Marché : Se dirige t-on vers une guerre des monnaies?
(CercleFinance.com) - Va-t-on vers une ' guerre des changes ' ? La réponse ne fait pas un pli pour Jacques Tebeka : ' on y est déjà '.
' Cela va t-il se calmer ? s'amplifier ? la vraie question est là ', selon le directeur de la multigestion diversifiée, chez Edmond de Rothschild I.M.
Il en veut pour preuve la forte volatilité des devises qui règne actuellement et le vocabulaire guerrier qui flotte dans l'air. Ben Bernanke, le patron de la Fed, n'a t-il pas parlé d'' armes non conventionnelles ' lorsqu'il a lancé son nouveau plan de ' quantitative easing ' ?
Ces tensions sur les monnaies opposent pays développés et pays émergents, mais tout particulièrement Etats-Unis et Chine, dont la relation cristallise les enjeux et les points de friction.
En cause, le nouvel ' assouplissement quantitatif ' annoncé par les Etats-Unis début novembre. En clair, la Fed va racheter des obligations du Trésor pour 600 milliards de dollars d'ici juin 2011, et ce, grâce à une manne de billets fraîchement imprimés.
L'effet est mécanique sur le dollar, qui se dévalue face aux autres devises mondiales et redonne au passage un peu d'air aux exportations US.
' Les Etats-Unis ont été les premiers à mettre en place une telle politique ' et ' semblent plus volontaristes dans la mise en oeuvre de cette politique en raison d'une mémoire collective marquée par la crise de 1929 et la déflation qui en a résulté ', souligne l'expert.
Cette politique est néanmoins un problème pour les pays émergents, et notamment la Chine, qui ont des modèles de développement basés sur les exportations, associés à une devise sous-évaluée. La pression s'accroît donc sur eux.
Mais dans cette guerre, la Chine vient sans doute de remporter une manche. Lors du récent sommet du G20, l'idée portée par les USA de sanctionner les excédents commerciaux trop importants a été rejetée. La Chine était clairement visée car ses impressionnants excédents sont les déficits des autres...
Jacques Tebeka souligne l'ironie de la situation : en effet, dans les années 40, une proposition similaire avait été faite par Keynes aux USA, qui avait alors décliné l'offre, se trouvant eux-mêmes en situation d'excédent.
Au final, ' les forces économiques poussent clairement à une appréciation du yuan d'ici la fin de l'année ', explique le responsable, qui ajoute cependant qu'' il est ici également question de politique '.
Alors, est-ce que les ajustements vont se faire dans deux mois ? six mois ? L'expert ne se prononce pas.
Une chose est sûre cependant : en l'absence de concertation mondiale, la ' guerre des changes ' a de beau jour devant elle, car les flux de capitaux continueront leur exode vers les marchés émergents, contribuant à renforcer les pressions à la hausse sur les devises de ces pays.
Car c'est là aussi une des facettes de la question des changes : l'attractivité des placements émergents.
' Les marchés émergents constituent évidemment une cible privilégiée pour les investisseurs avides de rendement. Leur perspective de croissance plus forte et plus robuste, le niveau des taux d'intérêt plus élevé, ainsi que la pression forte à une appréciation de leur devise sont autant de raisons pour attirer ces derniers ', indique le professionnel.
Quant à savoir, s'il y a une bulle sur certains actifs aujourd'hui : ' non, on en est clairement pas là ', pour le responsable. ' Après on peut dire que telle zone est un peu plus cher que telle autre, mais rien à voir avec la bulle des valeurs technologiques de 2000'.
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