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Europe de l Est : Vive le KOSOVO indépendant.......

17 févr. 2008 15:06


Les autorités serbes ont, par avance, décrété que la proclamation d’indépendance du Kosovo serait nulle et non avenue. L’éditorialiste de Danas se demande ce que signifie concrètement cette décision. La perte du Kosovo est-elle celle du « bien le plus précieux de la patrie » ? Et que va faire la Serbie pour poursuivre sa route vers l’Europe ? Le pays semble bien se trouver au seuil de nouvelles défaites : qui en assumera la responsabilité ?

Tout ne tenait plus qu’à un fil ténu, avant que le Président de la République, le Premier ministre et les organes législatifs ne parviennent à un accord historique de non-agression provisoire.

Comme il se doit, l’événement s’est produit au siège de l’Agence de sécurité et de renseignement (BIA), les services secrets serbes. Le lieu a été choisi non pas parce qu’il est l’un des mieux gardés de Belgrade, mais pour que les mauvaises langues ne puissent deviner qui est allé s’incliner devant qui.

Nos politiciens se sont donc rencontrés sur un terrain neutre. Maintenant, les malintentionnés diront que leur rencontre rappelle le moment où les généraux de la JNA avait enfermé tous les membres de la présidence de l’ancienne Yougoslavie dans un bunker souterrain, exigeant l’instauration de l’état d’urgence.

À vrai dire, il n’y a pas eu de telles exigences lors de cette dernière réunion. La BIA n’a joué que le rôle d’un hôte attentioné. Il semble même que les services évitent de se mêler de politique. Comme s’ils se trouvaient au-dessus des jeux de la rue, ils sont prêts à rendre à l’avenir de bons services impartiaux, loin des intérêts partisans, à tous ceux qui sont en conflit sur différents points de vue.

Kosovo, « le joyau le plus précieux »

De toute façon, il y aura encore des disputes. Chez nous, toutes les trêves sont temporaires. Le Kosovo a momentanément uni les rivaux. Le Kosovo est la partie la plus précieuse de la patrie. C’est bien connu : à une époque, l’Inde était qualifiée de joyau le plus précieux de la couronne de Sa Majesté britannique.

La liberté poétique admet que certaines expressions soient répétées, même si elles deviennent bien banales au fil des siècles. Chaque individu trouve que son petit pays natal est le plus précieux du monde, alors que certains n’ont toujours pas compris que les gens sont les mêmes partout, que tout paysage et que toute pierre est belle à sa manière, et qu’il n’existe pas de plus beau torrent du monde ni de coucher de soleil le plus enchanteur.

Affirmer qu’une partie de la patrie est la plus précieuse de toute est difficile à inclure dans les normes juridiques, même lorsque c’est un juriste qui s’exprime, comme celui qui occupe actuellement le poste de Premier ministre de Serbie.

Comment mesure la préciosité de certaines régions de la patrie ? Pour quelle raison Dobro Polje près de Boljevac serait-il moins précieux, ou bien Backo Dobro Polje ? Qui donc est compétent pour estimer le degré de préciosité ? Que peut faire l’habitant de Žabar pour que son pays devienne le plus précieux ?

Utiliser des superlatifs de façon démesurée témoigne plus souvent d’un manque de sentiment envers la réalité que du fait que quelque chose serait vraiment le plus grand, le plus puissant, le plus beau, le meilleur, le plus sacré...

Les électeurs de Dobro Polje ont réussi leur examen de rattrapage. Quand ils ont appris qui avait gagné les élections, certains ont changé d’avis. Le vote renouvelé - exigé par la loi, même si tout était joué d’avance -, a confirmé que la versatilité n’est pas seulement une caractéristique des dirigeants de l’État. L’homme est versatile et peut changer très vite d’opinion. Surtout s’il suppose qu’il est filmé dans le bureau de vote par une caméra invisible. De nombreux électeurs non seulement le supposent, mais le croient. La vie leur a appris que, tôt ou tard, tout secret sera découvert et que les autorités apprennent toujours ce qu’elles veulent savoir.

Comme l’État a d’avance déclaré nulle et non avenue l’indépendance du Kosovo, il ne précise pas pour l’instant ce qu’il va entreprendre. La bonne nouvelle est que l’état d’urgence n’est pas décrété. La mauvaise nouvelle est que personne à Belgrade n’a essayé d’expliquer aux habitants du Kosovo ce qu’ils obtiendraient avec leur retour sous l’aile de la Serbie et l’acceptation de son ordre juridique.

L’erreur ne date pas d’hier. La responsabilité des erreurs historiques, d’après l’usage en vigueur en Serbie, n’incombe à personne. Pour les erreurs actuelles, les responsables sont les autorités actuelles. Non pas à cause de la perte du Kosovo, car il était déjà séparé de la Serbie en 2000, lors de la chute de Milošević, mais parce qu’elles ne veulent pas regarder le monde sans les lunettes usagées du poète.

Tout le monde peut proclamer à l’avance chacune de ses décisions comme étant historique. Il serait préférable que l’histoire mesure les mérites et les actes de chacun, sans colère et sans passion. L’histoire n’est pas faite seulement de victoires et de défaites. Elle est faite de la vie modeste de millions de gens qui vivent de leur travail honnêtement. L’État n’est pas seulement fait de territoire et d’autorités. Il est fait par les hommes. Le travail des politiciens est d’assurer à ces gens un présent plus sûr et un lendemain plus certain encore. A ces hommes, de Horgoš en Voïvodine à Dragaš au sud du Kosovo, qu’ils aient voté pour Tadić ou pour Nikolić, on n’a pas dit ce que leur apporterait l’annulation de l’indépendance du Kosovo.

La route européenne de la Serbie

Les dirigeants de l’État ont convenu de la manière dont ils vont agir avec la province du Sud. On sait moins comment ils vont procéder avec l’Europe. Si l’on devait parier, je crois que la Serbie se trouve au seuil d’une défaite semblable à celle du Kosovo. Boris Tadić a été élu par les électeurs qui veulent s’engager vers l’Europe. Ils sont également nombreux à le désirer parmi les électeurs de Tomislav Nikolić. Ils considéreront tout recul ou tout report de leurs espérances comme une tromperie impardonnable.

L’État d’Australie a présenté ses excuses aux Aborigènes pour les injustices qu’ils ont subies dans le passé. La lente justice humaine a reconnu ses erreurs, mais seulement quand les descendants des victimes ne représentaient plus que deux pour cent de la population autochtone du continent. S’il y avait eu plus de justes et de justice à l’époque où les Aborigènes et les immigrants européens étaient en nombre égal, on ne se poserait pas la question de savoir si ces excuses tardives relèvent de l’hypocrisie.

Toutefois, il est toujours plus difficile de s’excuser que d’injurier ou de maudire. La vie est dure. Mais tôt ou tard, le remords se réveillera. Chez les individus comme chez les peuples.

À la bourse de Novi Sad le blé est plus cher qu’à la bourse de Chicago. Le kilo coûte deux fois plus que ce que les agriculteurs ont payé l’été dernier. La plus grande partie des réserves se trouve dans les mains de quelques commerçants habiles. S’ils ont payé honnêtement, on ne peut rien leur reprocher : personne n’achète pour revendre moins cher. Les reproches et les questions ne peuvent s’adresser qu’à l’État. La principale question est donc la suivante : est-ce que le mot serbe le plus précieux, jusqu’à la prochaine récolte, sera celui de « pain » ?

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