Le Sénégal en passe d'atteindre ses objectifs de reboisement
[ 27/10/09 ]
Les précipitations qui s'abattent régulièrement sur la mangrove sénégalaise pendant la saison des pluies ne détournent pas les villageois de Mbisel de leur travail. Courbés, les pieds dans la vase, ils plantent tous les deux pas des propagules, sortes de grands haricots verts récoltés sur les palétuviers. Car ces habitants du delta du Saloum, au sud de Dakar, en sont désormais persuadés : il est urgent de reboiser.
La forêt du Sénégal a souffert de surexploitation pendant plusieurs décennies, au cours desquelles les arbres ont été utilisés comme bois d'oeuvre ou comme matière première du charbon de bois. La situation est la même en Casamance, au sud du pays, où la moitié des mangroves (soit 75.000 hectares) ont disparu au cours des trente dernières années. Or cet écosystème typique, fait d'îlots de palétuviers peuplés d'une faune abondante, est garant de la santé écologique de la région. « Sans mangrove, l'eau devient trop salée pour la culture du riz, les poissons perdent un lieu où se reproduire et grandir, les sols s'appauvrissent », explique Haïdar el-Ali, le fondateur d'Océanium, l'association de protection de l'environnement de l'Afrique de l'Ouest, basée à Dakar.
« Quand j'étais enfant, je pêchais les poissons avec une flèche. Maintenant, ce n'est plus possible », témoigne Abdoulaye Tonké Sadio, un habitant de Tobor, en Casamance.
Pour inverser cette tendance, Océanium a lancé une première campagne de reboisement dans ce village en 2006 et 65.000 palétuviers ont été plantés. L'association a emporté l'adhésion des populations : « Le reboisement est devenu la troisième religion à Tobor. Il est prêché à la mosquée et dans les églises »,s'enthousiasme un villageois. Fort du succès rencontré (le taux de reprise des semences a atteint 85 %), Océanium a étendu son action à une dizaine de villages l'année suivante, qui a vu la plantation de 500.000 palétuviers. L'an dernier, le nombre de propagules plantées a atteint 6,3 millions et l'objectif 2009 a été fixé à 30 millions d'arbres, soit 6.000 hectares de mangrove.
biodiversité
La biodiversité se refait une santé
Au total, 400 villages ont été sensibilisés, au Sénégal, mais aussi dans le delta de Gambie et au nord de la Guinée-Bissau. « Pour adhérer à cette campagne, il est impératif que les communautés locales soient les initiatrices et les gestionnaires du reboisement », analyse Jean Goepp, le coordonnateur des projets d'Océanium, qui se félicite des résultats tangibles en termes de biodiversité : le nombre d'espèces de poissons présentes dans la région du Saloum est remontée à 76, contre 51 il y a six ans. Au-delà de la régénération d'un écosystème, la restauration de la mangrove permet de minimiser les changements climatiques mondiaux en augmentant les capacités de stockage de dioxyde de carbone (lire ci-dessous). « La mangrove est un très bon puits à CO2 car elle est composée à 90 % de carbone et exploitable sur de grandes surfaces. De plus, les forêts humides ne sont menacées ni par les feux de brousse ni par les divagations du bétail », poursuit Jean Goepp. « Sur le modèle de ce qui existe déjà pour les forêts classiques, il s'agit de faire reconnaître la contribution des zones humides au cycle du carbone et leur capacité à séquestrer des quantités importantes de CO2 », détaille Bernard Giraud, responsable du développement durable chez Danone, partenaire d'Océanium. Le financement relève du Fonds Danone pour la nature, créé fin 2008 et doté au total de 3 millions d'euros cette année. Un montant qui pourra évoluer en fonction des résultats obtenus.
Pour l'industriel, ces actions sont à double visée : elles offrent un volet social, mais doivent rapporter à l'entreprise. « Les opérations carbone ne doivent pas être exclusivement financières. Il faut un projet humain. Dans le cas d'Evian, notre métier consiste à travailler avec des ressources en eau qui doivent être protégées, tout comme la mangrove doit être préservée. Mais la restauration de cet écosystème peut aussi contribuer à la neutralité de nos marques en carbone. Il y a donc bien un retour business », explique Bernard Giraud.
LAURENCE BOLLACK, À MBISEL (SENEGAL ), Les
Echos
http://www.lesechos.fr/info/metiers/020187749326-le-senegal-en-passe-d- atteindre-ses-objectifs-de-reboisement.htm