETF (plus de 850 tonnes démission) ou autres supports dérivés.
R. L. : Cest dire que la fixation finale des cours tient à un déséquilibre mineur entre acheteurs et vendeurs par rapport à la masse disponible mais que les hausses sont logiquement amorties par une accélération des ventes des banques centrales et maintenant probablement du FMI, surtout si les cours semballent. M. Guyon, de tout ce que vous venez de dire, je retiens que, dans la phase actuelle de crise monétaire et de regain dinflation, voire peut-être de stagflation, ce nest pas le moment dabandonner lor. Il est à rappeler quon peut lacquérir soit sous sa forme physique (attention à la taxe de 8,5 % ou à la plus-value à la revente si vous optez pour cette fiscalité à condition de pouvoir prouver lorigine et le prix dachat de votre lingot), soit en ETF, soit encore dans des fonds spécialisés. Mais si nous voulions investir directement dans des mines dor, quelle serait votre sélection ?
J.-B. G : Je vous conseillerais volontiers Newmont Mining (54,67 $, US6516391066), la plus connue, cotée sur le marché américain et qui est dans lindice Standard & Poors 500, puis Kinross (23,46 $, CA4969024047) qui possède des intérêts en Russie, au Brésil et au Chili principalement, et enfin Agnico-Eagle (61,83 $, CA0084741085) pour ses participations au Canada, en Finlande et au Mexique.
R. L. : Merci, cher ami, pour ce long moment que vous nous avez consacré.
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