IBM, SalesForce : pourquoi les géants de l'informatique multiplient les rachats
Le Monde.fr | 06.06.2013 à 11h41 Mis à jour le 06.06.2013 à 13h20
Par Julien Dupont-Calbo
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Il est des postes qu'on ne refuse pas, du moins en principe. Pressenti pour devenir le nouveau patron d'Intel, Pat Gelsinger a décliné en début d'année les avances du fabricant de composants électroniques. "C'est un bon boulot, bien sûr, sourit l'intéressé, qui a passé 30 ans chez Intel. Mais dans l'informatique, les gros changements à venir sont dans le "cloud". Et moi, je veux aller là où ça bouge."
Arrivé en 2011 à la tête de VMWare, le pionnier de la virtualisation de l'infrastructure informatique, M. Gelsinger, a déjà eu plusieurs fois l'occasion de peser sa décision. Depuis quelques années, les rois de l'informatique ne jurent plus que par le "cloud computing" "l'informatique dans les nuages", traduire par le fait d'accéder à distance et à la carte à des données (musique, vidéo, texte), des infrastructures (espace de stockage et de calcul) ou des applications à distance (email, outils de gestion).
Editeurs de logiciels ou fabricants de matériel, tous ont engagé les grandes manuvres : les dollars pleuvent. Dernier événement en date, l'annonce par IBM, le 4 juin, du rachat de la société texane SoftLayer, l'un des plus grands hébergeurs de données mondiaux. Montant estimé de la transaction ? Deux milliards de dollars.
Depuis six ans, IBM aura donc dépensé quatre milliards de dollars pour mettre la main sur des acteurs spécialisés dans le "cloud". L'objectif de "Big Blue", qui vient d'ailleurs de créer une division spécifique sur le sujet, c'est d'y gagner sept milliards par an d'ici à 2015.
LE MARCHÉ DU "CLOUD COMPUTING" EN PLEINE CROISSANCE
Mais les nouveaux géants de l'informatique, nés dans la première moitié des années 2000 avec la vague du "cloud", ont les moyens de rivaliser. Le même 4 juin, SalesForce mettait 2,5 milliards de dollars sur la table pour s'offrir Exact Target, un expert du marketing sur les réseaux sociaux. C'est la huitième acquisition en un an pour ce groupe emblématique des logiciels en ligne écoulant des outils de relation clients.
Si les grands acteurs se précipitent sur la moindre start-up prometteuse du domaine, c'est parce que l'informatique dans les nuages a vraiment le vent en poupe. Selon les derniers chiffres de l'Idate, un institut d'études, le marché mondial devrait peser 65,4 milliards d'euros en 2016, au moins deux fois plus que l'an dernier.
Crise aidant, les entreprises recherchent des formules souples et peu risquées pour diminuer leurs dépenses informatiques. Le cloud, qui permet de se servir à la demande sans surcoût, en profite pour s'installer dans les petites entreprises et s'immiscer dans les grands groupes.
NOUVELLE CULTURE
S'approprier des spécialistes en rachetant des sociétés, cela permet de maîtriser les différentes briques technologiques, mais surtout de comprendre les nouvelles règles du jeu. La particularité du cloud, c'est son mode de facturation. SalesForce, par exemple, ne vend pas des logiciels de relation client puis des mises à jour, mais des abonnement à un service de la relation client. Cela change tout.
Passer d'une culture de vendeur à celui de loueur, c'est apprendre à contenter l'utilisateur final, pas l'acheteur. Marc Benioff, le patron de SalesForce, répète souvent qu'en 2017, ce sont les directeurs marketing qui auront le plus d'argent à dépenser dans les outils informatiques, et non les directeurs informatiques. Une révolution pour IBM, Cisco, HP ou Microsoft.
Les choses ne tourneront pas irrémédiablement en faveur des nouveaux venus. "A chaque vague de l'informatique, des géants sont apparus rapidement avant de disparaître tout aussi vite. Seul IBM est là depuis le début", constate Pat Gelsinger, plus pessimiste pour les fabricants d'ordinateurs, dépassés par les outils mobiles comme les smartphones et les tablettes, une émanation du cloud. "Le secteur bouge sans cesse, il faut réussir à gagner de l'argent chaque jour tout en investissant pour l'avenir", ajoute-t-il. Lui aussi à dépensé 1,3 milliard l'an dernier pour Nicira, une grosse start-up spécialisée dans la gestion des réseaux.
Julien Dupont-Calbo