Kosovo : Une nouvelle colonie pour Washington, un contrat juteux pour Halliburton
Pourquoi il ny aura en fait aucune indépendance
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samedi 1er mars 2008, par Sara Flounders
Lorsquon examine de près la toute récente « déclaration dindépendance » de la province serbe du Kosovo et la reconnaissance immédiate de cette dernière en tant quÉtat par les États-Unis, lAllemagne, la Grande-Bretagne et la France, il importe avant tout de savoir trois choses.
Primo, le Kosovo nobtient aucune indépendance ni la moindre autodétermination. Il sera gouverné par un haut représentant et des institutions désignés par les États-Unis, lUnion européenne et lOtan. Une espèce de vice-roi à lancienne et des administrateurs impérialistes détiendront le contrôle sur sa politique étrangère et intérieure. Limpérialisme américain a tout simplement renforcé son contrôle direct sur une colonie intégralement dépendante située au cur des Balkans.
Secundo, la reconnaissance immédiate du Kosovo par Washington confirme une fois de plus que limpérialisme américain entend enfreindre absolument tous les traités ou accords internationaux quil a signés jusquà ce jour, y compris les accords quil a sortis lui-même et imposés à dautres par la force et la violence.
La reconnaissance du Kosovo constitue une violation directe dune telle loi, en loccurrence la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, que les dirigeants de la Yougoslavie ont été forcés de signer pour mettre un terme aux 78 jours de bombardements subis par leur pays en 1999. Même cet accord imposé stipulait « la garantie par tous les États membres de la souveraineté et de lintégrité territoriale » de la Serbie, une république de la Yougoslavie.
La reconnaissance illégale du Kosovo, cette semaine, a été condamnée par la Serbie, la Russie, la Chine et lEspagne.
Tertio, la domination par limpérialisme américain ne rapporte rien au peuple occupé. Après neuf années doccupation militaire directe par lOtan, le Kosovo a un taux de chômage atterrant de 60 %. Il est devenu la plaque tournante du trafic international de drogue et des réseaux de prostitution en Europe.
Les centres industriels (mines, usines, fonderies, raffineries) et les chemins de fer jadis très actifs de cette petite région riche en ressources sont tous à larrêt, aujourdhui. Sous loccupation de lOtan, les ressources du Kosovo ont été privatisées de force et vendues à de grosses multinationales occidentales. Les rares emplois du Kosovo consistent presque uniquement à travailler pour larmée doccupation des États-Unis et de lOtan ou pour les agences des Nations unies.
La seule construction importante au Kosovo sappelle Camp Bondsteel. Cest la plus grosse base américaine construite en Europe depuis une génération. Évidemment, cest Halliburton qui a décroché ce contrat. Camp Bondsteel contrôle les routes stratégiques du pétrole et autres voies de transport de toute la région.
Plus de 250.000 Serbes, Rom et personnes dautres nationalités ont été chassés de cette province serbe depuis quelle est passée sous le contrôle des États-Unis et de lOtan. Quasiment un quart de la population albanaise a également été forcée de sen aller afin de chercher du travail ailleurs.
La mise en place dune administration coloniale
Examinons le plan que le Kosovo doit suivre pour accéder à son « indépendance ». Non seulement il viole les résolutions de lONU, mais il prévoit également une structure tout à fait coloniale. Il est similaire au pouvoir absolu détenu par L. Paul Bremer au cours des deux premières années de loccupation de lIrak par les États-Unis.
Comment ce plan colonial a-t-il vu le jour ? Il a été proposé par les mêmes forces responsables de la dislocation de la Yougoslavie, des bombardements de lOtan et de loccupation du Kosovo.
En juin 2005, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, faisait de lancien président finlandais Marti Ahtisaari son envoyé spécial chargé de diriger les négociations à propos du statut final du Kosovo. Ahtisaari nest pas vraiment un arbitre impartial, quand il sagit de lintervention américaine au Kosovo. Il est président émérite du Groupe international de crise (ICG), une organisation financée par le multimilliardaire George Soros et soutenant lexpansion et lintervention de lOtan en même temps que louverture des marchés aux investissements américains et européens.
Le conseil dadministration de lICG comprend deux personnages officiels américains clés, responsables des bombardements au Kosovo : le général Wesley Clark et Zbigniew Brzezinski. En mars 2007, Ahtisaari a transmis sa Proposition complète de résolution des statuts du Kosovo au nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
On peut lire les documents de mise en place dune nouvelle forme de gouvernement au Kosovo sur unosek.org/unosek/en/statusproposal.html. Un résumé est également disponible sur le site Internet du département dÉtat (= ministère des Affaires étrangères) américain : state.gov/p/eur/rls/fs/100058.htm
Un représentant civil international (RCI) sera désigné par les officiels américains et européens en vue de superviser le Kosovo. Ce fonctionnaire pourra rejeter ou annuler nimporte quelle mesure ou loi et déboulonner nimporte qui de ses fonctions, au Kosovo. Le RCI pourra exercer le contrôle entier et final sur les départements des douanes et des taxes, ainsi que sur le trésor et la banque.
Lunion européenne installera une mission de politique sécuritaire et défensive (PSDE) et lOtan, de son côté, assurera une présence militaire internationale. Ces deux corps désignés auront le contrôle de la politique étrangère, de la sécurité, de la police, de la justice et de tous les tribunaux et prisons. Ils bénéficient en outre dune liberté daccès immédiate et totale à toutes activités, opérations ou documents au Kosovo.
Ces corps et le RCI auront le dernier mot à propos des délits et des personnes pouvant faire lobjet de poursuites ; ils peuvent rejeter ou annuler toute décision qui aura été prise. La plus grosse prison du Kosovo se trouve à la base américaine, Camp Bondsteel, où des personnes sont détenues sans la moindre accusation, sans surveillance ou représentation judiciaire.
La reconnaissance de « lindépendance » du Kosovo nest que la dernière étape dune guerre américaine de reconquête poursuivie sans relâche depuis des décennies.
Diviser pour régner
Les Balkans ont toujours été un assemblage hétéroclite de nombreuses nationalités, cultures et religions opprimées. La Fédération socialiste de Yougoslavie, apparue après la Seconde Guerre mondiale, comprenait six républiques dont aucune navait la majorité. À sa naissance, la Yougoslavie était nantie dun héritage issu des antagonismes inlassablement exploités par les Turcs ottomans et par lEmpire austro-hongrois, puis des ingérences de limpérialisme britannique et français et, enfin, dune occupation fasc...iste par les Allemands et les Italiens durant la Seconde Guerre mondiale.
Le peuple serbe subit des pertes très importantes, au cours de cette guerre. Un puissant mouvement de résistance dirigé par les communistes et composé de toutes les nationalités ayant souffert de diverses façons, sétait constitué contre loccupation naz...ie et toute intervention de lextérieur. Après la libération, toutes les nationalités coopérèrent et sengagèrent dans la mise sur pied de la nouvelle fédération socialiste.
En 45 années et, alors quau départ elle ne couvrait quune région appauvrie, sous-développée et en proie à de fréquents conflits, la Fédération socialiste de Yougoslavie allait se développer en un pays stable doté dune base industrielle, de soins de santé et dun système denseignement accessible à toutes la population.
Avec leffondrement de lUnion soviétique au début des années 1990, le Pentagone sortit immédiatement des plans prévoyant lexpansion agressive de lOtan vers lEst. Diviser pour régner, telle devint la politique américaine dans lensemble de la région. Partout, des forces procapitalistes de droite furent financées et encouragées. Dans le même temps que lUnion soviétique fut émiettée en plusieurs républiques séparées, affaiblies, instables et généralement en conflit, la Fédération socialiste de Yougoslavie tenta de résister à cette vague réactionnaire.
En 1991, alors que lattention du monde se concentrait sur les bombardements dévastateurs de lIrak par les États-Unis, Washington encouragea, finança et arma les mouvements séparatistes de droite dans les républiques de Croatie, de Slovénie et de Bosnie de la Fédération yougoslave. En violation des accords internationaux, lAllemagne et les États-Unis reconnurent rapidement ces mouvements sécessionnistes et approuvaient la création de plusieurs mini états capitalistes.
En même temps, le capital financier américain imposa de sévères sanctions économiques à la Yougoslavie, afin de mettre son économie en faillite. Washington décida alors que lOtan était la seule force à même de ramener la stabilité dans la région.
Larmement et le financement de lUCK, un mouvement dextrême droite, dans la province serbe du Kosovo, débutèrent à la même période. Le Kosovo nétait pas une république distincte de la Fédération yougoslave, mais une province de la république de Serbie. Historiquement, il avait été lun des foyers de lidentité nationale serbe, mais avec une population albanaise qui navait cessé de croître.
Washington lança une véhémente campagne de propagande prétendant que la Serbie menait elle-même une campagne de génocide massif contre la majorité albanaise du Kosovo. Les médias occidentaux ressassèrent à linfini des histoires de fosses communes, de viols et de brutalités en tout genre. Des fonctionnaires américains prétendirent même quentre 100.000 et 500.000 Albanais avaient été massacrés.
Sous ladministration Clinton, des fonctionnaires des États-Unis et de lOtan sortirent un ultimatum outrageant : la Serbie devait accepter immédiatement une occupation militaire et renoncer à toute souveraineté sur le Kosovo, sans quoi elle allait devoir affronter le bombardement par lOtan de ses villes, villages et infrastructures. Lors des négociations qui eurent lieu à Rambouillet, en France, le Parlement serbe vota le refus des exigences de lOtan et les bombardements commencèrent.
En 78 jours, le Pentagone largua 35.000 bombes à sous munitions, utilisa des milliers de projectiles radioactifs contenant de luranium appauvri, ainsi que des obus perceurs de bunkers et autres missiles de croisière. Les bombardements détruisirent plus de 480 écoles, 33 hôpitaux, de nombreux dispensaires de soins, 60 ponts, en même temps que des sites industriels, des usines chimiques, des centrales électriques et la totalité du réseau délectricité. Ce fut le Kosovo, cest-à-dire la région que Washington était censé libérer, qui subit les pures destructions.
Finalement, le 3 juin 1999, la Yougoslavie fut forcée daccepter un cessez-le-feu ainsi que loccupation du Kosovo.
Sattendant à découvrir des cadavres partout, des équipes médicolégales originaires de 17 pays de lOtan et organisées par le tribunal de La Haye pour les crimes de guerre, retournèrent en tous sens le Kosovo occupé. Laffaire prit tout lété 1999 mais les équipes ne découvrirent que 2108 corps, et de toutes nationalités. Certains avaient été tués par les bombardements de lOtan, certains au cours de la guerre entre lUCK et la police et larmée serbes. Par contre, les équipes médicolégales ne découvrirent aucune fosse commune et en purent produire la moindre preuve de massacre ou de « génocide ».
Ce démenti surprenant de la propagande impérialiste provient dun rapport rendu public par la principale accusatrice du Tribunal pénal international pour lancienne Yougoslavie, Carla Del Ponte. Il fut publié, mais sans publicité aucune, dans le New York Times du 11 novembre 1999.
La propagande rabique de génocide et les histoires de fosses communes étaient aussi fausses que les allégations futures prétendant que lIrak possédait et fabriquait des « armes de destruction massive ».
Via des guerres, des assassinats, des coups dÉtat et des embargos économiques, Washington est parvenu aujourdhui à imposer une politique économique néolibérale à la totalité des six anciennes républiques yougoslaves et à les briser pour en faire des mini états instables et appauvris.
Lextrême instabilité et la pauvreté effarante que limpérialisme a apportées à la région constitueront à longue échéance les semences de son propre effondrement. Lhistoire des réalisations de la Yougoslavie au moment où elle jouissait dune véritable indépendance, de souveraineté dans lunité et dun développement socialiste se réaffirmera delle-même dans le futur.
Traduit par Jean-Marie Flémal pour InvestigAction
P.-S.
Sara Flounders, codirectrice de lInternational Action Center, sest rendue en Yougoslavie durant les bombardements américains de 1999 et elle a rédigé des rapports dénonçant les attaques américaines contre des cibles civiles. Elle est coauteur et éditrice des ouvrages : « Hidden Agenda-U.S./NATO Takeover of Yugoslavia » (Lagenda caché des États-Unis et de lOtan à propos de la reprise de la Yougoslavie) et « NATO in the Balkans » (LOtan dans les Balkans).
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